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CHAPITRE XI

Les promesses du baptême

C'est une loi des peuples chrétiens que les engagements prisavec ses semblables forment, dans la conscience, l'obligation de les exécuter. Toute personne qui se soustiait à cette obligation, a perdu le droit d’être regardée comme honnête. Elle est même indigne de confiance.

Si on en juge ainsi dans les affaires de ce monde, qui se passent entre les hommes, comment devra-t-on en juger dans les engagements religieux qui se passenc entre Dieu et sa créature ? Ne devra-t-on pas en conclure que plus l’un des contractants est grand et au-dessus de l’autre, plus aussi ce dernier serait indigne de toute considération, s’il ne tenait pas sa promesse.

Nous savons tous que, avant de recevoir le signe de l'adoption des enfants de Dieu sur notre front, nous avons fait trois solennelles promesses. Mais ces promesses d’où dépend notre sort éternel, les connaissonsnous bien ? Les avons-nous sériensement méditées ? Saiton qu’elles sont d’une conséquence infinie pour une personne baptisée? S'est-on jimais donné la peine de ealculer les conséquences épouvantables qu’entrafnerait leur violation ? Tâchons done de nous en convaincre par les considérations suivantes.

Les promesses du baptême sont vraiment nn contrat passé entre Dieu et sa créature. D'un côté, la créature s'engage à n’appartenir plus au démon auquel elle re-

nonce, et Dieu la prend pour son enfant et lui donne le droit d’'héritier de son royaume céleste et de cohéritière de Jésus-Christ, son fils bien-aimé. Par la seconde promesse du Saint Baptême, la créature promet solennellement à Dieu de ne jamais imiter le démon dans sa révolte et son orgueil iusensés contre son Soñverain Maître, ct Celui-ci, Dieu, promet à sa créature de l'aimer comme son enfant et de Jui tenir compte de tout le bien qu’elle fera et de l’en récompenser éternellement. Enfin, par la troisième promesse, la créature s'engage à ne plus écouter la morale du monde, elle renonce à se laisser diviger par lui, à ne jamais suivre que la morale de Jésus-Christ, se revêtir de son Esprit et se conformer, dans sa manière de penser, de parler et d'agir, à la doctrine et aux enseignements de l'évangile, tels qu'enseignés et professés par la Sainte-Eglise catholique, seule interprète de ce livre divin.

Qu'on veuille bien ne jamais perde de vue que, du moment qu’une des promesses du baptême est violée en matière grave, cette violation a pour conséquence de séparer de Dieu la personne coupable et de lui faire perdre les droits acquis par le baptême. Cette personne est retombée sous l'empire de Satan, et si Dieu n’use envers elle d’une miséricorde qu'il a le droit risgonreux de Jui refuser, elle périra éternellement, On peut donc dire qu'elle est à la merci de Dieu qui ne lui donnera ce que mérite son infidélité s’il l'envoie habiter la demeure de l'ange rebelle, qu'elle à imité dans sa révolte.

Pour ne considérer les promesses du baptême que relativement à la question que je traite, peut-on soutenir qu'elles laissent à une personne baptisée la liberté de sui,re les entraînements du Inxe et des vaines parures, sans danger pour son salut éternel?

Nous allons examiner cette importante question et,

quand nous aurons tout pesé, nous en viendrous à la conelusion qu’elle ne le pent sans renoncer au ciel ou, du moins, sans s'exposer plus on moins, à eu être privé.

Avant tout examen, qu'on veuille bien remarquer que nous n'avons pu être reçus au nombre des disciples d'un Dien qui a daigné prendre la forme d'un esclave, naître dans une crèche, porter une couronne d’épines sur sa tête et mourir sur une croix qu'après lui avoir fait trois promesses so'ennelles que voici: lo. Je renonce à Satan ; 2o. Je renonce aux œuvres de Satan ; 30. Je renonce aux pompes de Satan, Je nai nul besoin de dire que ces renoncements sont d'une obligation rigoureuse

pour la conscience ; chacun le gait aussi bien que moi.

Si nous eussions été baptisé à l’âge de raison et que nous eussions refusé de prendre ces engagements, n’eûton point refusé de nous donner le saint baptême ? Si on nous eut laissés at nombre des infidèles pour avoir refasé de les prendre, penserions-nous que, en les violant en matière grave, il nous resterait autre chos: que le titre de chrétiens ? Ne serions-nous pas replacés dans l'état où nous étions avant le baptême, quant aux droits acquis par ce sacrement? Nous nous tromperions étrangement, si nous avions la folie de penser le contraire.

N'examinons d’abord que la troisième promesse du baptême, qui regarde spécialement la question que nous traitons,

Pour vous donner le seus véritable de ces paroles : ‘* Je renonce aux pompes de Satan,” je vais vous citer l'explication qu'en a donnée le ler Coucile de Mayence, tenu l'an 347. % Les pompes des démons, dit ce concile, sont ie faste, l’orgaeil, la vaine gloire.” D'où je conclus que vous ne vous ne pouvez pas vous livrer au faste, à l'ergueil et à la vaine gloire, en d’autres termes, au faste

du luxe, à l’orgueil de votre personne et à la vaine gloire des vaines parures, sans violer cette promesse de votre baptême.

Que le monde et ceux qui suivent sa morale en pensent ce qu'ils voudrout, il n’en sera pas moins démontré que, pour une personne baptisée, c’est renier cette troi: sième promesse de son baptême que de se livrer à l’orgueil des vêtements, du luxe et des vaines parures, tels que nous le voyons pratiquer dans notre sièc'e,

Saint Augustin l’entendait ainsi, comme moi et comme tous les vrais catholiques. Je vais citer ses remarquable paroles tirées de son discours sur le Sermons de la montagne.

‘# Ces préceptes de Jésus-Christ établissent clairement cette loi que nous devons n'avoir pour fin que les seules joies intérieures, dans Pappréhension que cherchant la récompense que nous offre le monde, nous ne nous conformions au siècle présent. Par cette conformité avec le moude, nous perdrions la promesse d’une félicité intérieure d'autant plus excellente que, dans les vues de Dieu, elle doit nous rendre conformes à l’image de sou fils. Toute personne douc qui se livre aux excès de la toilette et des parures, ou qui cherce à briller par la beauté et l’éclat des ornements, est convaincue de suivre les pompes du siècle, par le fait même de ee luxe ou de ces vaines parures, ct elle ne peut empêcher qu'on ne juge que la piété qu'elle ferait paraître, ne soit que de lPhypocrisie.” (Nec quemquam fallit dolosa imugino sanctitatis.) Elle n’est doneen réalité qu'une vierge folle à qui Dieu dira un jour : Æn vérité, je ne vous connais point.

La troisième promesse du baptême condamne donc le : luxe et la vanité des parures. Mais nne personne qui viole scieniment et ouvertement une des promesses de

son biptême, pent-elle croire que sn conscience soit en règle avec Dien ? Pent-elle même avoir ln persuasion qu'elle appartient à Jésus-Christ on qu’elle marche à sa suite? N’aurait-el'e pas, an contraire, de fort graves raisons de croire que, ayant violé une des clauses de son contrat de baptême, elle n’est, en réalité, chrétienne que de nom ? Car comment le grand saint Augustin j'igeaitil de la piété qne font paraître les personnes livrées aux extravagances du luxe et de la vanité? Ne dit-il pas que cette p'été est fausse, trompense, hypocite ? Pourquoi serait-elle fausse ? Si non, parce qu’on ne pent être à Dieu, par la piété, et au monde, par le luxe ct la vanité des parures? N'est-ce pas ce qu'enseignait Monseigneur Baillargeon, lorsqu'il s'écriait : ‘“ Malheur aux âmes vaines et orgueillenses. ” N'est-ce pas encore ce que voulait dire saint Paul, quand il parle de ceux qui, aux derniers jours, auront, à la vérité, l'apparence de la Piété, mais en renieront la vérité et l'esprit ? Mais quelles seront ces personnes ? Précisément celles dont je parle, puisqu'il nous dit qu’elle seront pleines d'amour delles-mêmes, glorieuses, superbes ? Celles enfin dont Monseigneur de Tloa disait : ‘“ Dieu résiste aux superbes. ”

A quoi douc peut servir à une personne baptisée, cette exhibition, cette montre de piété, si elle se laisse conduire par l'esprit mondain, dominer par l’orgueil mondiin, séduire par ces doctrines funestes qui ne tendent qu'à là glorification de la chair que la troisième promesse du baptême avait pour objet de sonmettre aux iois de humilité chrétienne ?

Si maintenant nous remontons à la seconde promesse du baptême, nous verrons qu’elle nons a fait renoncer ax œuvres du démon. Mais l’œuvre du démon, n'est-ce bis surtout l’orgueil, qui est le commencement de tout péché ? En se livrant aux excès du luxe et des vaines parures, ne commet-on pas essentiellement l’œuvre du

démon, le roi de tous les enfants de l'orgueil ? Par le luxe et la vanité des parures,on viole done aussi l4 seconde promesse de son baptême. Mais nous dit lapôtre saint Jean, celui qui commet le péché, est enfant du diable, parce que le diable péche dès le commencement. Etant. devenu l'enfant de Satan par le péché mortel, que devient alors la première promesse du baptême : ‘“ Je renonce à Satan ?” N'est-elle pas également détruite ? Par le seul fait de se livrer aux excès du luxe et à la vanité, on renverse donc les engagements de son baptême.

Concluons donc : Lo. Qu'en vertu des solennelles promesses faites à notre baptême, nous ne pouvons nous livrer au luxe et à la vanité des parures sans violer ces promesses et que, si la violation est en matière grave, sans cesser d’appartenir à Dieu. Concluons 20. Que ’e monde et l'esprit du monde, quelque dominant qu’il soit dans le siècle où nous vivons,ne peut nous excuser devant Dieu, si nous ne tenons point fidèlement les promesses de renoncement à Satan, à ses œuvres et à ses pompes. Concluons 30. Que toutes les personnes qui se livrent aux excès du luxeet de la vanité n’ont qu’une vaine apparence de piété, puisque, par ces excès, elles font ouvertement profession d'appartenir an monde et d'être dirigées par l'esprit du démon, le prince de ce monde. Concluons enfin que, lorsqu'il est question d’àdopter une mode, uu usage, une manière de se vêtir, il faut, avant tout, examiner devant Dieu si on peut sen revêtir sans violer les promesses de son baptême.

Pour ne point prendre le change, en faisant cet examen il faut se pénétrer de l'esprit de l’évangile et s’y conformer, quels que soient les usages où les modes que l'esprit dn monde autorise. Mais l'esprit de l’évangile condamue le luxe, l'amour de soi, lasensualité, le monde, sa morale, ses principes et son esprit. L'esprit de lé vangile ne prêche que péuitence, mortification, haine

contre la chair, contre le monde, contre son orgueil et contre tout ce qui tend, deloin ou de près, à incliner les âmes vers l’amour des choses de ce monde, et, entre toutes ces choses vers celles qui sont de nature à fomenter l’orgueil et à flatter la chair.

Je l'ai dit déjà bien des fois, une fois livré aux funestes habitudes du luxe et de la vanité, n’en vient-on pas bientôt à un dégré d’insensibilité religieuse et d'a’ veuglement qui font avaler l'iniquité convme l’eau, selon l'expression de Job? On se rassure dans la fausse voie qu’on a embrassée, parce que les personnes livrées à ses désordres sont très nombreuses et répandues dans toutes les classes de la société, comme si l’on ponvait ignorer que le divin Maître nous avertit que ceux qui suivent la voie large qui mène à la perdition formeruient toujours le plus grand nombre.

On voit, à la vérité, un certain nombre de personnes qui ne se laissent point entraîner par le torrent débordé du luxe et des vaines parures, mais l’orgueil, qu’on a reçu dans son cœur chrétien, y appelle des ténèbres intérieurs qui obscurcissent esprit de Jésus-Christ. Ayant perdu l'esprit de lumière, on ne s'aperçoit même point quelle protesten! contre le déréglement dans lequei on vit. Car une fois que l’âme d'une personne baptisée s'est laissée séduire par des apparences trompeuses, elle tombe dans l’ensorcellement des niaiseries, et les passions volages de la concupiscence renversent son esprit. C’est alors que cette âme, séduite par le démon de l’orgueil, se moque de ceux qui lavertissent de ses excès. C’est alors qu'elle croit s'être justifiée dans son égarement, lorsqu'elle se sera écriée : Oh! c'est exagéré; oh! c'est un fou, c'est une folle! Puis, elle s'endort dans cette fausse paix, qui lui fait prendre les ténèbres pour la lumière, et la lumière pour les ténèbres !

Quel renversement dans nne conscience catholique ! Aussi est-il écrit que les 4mes pervertis se corrigent dificilement et que le nombre des insensés est infini !

Mais, me dira un certain nombre de personnes livrées à l'esprit du siècle présent, notre curé ne nous fait aucune remarque sur les vanités que nous portons. Il nous laisse entièrement à notre volonté à cet égard.

Et puis vous vous y livrez sans retenue ! Est-ce que vous n'avez pas entendu la voix de vos évêques, dont ‘un vous conjure de lui aider à combattre le luxe qui envahit toutes les classes de natre société canadienne, et dont l’antre vous crie dans l’amertume de son âme : “ Malheur anx âmes vaines et orgueilleuses!” Vous avez méprisé cette prière, et avez bravé cet anathême, et vous auriez l’impertinence de nous dire que votre curé ne vous fait aucune remarque sur vos folies et vos extravagances ? Vos évêques parlent, et vous faites la sourde oreille, comme l’aspic dont parle le prophète David, et vous écouteriez les avis de votre curé! Le croyez-vous assez dépourvue de bon sens chrétien pour croire que vous écouterez ses avis, quand vous ne tciez aucun compte des avertissements de ceux que Dieu «a chargés de conduire son église ? Croiriez-vous, par hazard, que c’est par indifférence pour les excès auxquels vous vous livrez, peut-être sans aucun remords, que votre curé ne vous avertit point? Vous vous trompez étraugément,

Au reste, je dois vous dire que le silence de votre curé est votre condamnation, et voici en quel sens.

Tout curé qui ne proteste point contre les folies du luxe et des vanités des parures dans sa paroisse de la campagne, ne garde le silence que pour quelques uns des motifs suivants, lo. c’est, ou parce qu’il n’a pas assez

de confiance dans la docilité de ses paroissiens à ses

avis, pour croire quil en sera écouté; 20. C'est, ou parce qu'il les croit trop attachés à ces frivolités déplorables pour ne point appréhender qu'ils se révolteront contre son autorité ; 30. C’est, ou parce qu’il a vu les avertissements des premiers supérieurs méprisés ou négligés, d'où il conclut avec raison, qu’il perdrait son temps, en les rendant plus coupables. Et voilà pourquoi ilse tait! Mais que son silence devrait vous paraître terrible, si vous étiez capables de le comprendre ? Il agit à votre égard, comme un médecin qui abandonne un malade aux ravages d’une maladie cruvclle, parcequ'il refuse de prendre les remèdes qui pourraient le guérir. Votre curé connaît d’ailleurs que les habitudes invétérées de luxe et de vanité ôtent l'esprit chrétien à toute personne qui s’y livre, et qu'alors elle ne saurait comprendre ce qui est de l'Esprit de Dieu. C’est le cas de lui appliquer ce précepte évangélique : Ne jetez point vos peries devant les pourceaux, de peur qu'ils ne les foulent sous leurs pieds, et que se tournant, ils ne vous déchirent.

Au contraire, les curés qui élèvent la voix contre ce désordre, témoignent aux personnes qu’ils dirigent, qu’ils les croient capables de recevoir avec fruit les avertissements qu'ils leur donnent. Ces personnes peuvent être conservées ou ramenées dans l'esprit catholique ; elles sont encore guérissables. Quant à celles où les curés n'osent plus essayer d’arracher cette ivraie semée dans leur champ, ils pratiquent ce qu’ensecigne le père de famille dont il est parlé dans l’évangile : Laissrz croître l'un et l'autre jusqu’à la moisson ; et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : arrachez premièrement l’ivraie, et licz-la en botte pour la brûler.

ist-ce que d’ailleurs, les personnes sensées ne comprendraient point qu'il est infiniment pénible pour un curé d’être réduit à entrer dans les détails de ces fri-

volités déplacées des parures qu’'osent se permettre des femmes catholiques? Le seul bon sens ne devrait-il point leur dire qu’il faut lui épargner cette humiliation, en se rangeant d’elles-mêmes du côté des personnes, encore en grand nombre dans chaque paroisse, qui s’habillen 6 avec la modestie, et li modération qu'exigent les règles de la profession du christianisme ?

Mais, me dira une femme catholique livrée au luxe et aux vaines parures, est-ce que les vanités que je porte seraient péché mortel ? Je réponds d’abord que cectte question est iudigne d’une femme chrétienne. Est-ce que vous seriez assez ignorante, ou que vous auriez la conscience assez renversée pour croire que vous n'êtes obligée d'éviter que ce qui serait péché mortel? Veuillez donc vous donner la peine d'étudier votre religion, et vous apprendrez que les chrétiens sont obligés, en conscience, de s'abstenir méme de tout ce qui «a l'apparence de mal, vous dit saint Paul. Il suffit doue pour vous croire obligé de renoncer à vos vanités, qu’elles soint péchés véniels, car le petit péché véniel est un si grand mal, dit saint Augustin, qu’il ne serait pas permis de le commettre, même pour retirer tous les dimnés de Penfer.

Le même saint docteur enseigne, dans la lettre à Séjeucienne ‘Que la multitude des péchés véniels peut conduire une âme à sa perte éternelle. ?” Aïnsi la multitude de vos grandes et petites vanités qui, certainement sont des péchés véniels, pourrait vous conduire en enfer, non précisément en tant qu’elles seraient des pécliés véniels, mais en vertu de cette loi divine : Celui qui est injuste dans les petites choses, est injuste dans les grandes. Cette seule considération devrait suffire pour qu’une femme catholique se crut obligée de s’'interdire toute espèce de vanités, puisque toute cspèce de chose vaine sera condamnée par le Souverain Juge qui nous a dit :

Or je vous déclare que les hommes rendront compté aw jour du jugement de toute parole inutile qu'ils auront dite.

Mais peut-on dire, en général, que suivre le torrent du luxe et d's vaines parures au point où l’on est rendu, dans notre sièele, ne soit qu’un péché véniel? Peut-on croire que cet anathème : “# Malheur anx âmes vaines et orgreillenuses,” lancées contre ce luxe et ces vanités dont se revêtent les femmes catholiques de notre pays, n'indique point que le grand évêque les jugeait eriminelles, An moins en général? Nous allons en juger.

C’est une règle de conscience posée par saint Augustin, dans sa lettre à Deogratias, que la grièveté où la légèreté d’'ane faute ne doit pas se mesurer précisément par la mauvaise action cominise, mais par la disposition de l1 volonté qui l’a commise. On doit donc juger la conscience de toute personne livrée au Inxe et à ln vanité, par l'attachement de sa volonté à ces frivolités antichrétiennes. Si elle y tient tellement qu'elle résiste volontairement aux avertissements de son évêque, ou de son curé, où de son confesseur, et si surtout, elle aime mieux être privée des sacrements, que de les aban-

donner : qui osera soutenir qu’elle n’y est point attachée d'une manière criminelle ?

Comment ces filles et ces femmes, qui sont excessivement attachées à leur toilettes, jugeront-ciles des faits suivants :

Une jeune fille est malade, même en danger de mort. Elle à sa crinoline autour de son corps, étendue sur son lit de mort. Son euré la prie de se débarrasser de cet esclavage. Elle Ini répond résolument qu’elle ne le fera pas! Son médecin survient et la prit également d'ôter sa crinoline qui l’incommode et augmente ses souffrances, Que répond-elle ? Non!....Je ne l'ôterai point ! Je veux avoir le bouheur de mourir avec ma chère eri-

noline!! Voilà une singulière béatitude pour une mourinte”?

Une mère a habillé sa petite fille comme une catin. fette petite orgneilleuse va se placer sur le seuil de la porte pour s’y livrer à l'admiration des passants. Un monsieur passe dans la rue, sans daigner jeter un regard sir elle. Comment, lui criait-elle, vous ne regardez pas pour voir comme je suis belle !'!

Dans une nouvelle paroisse de la campagne, un curé a le bonheur de trouver ses femmes et ses filles vêtues dans une parfaite modestie. Il prend envie à une jeune fille d’y introduire la crinoline. Son curé l’avertit de ne point donner ce mauvais exemple à sa paroisse. Elle se moque de lui. Pour ne point être obligée à la laisser, elle se prive d'aller à confesse, dans le temps des pâques. Un prêtre vient donner une mission dans cette paroisse. Elle préfère ne point participer à la missiou plutôt que de se soumettre à la volonté de son curé. Une visite à lieu dans lx même paroisse. Elle s'adresse a un prêtre qui la prie de se soumettre à la décision de son curé. Elle refuse obstinément!

Je ne cite que ces seuls faits, entre mille autres qui sont à ma connaissance. Ils suffisent pour confirmer la règle suivante : Une fois entrées dans cette voie d’orgueil et des excès de vaines parures, les femmes, et presque toutes, y tiennent avec un tel entêtement, qu’elles aiment cent fois mieux se priver des sacrements, plutôt que d'y renoncer. Si quelqu'un doutait de ce que je dis, qu'il se donne la peine d'exiger la prescription de saint Paul, avaut la communion: Que l'homme s'éprouve luiméme, et qu'il mange ainsi de ce pain, et qu'il boive de ce calice et qu’il veuille proposer à ces femmes mondaines ou d’être privées des sacrements ou de renoncer à leur luxe et à leurs vanités, et il verra ce qu’elles répondront.

Or, quand on en est rendu'à ce point, comment pent-or dire à Dieu sans mentir grièvement : Mon Dieu, je vous aime au-dessus de toutes choses.

J'ai déjà donné la raison de cette tenacité excessive qu'ont les femmes pour ces déplorables frivolités. Qu'il me suflise d'ajouter ici qu'une fois que les habitudes de luxe et de vanité sont en vogue dans une société Catholique, l’opinion publique forme un conrant de respect humain qui domine tellement les femmes qui s’y livrent, qu'ils ne pourraient y résister que par.nne énergie que la sensualité du luxe et de la vanité leur ont ôté. Elles sont moralement énervées, et le courant les emporte, et puis, qu'on ne l’onblie jamais : Dieu résiste aux superbe.

Pour approfondir cette question, qu’un si grand nombre de personnes traitent avec une inconcevable" légèreté, entrons dans des considérations beaucoup plus graves, et par là même, beaucoup plus propres à faire compreudre le dérèglement des habitudes de luxe et de vanité.

Posons d’abord quelques principes qui devront servir de bâses aux considérations que je vais soumettre au bon sens catholique de mes compatriotes de la campagne.

Premier principe. On ne peut nier que le luxe et la vanité des parures ne soient expressément condamnés par la morale chrétienne, en général, et, en particulier, par les promesses faites au baptême, en sorte que toute personne chrétienne on prétendant suivre la morale de Jésus-Christ, ne peut, en conscience, se les'permettre.

Second principe. C’est encore une loi du christianisme que, quelque soit la position qu'occnpe une personne, dans la société chrétienne, ilne lui est point permis d'orner’ ses habits par des parures de vanité, je veux dire, par des ornements de frivolité qui ne leur sont

point nécessaires, on visiblement utiles, où qui n'auraient pour but que d'en relever l'éclat trompenr, suivant cette

parole divine: La grâce est trompeuse et la beauté est vaine.

Troisième principe. Ce qui est sensé habits de luxe, on richesse excessive des vêtements, doit être jugé en rapport avec la position qu'ocenpe une personne. Aïnsi, ce qui serait habits de luxe pour la femme ou la fille d’un marchand, même riche, serait loin d'être du luxe pour celle d’un comte, dun due, d'un prince où d’un empereur.

Pour juyer cette question du luxe avec quelqne sûreté de conscience, il est donc essentiel d'avoir égard, non précisément aux moyens, mais à la position qu'occupent les personnes. Autrement, on s'égarera de li manière la plus funeste, dans un temps surtout comme le nôtre, où tontes les classes inférienres de la société ont franchiles limites de li conscicnce chrétienne,

Une fois les limites obligatoires de la modestie et de la modération chrétiennes dépassées, que deviendra notre société catholique? N’est-il pas évident, pour tout homme conseientienx, qu'elle sera livrée à un esprit d'erreur d'autant plus funeste que l’orgueil en sera la cause et que cet orgueil mont-ra toujours, selon l’expression du saint roi David? Où alors poserez-vous la borne qui sépara les excès qui seront des péchés mortels, de ceux qui ne seront que péchés véniels, pour une femme ou une fille catholique de la campagne ? avee la meilleure volonté du monde, y parviendriez vous jamais ? Si vous n'y pouvez parvenir, comment arrangerez-vous votre affaire capitale, ceile de votre salut éternel ?

D'ailleurs, qui serait assez aveugle pour ne point voir que les personnes, entrées dans cette voie d’égarement, marchent sur le bord glissant d’un abîme sans fond, en-

vironnées de ténèbres non moins profondes que ceiles que Dieu avait envoyéés aux Egyptiens, comme nous le lisons dans le livre de l'Exode? Ne voit-on pas qu'il est de la nature de cette orgueil du luxe et de la vanité de ue jamais savoir s'arrêter dans les bornes de la modération ? Ne voit-on pas enfin que plus on se livre à cette p ssion de sensualité païenne et plus Pesprit du mal. dont on est l’esclave, porte à s'y livrer sans frein et sans remords? Et n'est-ce pas un fait d'une extrême gravité pour la conscience catholique que d’entendre les su périeurs religieux lancer des anathêmes contre le luxe et les extravagances des toilettes de nos femmes Canadiennes et d'apercevoir celles qui y sout livrées avec le moins de honte, approcher hardiment de la table sainte, du festin qui ne doit recevoir qne les personnes qui ont di apprendre de Jésus-Christ à étre douces et humbles de cœur et à se renoncer elles-mêmes ! !

Qu'on veuille ne point perdre de vue que J'écris spéciilement pour les personnes de la campagne, auxquelles Monseigneur de Tloa prescrivait ce qui suit relativement à l'emploi de leurs revenus : ‘Vous vous garderez bien de les employer, ‘CoNTrRk LA VOLONTÉ pr DIEU, en les “faisant servir à satisfaire le luxe, la sensualité et l’in- ‘“tempérance.”?

Ilest de mon devoir, il est du devoir de tous ceux qui sont à la tête de notre population de la campagne, de ne point laisser passer ces paroles de notre évêque sans Y faire une très sérieuse attention, car “ pour ceux qui ‘busent des dons de Dieu, contre sa volonté, il n'y a plus de bénédiction.”

Ouvrons done les yeux, et essayons de nous rendre

compte de la gravité du mal qui menace notre société canadienne,

Pour juger jusqu’à quel point on se rend con pable par

‘les dépenses occasionnées par ie luxe, Îles modes et les vaines parures, rappelons-nous d’abord les principes posés plus haut, et établissons ces deux faits d’une évidence incontestable.

Premier fait. Notre agriculture n’est point ou presque point améliorée et, par conséquent, dans les anuées communes, les revenus qu’en retirent nos cultivateurs sont a peine suffisants pour faire face à leurs besoins les plus indispensables.

Second fait. Les jeunes garçons de nos cultivateurs, pour la plus grande partie, n’ont point d’autres moyens de se procurer des établissements que Îles économies faites sur les minces revenus de la culture du bien paternel,

Maintenant, rappelons-nous que nous sommes un peuple e:tholique et que toutes les lois divines et humaines nous obligent de concentrer tous nos revenus pour aider à nos jeunes gens à se former des établissements sur les terres nouvelles, sous peine de les voir bientôt occupées par des étrangers, pour la plupart, ennemis de notre langue, de nos institutions et de nos lois. Rappelons-nous encore que nous devons leur aider à s'emparer du so), sous peine de les voir aller chercher les moyens de vivre chez le peuple le plus démoralisé qu’il y ait sur le globe, et de voir ceux qui resteront au pays exposés, par linsignifinnee de leur nombre et de leurs ressources, à perdre leur nationalité et, par suite, leur religion. Qui donnera à ces faits l'attention qu'ils méritent, et n’en conclura point que les coupables dépenses, pour le luxe et les vaines parures, seraient non seulement un renversement de couscience énorme, mais encore un attentat contre notre religion et notre nationalité!!!

Vous, maintenant, qui vons faites les prôneurs de ce progrès dans le luxe et les vaines et coupables dépenses

qu'il exige pour contenter ses instincts d'un orgueil tout païen ; vous aussi, qui fermez les yeux sur ce désordre lamentable ; vous encore, qui nw’unissez point votre voix à celle de vos évêques pour flétrir ces excès ; ditesmoi quelles ressources vous aurez pour établir vos jeunes compatriotes et les fixer dans la patrie; quand les exigences d’un luxe anti-chrétien anront absorbé les revenus de nos terres cultivées ? Pour nous convaincre de la gravité et de l'étendue du désordre que vous favorisez par vos doctrines ou que vous ne flétrissez poiut, allez voir chezles marchands quelles énormes dépenses sont prises sur vos terres pour satisfaire ce besoin insensé d’orgueil païen.

Si, après cette inspection, qui vous révèlera des énormités de dépenses, vous connaissez les règles de la morue chrétienne et les promesses du baptême, jusqu'à quel point ne trouverez-vous point criminelles devant Dieu et au jugement des hommes sensés, ces femmes et ces filles des familles de nos pauvres cultivateurs qui emploient, pour satisfaire “leur luxe et leur sensualité,” presque tout le surplus des revenus de leurs terres ? Dites-moi où en seront avec leur conscience ces mondaines qui, par leurs dépenses insensées, jettent leur famille dans une gêne considérable ? Celles qui dissipent en toilette et pour se conformer anx exigences des modes changeant comme la lune, ce que Dieu ne leur avait donné que pour aider à leurs enfants à se procurer des établissements? Toutes celles qui mettent, par là, les ‘affaires de leurs maris dans cet embarrns d’où ils ue peuvent trouver moyens de se retirer? Celles qui en obligent plusieurs à vendre leurs terres pour payer leurs comptes chez les marchands ? Celles qui mettent le chef de famille hors des moyens de payer leurs créanciers.

Osez me soutenir que les exigences du luxe et de la toilette ne portent pas certaines femmes à tromper in-

, dignement leurs maris, même à les voler, pour se procurer ce qu'il leur faut pour s’y livrer, elles-mêmes et lenrs enfants ; Dites-moi s'il est inouï que des femmes ou des filles n'aient point sacrifié leur honneur pour se procurer l'argent maudit qui devait payer les parures quexigent les lois de votre progrès insensé et anti-canadien ? Dites-moi aussi, en quel état se trouve, aux yeux de Dieu, la conscience d’une mère catholique qui, au lieu d’accontumer ses jeunes enfants à suivre les lois de modestie prescrite par Le saint évangile, ne leur donne que des exemples et des leçons de luxe et de vanité, et leur ouvre ainsi le chemin de toutes les séductions de l'orgueil et de l'amour de soi, qui sont les plus désastreuses pour la conscience d’une jeune fille? Comment jugerez-vous ces rivalités honteuses de la toilette qui créent, dans nos populatious catholiques de la campagne, une opinion publique tellement extravagante, tellement en dehors des voies de la modestie et de la modération chrétiennes, que les jeunes personnes du sexe qui gardeut les promesses de leur baptême, dans la manière de se vêtir, sont, chaque jour, exposées à des railleries et à des persécutions qui rappellent celles que souffraient les premiers chrétiens de la part des sociétés païennes? En quel état sera la conscience de ces filles et de ces jeunes gens obligés d'aller en service et qui, au lieu d'aider à leurs parents pauvres où mendiants, comme la piété filiale le leur prescrit, aiment mieux suivre les instincts de l’orgueil et dépenser en toilettes ou en habits de luxe tout ce qu'ils reçoivent pour leur salaire.

Pour juger avec équité cette grave question des habitudes de luxe et de vanité, mettez en compte qu’elles font perdre aux jeunes filles la modestie, la retenue et la pudeur naturelles à leur sexe; n'oubliez point qu'elles les reudent légères, inconstantes, effrontées, impudente hardies et tourmentées par une envie démesurée de #

faire voir, de se faire admirer, je devrais dire : de se faire adorer. Tenez encore compte de ln molesse que produit la sensualité dun luxe, qui énerve les âmes et les corps et les dispose à succomber n'tx tentations de In chair, suivant cette Joi divine: Celui qui nourrit délicatement son serviteur dès son enfance, le verra ensuite se révolter contre lui. Enfin mettez dans la balance cette vérité capitale : Tous les peuples qui se sont livrés au “luxe et à la sensualité, ont été des peuples énervés, “ sans énergie, sans force morale et physique, et sont “ devenus les esclaves des autres peuples qui ont su se “préserver de la démoralisation qui suit toujours la ‘sensualité de la chair.”

Comment enfin jugerez-vons la conscience de celles qui, livrées au luxe et à la vanité, persécutent celles qui sont fidèles aux règles de 1n modestie chrétienne et à leurs engagements du baptême! En quelles dispositions sont-elles? Q'e croient-elles? Quel esprit les condnit ? Sont-elles ouvertement pour Jésus-Christ on pour le monde? Qu'on veuille onvrir les yeux et se rappeler cette sentence dn divin Maître: C'est de l'abondance du du cœur que la bouche parle. Et cette antre : Vous les connaîtrez à leurs fruits ? Econtez ce qui suit :

Dans un temps de retraite et après de sérienses réflexions, une fille fait un vœ: de ne plus porter certains objets de luxe très en vogne. Eile exéente s4 bonne réolution. Les compagnes de son égarement passé s'apervivent de ce changement. Que font-elles ? Au lieu de 1 féliciter de la victoire qu'elle avait remportée sur le émon de l’orgneil, elles se concertent entre elles pour ni faire la guerre la pins anti-chrétienne, qu'il soit posible. L'une se moque d'elle ; nne autre In méprise ; ne troisième la diffame: un grand nombre d’autres la raitent de folle, de simple, de bigotte, et lui lancent à figure tous les jolis mots dont les orgueilleuses ont la

tête et le cœur farcis. La pauvre persécutée cède enfin, viole son vœu et reprend ses vanités !! Les agents d’un Néron eussent-ils agi autrement que ces filles qui portent le nom de catholiques ?

l'outes ces raisons examinées à la lumière de la foi et du bon sens chrétien, vous conduiront à cette conelusion rigoureusement vraie : Si le peuple catholique de nos campagne fait l’insigne folie de ne point s'unir, Comme un seul homme, pour extirper radicalement les habitudes du luxe et de sensualité qui se forment dans ses enfants : le peuple catholique de nos Campagnes périri, puisqu'il »’y a plus de bénédiction pour un peuple qui abuse des dons de Dieu,” dit Monseigneur Baillargeon.

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