CHAPITRE II M a 1 e b r a n c h e
Malcbranclic à la fuis théologien et philosophe.— Veut exténuer le libre arbitre sans l'anéantir. — Dieu règle tout dans le monde. — Le mal vient du défaut. — L'homme ne peut rien produire. — Inelficacilé des causes secondes. — >Ialcbranche précurseur de Hume. — Origines mélaphysi(iues de sa théorie de l'inefficacité des causes
- secondes. — Distinction des instants du temps. — Causes occasionnelles. — Le libre arbitre nécessaire à la morale et à la religion — Preuve du libre arbitre par sentiment intérieur.— Objection. — Réponse.— Preuve par la raison.— Ce que c'est que liberté. — Les motifs. — La prémotion phy iq e. — L'âme n'est pas une. bal nce. — Cela contredit-il l'inelTicacité des causes secondes? — Deux choses sont possibles : ou nous faisons bien ou nous faisons mal. — Dans les deux cas, nous ne produisons rien. — Contradiction de Malcbranche. — Le repos n'est-il rien? — Les modalités physiques. — La création continuée. — Origine des contradictions.
Malebranche se trouve placé, vis-à-vis du libre arbitre, dans une position singulière. A la fois disciple de S. Augustin et de Descartes, théologien attaché à la tradition et philosophe ami des nouveautés, il ne peut nier le libre arbitre sans cesser d'être catholique, il ne îpeut affirmer la puissance elYective de la liberté sans renoncer à ses principes philosophiques. La doctrine de Malebranche sur le libre arbitre n'est donc pas un pur déterminisme, comme l'ont cru bien des historiens de la philosophie. Il n'est pas seidement lui précurseur de Leibnitz et de Spinoza, il est encore un disciple des scolastiques. Et il ne faudrait pas s'imaginer que la croyance au libre arbiti^e, qui lui est imposée par sa religion, se juxtapose simplement chez lui à la doctrine déterministe où le pousse sa philosophie. Il n'a pas, comme théologien, afhrmé le libre arbitre qu'il niait comme philosophe; Malebranche n'a pas hérité de cette conscience en partie double des philosophes du xvi® siècle, il voit l'opposition qui éclate entre ses croyances religieuses et ses théories philosophiques, et s'eltorce de la détruire par une conciliation savante. Esprit à la fois très subtil