CRITIQUE DU SENTIMENT VIF L\TI:R\E
de sa détermination, c'est reconnaître qu'il y avait en elle, latente sans doute, mais déterminée, la perception ou l'appétition qui a donné la victoire au parti élu, c'est reconnaître par là même que l'indilTérence apparente n'existait pas et que la préférence de l'àme a une véritable raison. Quant à produire en elle-même quelque chose d'entièrement nouveau, une force nouvelle, ce (j[ui serait une véritable création, cela lui est totalement impossible, et n'est possible qu'à Dieu. « Il y a des miracles réservés à Dieu, dit Leibnitz^ et qui surpassent toutes forces naturelles; tel est celui de créer ou d'annihiler (*). »
Il y a donc toujours dans l'àme une raison certaine et déterminée de ses choix « et un ange ou Dieu au moins pourrait toujours rendre raison du parti que l'homme a pris, en assignant une cause ou une raison inclinante, qui l'a porté véritablement à le prendre ; quoique cette raison serait souvent bien composée et inconcevable à nous-mêmes, parce que l'enchaînement des causes liées les unes avec les autres va loin » {^). A cette critique définitive de la prétendue liberté d'indifférence, Leibnitz ajoute la critique de la preuve du libre arbitre par la conscience ou, comme il s'exprime, (( par un prétendu sentiment vif interne. Nous ne pouvons pas sentir proprement notre indépendance, dit-il, et nous ne nous apercevons pas toujours des causes, souvent imperceptibles, dont notre résolution dépend. C'est comme si l'aiguille aimantée prenait plaisir de se tourner vers le nord; car elle croirait tourner indépendamment de quelque autre cause, ne s'apercevant pas des mouvements insensibles de la matière magnétique» (3). Ainsi, de ce que nous n'apercevons pas clairement quelle est la cause de notre choix, cela ne veut point dire qu'il n'en ait aucune, cela veut simplement dire que nous ne la voyons pas. L'école de Kant et les écoles déterministes reprendront plus tard cette critique de Leibnitz. De ce que nous ne sentons pas la nécessité il ne s'ensuit pas
C) 4e Écrit contre Clarke. — Janet, t. Il, p. 640.