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INEFFICACITÉ DES CAUSES SECONDES

monde, c'est dire que Dieu agit contre lui-même et se contredit. Malebranche n'admet point cette conséquence. Le mal qui se trouve dans le monde n'est pas un être que Dieu produise, c'est un manque d'être, un défaut, un véritable néant. Ce sont les limites, les bornes de l'être du monde qui constituent les imperfections qui nous frappent. Dieu ne se contredit donc pas, il n'agit pas contre lui-même, il maintient le monde avec ses imperfections et ses apparents désordres, parce qu'il est le meilleur qu'il ait pu faire et que le désordre apparent est la condition d'un ordre réel.

D'un autre côté, l'homme ne peut rien ajouter à l'ordre du monde, il ne peut augmenter la somme de bien qui s'y trouve. Lui-même est l'œuvre de Dieu, avec toutes ses puissances et tout ce qu'il est; tout ce qu'il doit faire fait partie du plan divin; tout ce qu'il peut faire vient donc de Dieu; c'est Dieu qui l'a voulu et préordonné. Si l'on admet la providence divine et le concours que Dieu prête au monde, comment admettre que quelque chose se produise sans que ce soit Dieu lui-même qui le produise? Conclusion : l'homme ne peut ni produire du désordre dans le monde ni augmenter l'ordre qui y règne; il n'y a qu'une seule puissance au monde, celle de Dieu; les causes secondes sont inefficaces, elles n'agissent pas, elles* sont agies (•). C'est Dieu qui opère en tout opérant, selon le mot de l'Apôtre : Deus operatur in omni operanti.

« Les corps d'abord, nous dit Malebranche, n'ont aucune espèce d'efficace ou puissance propre (^). » C'est la pure doctrine de Descartes. Malebranche ajoute : « Les âmes n'ont pas plus de pouvoir que les corps (^). » Par conséquent, l'àme humaine n'a aucun pouvoir réel ni sur son corps, ni sur elle-même; elle ne peut point se modifier, elle ne jouit point de l'indépendance, et Malebranche regarde la croyance à l'indépendance de l'àme comme une

(1) Éclaire, I, p. 23. — Voy. sur tout cela : Principes de la nat. et de la grâce. — Méditât, clirét.

(2) Recherche de la Vérité, 1. VI, 2« part., c. 3; 3 vol. in-12, 1736, t. III, p.lii. — Cf. Entretiens métaph., V 11^ Entretien. — Méditations chrétiennes, F« et 17« Méditations.

C3) Rech. de la Vér., loc. cit. — Ibid., p. 114.

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invention païenne (^). Cette indépendance ne nous feraitelle pas échapper à la toute-puissance divine?

Si l'on objecte que nous nous sentons agir, que nous sentons par expérience que nous produisons dans le monde de véritables etYets, Malebranche répondra : « Lorsqu'on remue son bras, on a sentiment intérieur de la volonté actuelle par laquelle on le remue, et l'on ne se trompe point de croire qu'on a cette volonté. On a de plus sentiment intérieur d'un certain eifort qui accompagne cette volonté, et l'on doit croire aussi qu'on fait cet effort. Enfin je veux qu'on ait sentiment intérieur que le bras est remué dans le moment de cet effort; et, cela supposé, je consens aussi que l'on dise que le mouvement du bras se fait dans l'instant qu'on sent cet effort, ou que l'on a une volonté pratique de le remuer {^)... Mais je nie que ma volonté soit la cause véritable du mouvement de mon bras, des idées de mon esprit, et des autres choses qui accompagnent mes volontés; car je ne vois aucun rapport entre des choses si différentes. Je vois même très clairement qu'il ne peut y avoir de rapport entre la volonté que j'ai de remuer le bras, et entre l'agitation des esprits animaux, c'est-à-dire de quelques petits corps dont je ne sais ni le mouvement ni la figure, lesquels vont choisir certains canaux des nerfs entre un milhon d'autres que je ne connais pas, afin de causer en moi le mouvement que je souhaite, par une infmité de mouvements que je ne souhaite point. Je nie que ma volonté produise en moi mes idées; car je ne vois pas même comment elle pourrait les produire, puisque ma volonté ne pouvant agir ou vouloir sans connaissance, elle suppose mes idées et ne les fait pas (^)... Nous connaissons par sentiment intérieur que nous voulons penser à quelque chose, que nous faisons effort pour cela, et que dans le moment de notre désir et de notre effort, l'idée de cette chose se présente à notre esprit. Mais nous ne connaissons point par sentiment intérieur que notre volonté ou notre eifort

(1) Ibid., p. ICM).

(2) Éclaircls., XV. p. 383.

(3) Ihkl., p. 380.

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