QUKRETJ.E DU PUR AMOUR
par son libre arbitre (•). » Il peut arriver que l'àme soit soumise à des épreuves extrêmes, à des tentations de désespoir qui lui montrent son salut compromis. D'après Molinos, « ces épreuves intérieures suppriment pour toujours les actes distincts de l'amour et des vertus. Elles mettent une àme dans une impuissance réelle et absolue de s'ouvrir à ses supérieurs, ou de leur obéir pour la pratique essentielle de l'Elvangile (2)... Dans ces épreuves extrêmes, une àme, sans avoir été auparavant infidèle à la grâce, perd le vrai et plein pouvoir de persévérer dans son état : elle tombe dans une impuissance réelle d'accomplir les préceptes dans les cas où les préceptes pressent » (^). Ainsi les extrêmes tentations peuvent enlever -à l'àme toute liberté; comme disaient Luther et Calvin, l'àme est alors en la main du diable au lieu d'être en la main de Dieu. Et il est impossible qu'elle sache qui la mène, car dans l'état de perfection « la volonté ne doit plus faire d'actes; elle n'a plus besoin de coopérer à la grâce de toutes ses forces, ni de résister positivement et pleinement à la concupiscence, ni de faire aucune action intérieure ou extérieure qui lui soit pénible » (^). Arrivée donc à cet état de passivité absolue, l'àme peut suivre toutes les impulsions, les mauvaises comme les bonnes, sans perdre la perfection à laquelle elle est arrivée. Cette inadmissible perfection se conserve dans la partie supérieure de l'àme qui reste unie à Dieu pendant que la partie inférieure, entièrement séparée de la supéi'ieure, est livrée à tous les mouvements de la concupiscence (^). Rien ne peut interrompre l'union intime de l'àme parfaite avec Dieu, pas môme le sommeil (^). Ainsi l'idéal de la perfection se trouve placé par Mohnos dans l'anéantissement de la volonté; le libre arbitre, loin de lui paraître nécessaire pour produire dans l'àme le mérite ou le démérite, lui paraît au contraire un obstacle à la perfection.
(») Ici., ibid., art. VII, F.
O Id., ibid,, art. VIII, F.
(8) kl., ibid., art. IX, F.
(♦) Id., ibid., art. XI, F.
(8) Id., ibid., art. XIV, F.
(6) Id., ibid., art. XXV, F.