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QUERELLE DU PUR AMOUR

Mme Guyon suivit à peu près les doctrines de Molinos dans son principal ouvrage intitulé : Moyen court et très facile pour VOraison. Ame ardente, exaltée, de peu de sens, avec des visions et des chimères, tout en condamnant les parties trop évidemment dangei'euses du molinosisme, elle ne crut pas pouvoir abandonner la doctrine d'après laquelle la perfection chrétienne consiste dans un état d'indilïérence où nous ne nous aimons plus que pour Dieu, à tel point que nous accepterions avec joie même notre damnation si nous la croyions être dans les desseins éternels. Toute action intéressée est par cela même de qualité inférieure et imparfaite ; le pur amour consiste à ne plus penser à soi, à ne vouloir et à n'aimer que ce que Dieu veut sans aucun retour sur soi.

On sait que Fénelon fut séduit par ces doctrines d'apparences si pures et si élevées. Le grand évêque écrivit môme un ouvrage, V Explication des Maximes des Saints, pour bien marquer la différence de ses opinions avec celles de Molinos. Il dit expressément que, si Dieu envoie à l'àme des tentations de désespoir, il ne veut que l'éprouver afin de la détacher de plus en plus d'ellemême et épurer ainsi son amour; dans ces épreuves extrêmes « l'àme ne perd ni le pouvoir véritable et complet dans le genre de pouvoir pour accomplir réellement les préceptes, ni les actes réels et intérieurs de son libre arbitre pour cet accomplissement » (^). Il dit encore que l'àme doit « coopérer à la grâce de toutes les forces de sa volonté » {^). Mais il avoue que la coopération de la volonté doit se porter à anéantir en nous tout attachement à nous-même, tout amour intéressé, et à rendre l'àme indifférente à tout, sauf à Dieu. « Ce n'est point là une indolence stupide, une inaction intérieure, une nonvolonté, une suspension générale, vm équilibre perpétuel de l'àme. Au contraire, c'est une détermination positive et constante de vouloir et de ne vouloir rien (^). » L'idéal de la volonté est donc de s'anéantir elle-même, et il n'y a de perfection que dans cet anéantissement complet de la volonté. Dans cet état, « tout se réduit à une coopération

(^)Ibid., art. IX, Vrai.

(2) Ibid., art. VU, V.

(3) Ibid., art. V, V.

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