QUERELLE DU PUR AMOUR
théologiens, moitié en philosophes. Le public se passionne pour ou contre la Constitution et le Formulaire, les écj'its de polémique mettent les profanes au courant du sujet de la dispute et bientôt la réflexion philosophique va s'exercer seule sur un sujet purement théologique à l'origine. Cependant les Églises protestantes voient naître des opinions, comme celles d'Arminius (^), qui renouvellent le pélagianisme et s'éloignent l3eaucoup des doctrines de Luther et de Calvin. L'Église catholique condamne Jansénius comme elle a condamné Calvin; elle reste neutre entre les théologiens qui admettent à la fois la nécessité de la grâce divine et la réalité du libre arbitre. Tandis que Paul V leur défend non pas, comme on l'a dit, de disputer sur ces matières, mais de se traiter mutuellement d'hérétiques, elle condamne tous ceux qui refusent de croire à la grâce divine ou à la liberté de l'homme. Au ve siècle. Pelage a été condamné pour avoir trop accordé au libre arbitre; au xiv^ siècle Wickleff; au xvi% Luther et Calvin sont à leur tour condamnés pour avoir refusé à l'homme tout pouvoir; au xviic siècle enfin, Rome condamne ÏAugustinus qui professe les mêmes erreurs.
Vers le même temps un auteur mystique espagnol, Molinos, renouvelant en partie la doctrine des Béguards et des mystiques allemands Ruysbrock et Tauler enseignait dans sa Guide spirituelle les voies de la perfection. Tl prétendait que la perfection chrétienne consistait dans un état d'indifférence absolue ou l'àme amoureuse de Dieu recevait passivement les impressions de la grâce et s'abandonnait à la volonté de Dieu sans réflexion ni délibération d'aucune sorte. « Cette sainte indiiïérence est une suppression absolue de volonté, une non-volonté entière, une exclusion de tout désir {^)... L'àme y est agie ou mue de Dieu et instruite par lui sur chaque chose, de manière que Dieu seul désire en elle et pour elle, sans qu'elle ait aucun besoin d'y coopérer
(}) Voy. Rossuet, Hist. des Variât., 1. XIV.
(-) Fénelon, Eorplicat. des Maximes des Sainls, art. V, Faux. (On sait que flans les articles Taux, Fénelon résume la doctiine de Molinos.)