C-)Rom., IX
(3) Qiiis eigo poteritsalvum esse?... Apud homines hoc impossibilo est : apud Deum autem omnia possibilia sunt. — Matt., XIX, 25, 26.
(*) Igitur non volentis, neque currentis, sed miserantis est Dei. — Rom., IX, 10.
■ (5) Si autem gratia, jam non ex operibus; alioquin gratiajam non est gratia. - Ih\d., XI, 6.
(^) Ergo cujus vult miseretur et queni vnlt indurat. — Ihid., IX, 18.
RÔLE jDE LA THÉOLOGIE. 94
d'injustice et d'impiété? Point du tout.... 0 homme, qui es-tu pour répondre à Dieu? L'œuvre dit-elle à celui qui l'a faite, pourquoi m'as-tu faite ainsi? Le potier ne peut-il pas faire de la même masse de boue un vase d'honneur et un vase d'abjection (•)? »
Nous trouvons donc également affirmées dans S. PauJ, et le christianisme tout entier y a trouvé, comme nous, la croyance à la nécessité de l'aide divine pour bien faire ('^) et la croyance à la nécessité de la coopération humaine. Les textes de S. Paul, qui semblent se contredire, ne se contredisaient pas pour lui-même et doivent sans doute se compenser les uns par les autres. Et si on lui demandait de les concilier et d'expliquer cette conciliation, il répondait avec les sages hébreux : Les voies de Dieu sont impénétrables, et ses conseils sont d'une profondeur que l'homme ne saurait sonder. 0 altitudo (^)\
Dans une rehgion qui a pour but de mener l'homme au salut grâce à la bonne conduite de la vie présente, les problèmes soulevés par S. Paul sont évidemment d'une capitale importance. D'un autre côté, cette religion admet que tous les textes divers que nous venons de citer sont la parole même de Dieu. Ces questions du pouvoir de l'homme et de l'assistance divine, du libre arbitre et de la grâce, se compliqueront encore quand la réflexion philosophique se combinera avec les données de la révélation. La question de la vérité des propositions
(1) Quid euiin dicemus? Numquid iniquitas apud Deum? Absit. — Ibid.flX, 18. — 0 homo, tu quis es qui respondeas Deo? Numquid dicit figmentum ei, qui se finxit ; Quid nie fecisti sic? Annon habet potestatem figulus hiti ex eadem massa facere aliud vas in lionorem, aliud vero in contumeliam? -/6id., 20, 2L
(2) Il n'est peut-être pas inutile de faire remarquer ici que, toutes les fois que les docteurs chrétiens disent que nous ne pouvons rien faire de bien sans la grâce, les théologiens les plus nombreux et les plus autorisés soutiennent que ces textes doivent être ainsi entendus : sans la grâce, secours surnaturel et miratndeux, avec la seule assistance ordinaire de Dieu, nous pouvons accomplir des œuvres moralement mais non surna turellement bonnes, c'està-dire des œuvres susceptibles de mériter une récompense finie; mais nous ne pouvons sans la grâce rien faire qui mérite le ciel, la récompense in/inle promise aux élus. — Cette distinction, il est vrai, ne s'est précisée qu'assez tard dans l'enseignement tbéologique; mais il faut bien reconnaître que les premiers docteurs ne songeaient guère qu'aux choses surnaturelles, qnils étaient crovants beaucoup plus que philosophes.
(3) Rom.l XL 33.
sur le futur va devenir la question de la conciliation de la prescience divine avec le libre arbitre de l'homme. Et la difficulté de ce problème se trouve encore augmentée, s'il est possible, par les textes nombreux de l'Évangile, où il est question des élus, de ceux que Dieu a appelés et choisis, dont il connaît le nombre et le nom. Ici encore c'est S. Paul qui formule le dogme avec le plus de force et de précision. (^ Ceux que Dieu a vus d'avance, il les a prédestinés à devenir conformes à l'image de son fils. Ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés : et ceux qu'il a appelés, il les a justifiés; et ceux qu'il a justifiés, il les a glorifiés (^). »
La théologie chrétienne s'empare de toutes ces données et en tire trois conséquences principales :
1° L'homme ne peut rien faire de bien sans l'assistance divine ;
S"" Dieu sait ceux qui seront sauvés et ceux qui seront damnés, il prédestine nominativement ses élus ;
3" Dieu est juste, il n'y a pas en lui d'iniquité, l'homme donc est justement puni et récompensé, il coopère donc à l'œuvre de Dieu et jouit du libre arbitre.
Tels sont bien incontestablement les points essentiels de la doctrine apostolique. Tous les théologiens, soit dans les premiers temps du christianisme, soit au moyen âge, soit au xvF et au xvii® siècle, se sont occupés de ces questions et on peut dire que ce sont elles qui ont fait le fond de presque toutes les querelles dogmatiques. Presque toutes les doctrines qui se sont séparées du catholicisme ont nié quelqu'un de ces trois points essentiels. Le catholicisme met sa gloire à les avoir conservés tous les trois, tels qu'il les a reçus de la tradition apostolique. La théologie a dû chercher à concilier entre eux, avec l'aide de la raison, les dogmes révélés; dans cet essai de conciliation, des idées curieuses ou profondes ont dû nécessairement se faire jour sur la question du libre arbitre. Tant de grands et féconds génies, tant d'esprits doctes ou ingénieux n'ont sans
Q-) Nam quos prsescivit, et praedestinavit conformes tieri imaginis Filii sui... Quos autem prœdestinavit, hos etvocavit : et quos vocavit, hos et justiticavit; quos autem justificavit, illos et glorilicavit, — Rom.. VIII, 29, 30.
LES PREMIERS PÈRES. {)?y
cloute pas traité cette matière sans y apporter quelques éclaircissements.
Au moment où la réflexion chrétienne s'applique à reconnaître sa foi et à organiser ses croyances en corps de doctrines, vers la fm du n® siècle, les penseurs du christianisme ont été nourris à l'école des philosophes païens. La persécution maintient la ferveur et l'union dans l'Église, nul ne songe à rejeter un texte apostolique, sous prétexte qu'il y trouve quelque obscurité. Le grand ennemi, c'est la philosophie païenne. La religion païenne ne subsiste plus comme telle que dans les âmes naïves et ignorantes. L'esprit seul du paganisme vit encore dans les systèmes philosophiques. C'est donc contre ces systèmes que les apologistes chrétiens doivent diriger leurs coups. Mais ils ne rejetteront pas en bloc toute la philosophie, ils en retiendront soigneusement tout ce qui est conforme au dogme chrétien, ils seront même très indulgents pour tout ce qui ne lui est pas directement opposé. Clément d'Alexandrie et Eusèbe consacrent deux grands ouvrages à montrer dans les écrits des philosophes anciens des fragments de la vérité éternelle.
Ils ne pouvaient admettre cependant les doctrines manichéennes qui rapportaient la production du mal dans le monde à un principe matériel distinct de Dieu et éternel comme lui. C'est contre ces doctrines que s'élève S. Méthodius dans le livre du libre arbitre (IIspl «jtscojjicj) dont Photius nous a conservé des fragments (^). Le mal, dit-il, ne vient pas de Dieu, la matière inerte et passive ne crée rien, mais supporte tout; l'homme seul, par sa libre volonté, peut se servir de la matière pour faire le mal. Tandis, en effet, que Dieu peut créer non seulement des qualités, mais des substances, l'homme ne peut créer que des modalités dans les êtres, mais il a évidemment ce dernier pouvoir. Or, le mal n'est pas un être, mais une qualité dans un être. C'est donc dans l'homme et non dans une matière éternelle que se trouve la source du mal.
Le stoïcisme, malgré la ressemlilance extérieure de
(1) Bihliolliec, God. 23(î. — Migne. Pair. rjrsRc, t. CIII. p. W'tS et seq.
certains de ses préceptes avec ceux de la religion nouvelle, ou peut-être même à cause de cela, a été particulièrement en butte à la critique des Pères. Son esprit raide et superbe était en opposition directe avec l'esprit de douceur et d'humilité que professait le christianisme. En outre, les stoïciens niaient résolument le libre arbitre, affirmaient le destin et la genèse invariable des choses; les chrétiens affirmaient le libre arbitre, soumettaient le destin à la providence de Dieu et croyaient que chacun de nous est le maître de sa destinée morale. Il fallut donc réfuter les doctrines du Portique. Aussi Petau nous dit-il (') que les écrits des premiers Pères grecs et latins sur cette question ont été surtout dirigés contre les stoïciens.
Ce qui indignait surtout l'esprit religieux des Pères, c'était la suppression de la providence morale et bienfaisante, en laquelle ils appuyaient leur confiance, au profit d'un fatum aveugle et purement mécanique. Aussi est-ce surtout contre cette doctrine blasphématrice que s'élève leur éloquence. Plusieurs d'entre eux, en effet, trompés par les paroles ambiguës des derniers stoïciens, ont cru que ces philosophes admettaient l'indépendance des résolutions intérieures de l'àme humaine et refusaient seulement de nous accorder le pouvoir de réaliser au dehors les actes dépendant de ces résolutions (-). Bardesane est de cet avis {^) et Némésius n'y contredit pas, pourvu qu'on lui accorde que l'issue de nos résolutions dépend de la providence et non du destin. Diodore, évêque de Tarse, dans les huit livres qu'il avait consacrés à critiquer la doctrine du destin, combat cette opinion (*) et s'attache à prouver directement la hbre puissance de l'homme sur ses actions. Si tout était enchaîné au destin.
(1) Dogmat. theol, III, 4; t. III, p. 352.
(•') Némésius, De nat. hum., C. XXXVII. — Molina dit formellement que S. Augustin a considéré les stoïciens comme partisans du libre arbitre. — Liber, arh. cum grat. don. concord. Q. XIV, art. 13, disp. 23. — Lisbonne, 1588, in-4'', p. 139.
O ïlepi eitxapiJLÉvr,;, ap. Euseb., Prœp. evaug.. VI, 6.— Migne, Pntr. gtwc, t. XXI, p. 420.
(*) Ap. Photii BïbUothec, Cod. 223. — Migne, Pair, gvœc, t. CIII, p. 831 et seq.