‹ Essai sur le luxe et la vanité des parures [microforme]Chapitre 20 sur 38 · DE GE · texte numérisé non relu

DE GE

10. Le vrai progrès pour un cultivateur consiste à avoir une maison assez spacieuse pour le logement de sa famille, des dépendances nécessaires pour ses animaux et pour les autres besoins de sa ferme, mais sans ostentation et sans orgueil, L'ostentation, le faste et l’orgueil des maisons ont toujoiürs pour résultat de diminuer les moyens d'améliorer la ferme et de jeter en dehors de la voie qui mène à une certaine uisance, qui donne les moyens de faire de bonnes œuvres dont on a toujours besoin pour mériter les bénédictions du ciel sur la famille et sur son champ.

Voilà à peu près les bâses du vrai progrès matériel qui peut amener le plus heureux résultats pour le bien être temporel de nos habitants de la campagne.

Mais ce progrès matériel, nécessaire pour les besoins de nos corps, n’est ni le plus important ni le plus essentie! pour nous. Nous allons tous à l4 mort, et la mort nous ouvre l'entrée d’une éternité ou de bonheur ou de malheur, selon les œuvres bonnes ot mauvaises qu’emporteront nos âmes, Voilà surtout ce qui doit intéresser un peuple catholique. Le progrès done qui doit passer avant l’autre, c’est le pro zsrès spirituel, En voici les bases.

lo. Le progrès spirituel sisnifie qu'il faut aller de vertu en vertu, jusqu'à ce qu'on ait atteint le but proposé dans l'Evangile: Soyez parfaits comme votre Pére céleste est parfait, Ainsi, plus nous devenons vertueux, et plus nous avançons dau Île progrès, non seulement convenable mais encore casentiel ? un peuple Catholique.

%0. Dans l'esprit du progrès religieux, plus nous nous d'tachons de nous-mêmes, du monde et de l’amour des biens de lx terre, et plus nous avançons vers nos véritables destinées,

30, Le progrès catholique signifie que chacun de nous

est obligé de remporter chaque jour quelque victoire sur son orgueil, sur son amour-propre, sur l'attachement aux choses de la terre et sur quelqu'une des passions de l1 nature corrompue.

40. Pour avancer dans lesprit catholique, chaque paroisse, chaque famille, chaque individu doit s'appliquer à observer toujours plus fidèlement les commandements de Dien et de l'Eglise, ies vertus de son état, les règles de la charité chrétienne, du bon exemple, de Ja paix, de la justice, et tout ce qui peut avoir pour but d'établir solidement le règne de Dieu sur Ini, dans sa paroisse et dans la famille dont il a la charge où dont il fait partie:

5o. Dans le sens catholique, un jeune homme doit faire, chaque jour, du progrès dans lPobéissance filiale et chrétienne envers ses père et mère, dans la charité avec ses frères et sœurs, dans le mépris du monde, de ses plaisirs et de ses jouissances matérielles.

Go. Dans le progrès Catholique, une jeune fille doit travailler à s’instruire de plus en plus par de bonnes lectures. Le vrai progrès pour elle, c'est d'avancer chaque jour dans la pratique des vertus d’obéissance, de piété, de modestie, d'humilité, de détachement d’ellemême, de l’esprit d'orgueil et de vanité, de l'amour du monde, de ses joies et de ses plaisirs, afin de faire l’acquisition de toutes les bonnes qualités et de toutes les douces et précieuses vertus qui la rendront sainte aux regards de Dieu, et, partout où elle sera, comme la bonne odeur de Jésus-Christ.

Quand un peuple sera dirigé par l'esprit catholique, voilà comme il entendra ce qu'on appelle le progrès. Et il aura raison pour son bonheur temporel et surtout pour son bonheur éternel; suivant cette grande maxime, déjà tant de fois citée: Cherchez donc premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses vous seront données par surcroit.

Saint Augustin et saint Chrysostôme expliquent aivsi cette divine sentence : ‘ Aspirez à devenir de dignes “ membres de mon Eglise; que ce soit là le premier de “tons vos soucis, et efforcez-vous en même temps de “vivre dans la justice, dans la pureté et dans la “ sainteté, comme cela vous est prescrit. Alors la ré- ‘ compense éternelle, vous sera donnée, et, par sureroit, ‘les choses nécessaires à la vie présente.

Le prophète David a dit, dans le même sens: Abandonnez au Seigneur le soin de tout ce qui vous regarde, et lui-méme vous nourrira. Et encore: J'ai été jeune, et je suis vieux ; mais je n'ai point encore vu que le juste ait été abandonné, ni que sa race ait cherché son pain.

Laissez-moi maintenant faire cette supposition :

Dounez-moi, pour nos campagnes, un peuple catholique, comme celui que nous avons. Mais que ce peuple comprenne bien qu'il y a une Pravidence et qu’il ne peut se passer de la pluie pour arroser ses champs, de la santé pour ses travaux, du soleil pour mâûrir ses récoltes et du temps propice pour les mettre en sûreté, et que cela dépend essentiellement de cette Providence, Ajoutez dans le cœur de tout ce peuple une grande confiance dans cette Providence et un sentiment profond du besoin qu'ilen a. Qu'il médite sans cesse ces deux grandes règles qui lui feront comprendre qu’il ne peut se passer de l’aide de Dieu, Toute plante, lui dit Jésus-Christ, que n'a point plantée mon Père céleste, sera arrachée, et cette autre du prophète David : Si le Seigneur ne bâtit la maison, c'est en vain que travaille ceux quila bâtissent. Si le Seigneur ne garde la ville, c'est en vain que veille celui qui la garde ; que je puisse faire comprendre à ce peuple, depuis Le plus grand jusqu’au plus petit, qu'il faut qu'il soit profondément religieux, et fidèle à toutes les œuvres de sa foi ; qu’il prenne la docilité d’un petit enfant envers

tous cenx que Dieu a chargés de le diriger, je veux dire, ses prêtres, les pères et les mères et les magistrats ; qu'il garde la modération chrétienne en toutes choses, dans ses habits, dans ses meubles, dans ses voitures, dans ses maisons, dans ses dépenses en tout genre ; qu’il soit honnête, franc, amateur de la paix, de l’union avec ses frères, de Ia charité envers tous ; qu'il ne laisse jamais entrer dans son cœur ces idées fausses de prospérité mondaine et de bouheur en dehors de la pratique des vertus de modestie, en rapport avec sx position et son état ; qu’il évite comme un fléau les habitudes de luxe, d’orgueil et de vanité; enfin qu’il n'ait qu’un but, en tout, qui soit de plaire à son bon maître, de s’en faire l'ami, l'enfant, le fidèle serviteur, et je dirai à ce peuple : marche en avant sous les regards et la protection de Dieu! Ne crains rien, car Dieu est pour toi, avec toi, ton ami et ton protecteur. Reste sur tes terres, vas en prer dre pour tes enfants, c’est là que Dieu te veut, c’est là qu'il te bénira, c’est là que tu seras heureux da bonheur que Dieu a crée pour toi. Grandis et multiplie comme les étoiles du firmament; tu feras un grand peuple, et Dieu, par toi, fera de grandes choses pour sa gloire, et pour celle de son épouse bien-aimée, la sainte Eglise catholique dont tn es l’heureux enfant, l'enfant béni et tendrement aimé. Et je ne me tromperai point.

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