‹ Essai sur le luxe et la vanité des parures [microforme]Chapitre 29 sur 38 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De la modestie

J'emprunte à une demoiselle de condition, ce qu’elle a

écrite sur la modestie. Ces paroles ne peuvent déplaire aux personne de son sexe.

“La beauté nous trompe, dit-elle, plus que ceux qui eu sont éblouis ; elle nous trouble, elle evivre notre âme, et nous en sommes plus sottement idolâtres que les amants les plus passionnés. Dès que nous ne la soutenous point par le mérite et la vertu, rien ne peut être plus nuisible, ni plus pernicieux. Quel est l’homme d’an esprit réglé, qui prendrait pour son épouse uue fille, pour belle qu’elle fut, si sa sagesse et sa modestie ne la

lui a fuit rechercher ? T'ant il est vrai que le monde exige plus de modestie de nous que nous en avons. Cent moyens de plaire, tous plus faux les uns que les autres, que nous recherchons et que nous étudions, et qui nous gâtent, font uue partie de nos plus sérieuses occupations.

‘ Etre belle sans le savoir, est un miracle qui me passe ; ne l'être pas, et croire l’être est une erreur des plus communes. Celle qui le sont, pour le paraître davantage, en déplaisant à Dieu cessent de plaire aux hommes ; et celles qui ne le sont pas se rendent ridicules pour y prétendre. Mon Dieu! qu’un peu de modestie accommoderait tout ! Que ne restons-nous comme nous sommes, sans vouloir tirer toute notre gloire de notre beauté? Les véritables grâces ne dépendent point de notre toilette, de nos affectations, de nos mignardises, et celles-ci sont bien rarement saus péché.

‘ Mesdemoiselles, regardons notre corps comme Île temple du Saint Esprit; il l’est en effet: ayons-en du respect, comme d’un membre de Jésus-Christ. Rougissons de toute nudité scandaleuse ; c’est en cette salutaire pudeur que consiste la modestie de nos persounes. N'est-il pas en effet honteux, qu’étant chrétiennes, nous imitions les mœurs des infidèles? Dans l1 religion que nous professons, notre vertu favorite devrait être la pudeur, et nous lui faisons une guerre cruelle.

‘4 Je ne blâme pas ici la propreté ; car si le luxe des habits a toujours été uu vice, la malpropreté certiinement ue fut jamais une vertu. Mais ne peut-on pas nous reprocher que si nous nous habillons, ce n’est point tant pour nous couvrir, que pour nous montrer? Et pourquoi dissimulerais-je ce faible de notre sexe, moi surtout qui ai eu pendant si longtemps ? Notre vanité, aussi bien que l’aunbition, veut avoir des spectateurs,

puisqu’en effet nous ne nous parons guère quand rous sommes seules. La pompe et le faste sont ennemis de la solitude ; on se lasse bientôt de la parure,’ quand on ne veut pas se faire voir ; parceque la peine qu’on y trouve en fait perdre le plaisir. Quand nous n'avons point de témoins qui nous regardent, ni d'esclaves qui nous adorent, notre amour propre n’est point assez puissant pour nous obliger à nous parer.

“ La modestie dont je parle met ordre à tout cela. Les habits sont la peine du péché ; ils ne doivent servir que pour nous couvrir, ou pour nous défendre contre ln rigneur des saisons. Ainsi, que la vanité ou l'ambition n’y ajoute rien de superflu ; car quiconque parmi nous se règle sur la coutume, ou sur son argent, oublie qwelle est chrétienne, sans se ressouvenir qu’elle est criminelle.”

En étudiaut ce que dit cette personne, les femmes et les filles de nos campagnes comprendront qu’on ne peut se livrer au luxe et aux vaines parures, sans se mettre en apposition avec les erseignements de la foi, les règles de là modestie chrétienne, et leurs véritables intérêts, même ceux de ce monde.

Les paons resserrent leurs plumes, quand personne ne les regarde, voilà le portrait des femmes vaniteuses qui ne mettent leur toilette que pour se montrer, ei se faire regarder, et se faire admirer! Vanité des vanités ! Vanité dans les habits, vanité dans le cœur, vanité dans l'esprit, vanité dans l'âme, vanité partout, vanité dans tout, vanité pour tous! Est-ce digne d’une âme créée pour une éternité ?

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