CHAPITRE XII
Du luxe dans les églises
Le saint évangile nous apprend quun jour, Jés étant entré dans Jérusalem, toute la ville en fut ém Et Jésus étant entré dans le temple de Dieu, en chassa to ceux qui vendaient et qui achetaient dans le temple ; il rer versa les tables des changeurs, et les siéges de ceux qui ve daient des colombes, et il leur dit : ilest écrit: Ma mais sera appelée la maison de la prière ; et vous en avez Î une caverne de voleurs.
Un autre évaugéliste nous apprend que Jésns ai trouvé dans le temple des gens qui vendaient différen
choses, il fit une espèce de fouet avec des petites cordes,
les chassa tous du temple, et leur dit: Otez tout cela dici, et ne faites de la maison de mon père une maison de trafic.
Voilà de quelle manière Jésus a traité ceux qui profanaient la maison de son Père! T’/évangile nous apprend qu'il a fait un fouet avec des petites cordes pour en chasser tout ceux qui, d’une manière ou d’une autre, n’en respectaient point la sainteté. Il nous dit que cette maison devra, dans tous les siècles, être appelée la maison de la prière. D'où nous devons conclure que tous ceux qui s’y rendront pour tout autre but que celui d’y offrir à Dieu d’humbles et fervantes prières, se mettront en opposition avec la volonté de Dieu, counue et promulguée parmi toutes les nations chrétiennes.
Nous savons que ce temple dont le divin Sauveur vengea la sainteté outragée, n’était cependant que la figure de nos églises catholiques, dignes d’un respect et d’une vénération d'autant plus grands que nous savons qu'elles servent de demeure au Fils bien-aimé du Dieu du ciel et de la terre.
Nous ne pouvons donc ignorer que nos églises sont par excellence la maison de la prière, du silence, de la méditation ; la maison où nous sommes tenus de nous réunir pour prier les uns pour les autres, nous animer les uns les autres dans la pratique de la modestie et des bonnes œuvres ; là maison où nous devons nous rendre, à des jours commandés, pour y assister an saint sacrifice de la messe, y recevoir la sainte communion, y entendre la parole de Dieu, y prendre enfin de bonnes et courageuses résolutions pour résister aux attaques du démon, aux séductions du monde, aux penchants déréglés de la chair.
Dans les desseins de Dieu, nous ne devons donc nous rendre à l’église que pour y nourrir notre foi, y ranimer notre piété, y montrer notre charité envers Dieu et envers nos frères.
Nos mères catholiques nous ont enseigné, dès notre
‘ enfance, à r’entrer dans les églises qu'avec le plus pro-
fond respect, à n'y jamais causer, à nous y humilier en
préseuce de Dieu caché et anéanti sons les espèces
eucharistiques, enfin à y pleurer nos péchés et à en demauder humblement pardon à Dieu.
Devenus plus grands, nos curés nous ont sans cesse rappelé que la profanation des églises était un attentat que Dieu ne laissait jamais impuni et que la plupart des fléaux qui frappent nos terres sont les effets de la vengeance du ciel contre la violation du respect que mérite la sainteté de la maison où habite le doux et aimable souverain de nos âmes. ;
N'oublions done jamais, pas même un instant, que nos églises servent de demeure au Fils de Dieu, qu’après les avoir bâties, nous les lui avons données, qu'il en est lè maître, le propriétaire aussi véritablement que nous le sommes de notre propre maison. N'oublions pas qu'en allant à l'église, nous allons faire une visite au Roi des siècles, immortel, invisible, à l'unique Fils de Dieu à qui seul est du l'honneur et la gloire dans les siècles des siècles, comme nous l’appreud ïe saint roi David. Rien douc de profaue ou de mosdaiu ne doit y péuétrer.
Nous ne sommes nullement surpris que les rois ou les empereurs exigent qu'on ne leur fasse visite que re vêtus de certaines formes où qualités de vêtements qui sout de rigueur, sous peine de leur mauquer de respect. Nous savons également que les gens du grand monde prescrivenut certaines manières de se vêtir pour être admis à leurs fêtes et à leurs réunions pour s’y livrer à des plaisirs mondains, et tous ceux qui veulent prendre part à ces joies profanes se conforment à ces exigences, sans contradiction et sans résistance. Nous savons encore que tous ceux qui devaient assister au festin des noces du fils d’un roi, devaient porter un certain habit que
l'évangile désigne sous le nom de robe nuptiale, sous peine d’en être exclus.
Si donc les personnes du monde ne trouvent nullement étrange que les grands de la terre aient le droit de prescrire certaines manières de se vêtir pour avoir l'honneur d’être admis en leur présence, par quel renversement d'esprit des personnes catholiques trouveraient-elles étrange que le Roi des rois eñt aussi le droit de prescrire certaines manières de se vêtir pour venir dans sa maison ou se présenter devant sa souveraine Majesté. Aucune personne raisonnable ne doit donc trouver étonnant que s'il y a des habits de rigueur pour être admis aux fêtes mondaines il doit aussi yen avoir qui soieut requis et obligatoires pour assister aux assemblées religieuses, dans les églises. Bien plus, aucune personne sensée ne doit être surprise si les règles de la religion exigent d'elle queile ne vienne jamais assister aux offices divins avec des vêtements qui la mettraient en contradiction avec ce qu'elle vient y faire où avec ce qui s’y fait.
Après ces réflexions préliminaires, auxquelles nous ne voyons aucune objection possible, posons la question suivante : Est-il permis à nne femme ou à une fille catholique de se vêtir avec des habits de luxe et de vanité pour venir aux églises assister aux offices divins ?
Nous sommes trop avancés dans notre discussion
contre les maux causés à notre société catholique, par les désordres dun luxe et de la vanité, pour avoir de la peine à comprendre que, si l’orgueil dans les vêtements est défendu aux chrétiens dans les usiges ordinaires de la vie, il doit l'être, à plus forte raison, lorsqu'il est question d'assister aux offices divins, dans la maison de la prière. Il nous sera facile de le prouver à ceux et à celles sur qui la vérité à conservé son empire.
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L'apôtre saint Paul, parlant au nom de Dien qui réside dans le saint tabernacle, a promulgué les règles suivantes sur l'habillement des femmés qui viennent aux églises. Elles méritent leur pius sérieuse attention : les voici : |
Le grand apôtre déclare d’abord qu'il a été établi Te docteur des nations dans la foi et la vérité, puis il dit aux femmes : Que les femmes prient dans les églises, étant vétues comme l’'honnéteté le commande ; qu’elles se parent de modestie et de chasteté, et non avec des cheveux frisés, ni des ornements d'or, ni des perles, ni des habits somptueux ; mais avec des bonnes œuvres, comme doivent le faire des femmes qui font profession de piété. ?
Une femme qui fait profession de piété, comme semblent le faire toutes celles qui assistent aux offices divins, devra donc se parer de modestie et de chasteté pour venir aux offices divins. L’apôtre lui interdit d'y venir revêtue d'habits somptueux, jetant au loin tous les ornements du luxe ou de la vanité, comme il le lui donne clairement à comprendre, par la défense des ornements d’or, de pertes ou de la frisure des cheveux.
Certaines personnes mondaines, qui veulent à tont prix, justifier leur conduite dans les églises, pourraient peut-être interpréter en leur faveur ces paroles de lPapôtre : pour venir aux églises, que les femmes soient vêtues comme l’honnéteté le demande. Elles se tromperaient grossièrement, puisque tous les commentateurs catholiques entendent par ces mots, des habits honnêtes, décents et modestes (verecunde, sobrie, moderate et modeste). Corneille Lapierre qui résume les seutiments de tous, ajoute : “ Car la première vertu d’une femme qui paraît ‘ en public et à l'église (remarquez), est la modestie, sur- ‘ tout dans ses vêtements. ?
Ces règles de modestie, prescrites par l'apôtre, étant
de nature à froisser les idées païennes malheureusement reçues dans notre société catholique, relativement aux vêtements que les femmes doivent porter en assistant aux offices divins ; il est de mon devoir de leur prouver combien ces idées sont fausses, opposées à l'esprit catholique et indignes d’être adoptées par des femmes chrétiennes. Qu’elles se donnent le soin de lire mes preuves, Sans parti pris de re pas se rendre à la vérité.
Sur le texte de St. Paul, qui nous sert de témoignage incontestable contre le luxe dans nos églises, voici ce que saint Jean Chrysostôme disait à une femme de son temps, qui était veuue habillée de luxe et de vanité, dans l’église dont ce grand évêque était le pasteur : “ Venez-vous dans l’église comme une courtisane, pour “y danser ? cherchez-vous ici les plaisirs d'une noce ‘où quelques autres plaisirs des sens ? Etes-vous venue ‘‘iei pour vous y donner en spectacle? Ce n’est point là “le vêtement d’une femme en prière. Si vous êtes “venue pour implorer la clémence divine en faveur de “vos péchés, comment pouvez-vous vous parer avec ‘tant d’orgueil ! ”
‘C’est une espèce de monstre, en fait de mœurs, dit “l'abbé Sionnet (commentaire sur le même texte), de faire “profession de piété et de christianisme, et de con- “server de l'attachement pour les vanités et les super- ‘’fluités des parures. Jésus-Christ n’a prêché que la “pauvreté, qne la modestie, l'amour des croix et des “souffrances ; il a lui-même vécu dans les travaux, dans “lindigence, dans les humiliations ; et des personnes “qui font profession de le suivre et de pratiquer ses “ maximes, pourront porter la vanité, l’orgueil et la su-
“ perfluité des parures jusqu’au pieds des autels ? ”
‘ Qui aurait une fois compris, dit le Père Lallemant “(sur le même texe de saint Paul) avec quelle prépara-
«tion decœur Dieu veut qu’on approche, ne s'occuperait ‘ pas du soin de son corps, au-delà d’une juste et & honnête biensénnco. Servantes d'un Dieu chargé d’op- ‘ probres, venez-vous (dans les églises) lui insulter en déployant à ses yeux l'appareil d’un luxe tout profane ? é Le détail que fait saint Paul de tant de raines parures «6 serait peu digne de ce grand apôtre, si l'usage ne lui en ‘eût paru criminel, ou en lui-même, ou dans ses suites.”
IL n’y a donc pas moyen de nier que, outre les lois générales du christianisme qui condamnent le luxe et la vauités des parures dans l’usage ordinaire de la vie, il y a une règle spéciale et formelle qui les défend aux femmes pour assister aux offices divins.
Toute personne done qui s'obstinerait à y venir couverte de luxe et de parures mondaines, ne pourrait, en aucune façon, justifier sa manière d'agir. Elle serait ouvertement en contradiction avec les enseignements de sa religion qui la condamnent expressément. Car, que les usages introduits depuis quelques années, de venir aux offices divins avee des habits de bals ou de noces, soient un v ai désordre, un désordre criminel, un désordre criant, uu désordre condamnable et condamné, un désordre qu'aucun prétexte ne pourrait justifier: la chose est évidente ponr quiconque à encore un peu de bon sens chrétien.
Toute personne sensée ne comprend-elle point que c'est visiblement profaner la sainte maison de la prière, que d'en faire un rendez-vous pour y étaler aux regards des fidèles tout le luxe et toutes les vaines parures qu'il plait à l'esprit d'orgueil, à ‘orgueilleux Satan, de mettre en vogue dans une société qui a perdu le sentiment et l'esprit chrétiens? Tout ce luxe, toutes ces parures mondaines n’y sont-elles point souverainement déplacées, autant et plus déplacées qui ne le seraient des habits de deuil pour assister à une noces ou à un bal?
Serait-ce, d'ailleurs, avec un attirail d’orgueil et de rauité prétentieuse q'e les femmes citholiques seraient
d'accord avec un autre précepte du même apôtre saint Paul: Que votre modestie soit connue de tous les hommes ; le Seigneur est proche. Serait-ce bien de la modestie qu'eiles montrernient aux hommes, pour les édifier et les porter à adorer le Dieu qui est proche, dans le saint tabernacle, si elles venaient aux offices divine pour s’y montrer en spectacle, par un attirail profane et scandalenx du luxe et des vanités dont elles seraient revêtues ?
Serait-ce, encore, avec les pompes de Satan qu’elles accompliraient ect autre précepte dun même apôtre ? Revêlez-vous, conne élus de Dieu, saints et bien-aimés, d'humnilité et de modestie, Par quel renversement de bon sens catolique pourraient-elles trouver le moyeu de se persuader qu'elles soient revétues de l'humilité et de la modestie, qui sont requises pour assister aux offices divins, sielles y venaient revêtues des parures de l’orgueil et d'un luxe effronté? Seraient-elles les élues de Dieu ou du moude? Deviendraient-elles, avec ces vanités, une odeur de vie, pour là vie, ou une odeur de mort, pour la mort, à leurs frères et à leurs sœurs catholiques réunis aux pieds des autels du Dien du Calvaire ? Ne seraientelles pas une odeur de mort pour la mort ?
Au reste, ces scandales éhontés du luxe et des vaines parures qui, d'une société devenue païenne, sont passés jusque dans le lieu consacré aux larmes, à li prière et à loblation de l’adorable vietime du Calvaire, mont pas seulement été condamnés par saint Paul et par ses commentateurs, mais encore par des écrivains laïques, justement indignés contre les profanations de la maison de la prière. Mettons, sons les yeix des femmes catholiques de nos campagnes, cette protestation d’une énergie et d’ane vérité frappantes, citée par le chevalier
de Doncourt, dans son livre portant pour titre: ‘ La vérité aux femmes.”
‘ Les femmes mondaines ont une singulière religion ! C’est le dimanche, en grande parure, qu’elles font à Dien: dans les églises, une visite de cérémonie, à l’heure où tout le monde y va; alors chacune, sous prétexte de prier Dieu, ne néglige aucun moyen de le faire oublier aux autres. Par la parure, par les attitudes, on s'efforce d'attirer la pieuse attention des fidèles et de les damner en leur faisant adorer des idoles, ?”
Que les femmes et les filles qui ne rougissent plus de venir dans la sainte maison de la prière pour y faire assaut de vanité, veillent descendre dans leur conscience et se rendre compte des instincts qui les poussen t à se revêtir de toutes les mondauités des parures, pour venir dans les assemblées religieuses : qu'y découvrontelles ? Pas autre chose qu’une foule immense de pensées mondaines et étrangères à ce qu’elles doivent y venir faire. Sielles veulent écouter leur conscience chrétienne, elle leur dira qu’elles ne viennent à l’église, ainsi parées des vanités du monde, que parce qu’elles sont les esclaves du respect humain, que pour y être vues, regardées admirées et y rivaliser par leur toilette avec les autres femmes qui y viennent. Car peut:il leur venir à l'esprit qu’elles y viennent, avec ces parures, pour se faire o1tblier des hommes ou de lenrs compagnes, ou pour être mieux préparées à s’humilier en la présence du Dieu résidant dans le silence et l’humiliation du tabernacle ? Pourront-elles avouer qu’elles n’y viennent en cet état que pour aider aux fidèles à se recueillir sous le regard du Dieu qui est proche ? Pourront-elles le dire sans mentir à leur conscience chrétienne ? Que viennent-elles donc faire dans les églises lorsque, pour y venir, elles se parent comme pour aller aux danses, aux bals, aux. théâtres, aux assemblées mondaines? Ne puis-je donc