CHAPITRE VIII Où en est la piété
La piété est le dévouement du cœur pour tout ce qui est bon, saint et agréable à Dieu. Pour être pieux, il est nécessaire que le cœur se soit longtemps exercé à la pratique de cette maxime fondamentale &u christianisme : Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renonce luiméme. Sans renoncement à soi-même, il ne peut done y avoir de véritable piété, car l'amour de soi est le contrepied de cette vertu. Cette abnégation de soi-même, est ce qu'il y à de plus difficile duns le christianisme.
Mais peut-on être vraiment pieux, et aimer le luxe et la toilette ?
Il n'y a qu’une seule réponse à cette question : on ne peut être vraiment pieux et aimer le luxe et les vaines parures de l’orgueil. Sans doute qu’il pent exister bien des dégrés dans cet amour, qui rend plus ou moins coupable, mais la maxime de St. Augustin sera éternellement vraie : ‘celui-là, dit à Dieu ce grand saint, celui- “là ne vous aime pas comme il doit vous aimer, qui ‘aime quelque chose qu’il w’aime point pour vous.”
Mais quand l’amour du luxe ou des vaines parures est porté au point de refuser d’obéir ou à des parents, ou à son curé, ou à son confesseur, qui s’y opposent, et qu’on ne veut pas y renoncer, il n’y a plus de piété dans un cœur. Toute personne, dans cette disposition, m’est autre qu'une des vierges ‘ folles dont il est parlé dans le saint évangile. Cette personne est dans une fausse voie qui la conduira à abuser des choses les plus saintes,
parce qne son orgueil l’a jetée dans l'aveuglement. C’est bien le cas d'appliquer cette maxime du Livre des proverbes : Il y a une voie qui paraît droite à l’homme, dont la Jin néanmoins mène à la mort.
Et toutes ces femmeset filles catholiques, livrées ainsi au luxe et à la vanité des parures, se fernient de grands serupuies, si elles ne disaient pas fréquemment à Dieu :
Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur et par dessns toute chose ! !
Par quelle étrange fatalité trouvent-elles le secret de se faire illusion jusqu'à ce point, lorsque leur évêque leur crie: malheur aux âmes vaines et orgueilleuses !