MALEBRANCHE
et très rigoureux, il a donc cherché le moyen d'exténuer le libre arbitre sans l'anéantir tout à fait, pour rester ainsi fidèle et à son Église et à son École. Alors même qu'il fait de la théologie, comme dans le Traité de la nature et de la grâce et les Réflexions sur la prémotion physique j c'est encore en philosophe qu'il raisonne, c'est à ses principes philosophiques qu'il rattache toutes ses conclusions.
Essayons d'exposer dans leur complexité les opinions de Malebranche sur le libre arbitre et pour cela rappelons d'abord les thèses principales de sa philosophie.
« On reconnaît l'existence de Dieu par idée pure ou sans sentiment; son existence ne dépendant point d'une cause, et étant renfermée dans l'idée de l'être nécessaire et infini; car si l'on y pense, il faut qu'il soit (^). ^) L'existence de Dieu est donc contenue dans son idée en vertu de la preuve ontologique, et c'est parce que Dieu est nécessaire, parfait, que son existence est ainsi impliquée dans son idée. Dieu est donc et il est parfait. Or, ce Dieu parfait n'a pu agir qu'en conformité avec sa nature parfaite. Quoique non nécessité à produire le monde, il a voulu le créer; il a dû dès lors le créer aussi bon que possible, aussi semblable à lui qu'il se peut. Dans ce monde tout est ordonné, réglé par l'acte même qui l'a créé. Déranger quelque chose dans ce monde, le troubler en quelque façon que ce soit, serait se mettre en opposition avec Dieu, et comment croire que la force humaine puisse balancer un seul instant la force toutepuissante de celui de qui elle vient? Ce n'est qu'en apparence que l'homme peut être fort contre Dieu. L'homme ne peut donc produire dans le monde aucun désordre, et, si l'on en remarque d'apparents, c'est qu'ils forment une partie intégrante du plan divin.
Le monde n'est pas parfait, puisqu'il n'est pas Dieu ; il s'y mêle donc du désordre, de la contradiction, du mal même. Mais il semble que reconnaître cela et soutenir en même temps que Dieu fait tout ce qui se fait dans le
(^) Éclai}'c'isse)nents sur la recherche de la Vérité, X, in-i2. Paris, 1721. p. 232.