DISCUSSION PRÉLIMINAIRE
Etat de la question.
“ N'aimez point le monde, ni rien ‘de ce qui est dans le monde, Si ‘quelqu'un aime le monde, l’amour ‘du Père n'est point en lui. Car ‘tout ce qui est dans le monde est ‘ou concupiscence de la chair, ou ‘ concupiscence des yeux, ou orgueil ‘de la vie ; ce qui ne vient point du ‘Père, mais du monde,
1 Ep. de St-Jean, ch. 2, v. 15, 16.
Avant toute discussion de la nature de celle qui va fixer toute notre attention, il est essentiel de connaître quels principes devront lui servir de bases.
Pour ne point prendre le change, remarquons que la question qui va nous occuper, se présente sous deux aspects diamétralement opposés ; l’un que nous appellerons l'aspect mondain, et l’autre que nous appellerons l'aspect religieux.
Ici, plus peut-être que dans toute autre discussiou, nous rencontrerons les deux lois dont parle l’apôtre saint Paul : celle de la chair et celle de l'esprit. La première qui 4 pour but de soumettre l’esprit aux inclinations de la chair, la seconde qui tend à ramener la chair sous la direction de la loi et de l'Esprit de Jésus-Christ. In an mot, nous allons rencontrer les principes de l'Evangile et ceux du monde; ceux de Jésns Christ et ceux de satan : ceux de lhumilité et ceux de l’orgueil, enfin ceux qui ont pour fin d'établir dans nos cœurs le règne du mal ou celui du bien.
Ainsi posée, la question devient pour nous de la plus haute importance, puisqu'il s'agit de savoir si nous pouvous être chrétiens et nous laisser conduire par l'esprit du siècle présent.
Nous savons que les personnes qui ue jugent des choses que superficiellement, ont décidé que le luxe et la vanité des parures n'étaient pas autre chose que des questions de goût ou, tout au plus, de convenance sociale. Ces personnes ne connaissent point le cœur humain et les tendances funestes que le péché originel y à déposées en germe. Nous allons voir qu’elles se trompent étrangement. Elles ne voient pas que le luxe et la vanité des parures attaquent directement l'esprit de foi, le renoncement à spi-même et surtout l’humilité chrétienne. Elles ne font pas attention que ces deux vices font pencher la nature humaine vers le sensualisme païen, l'amour désordonné de soi, et favorisent à un suprême dégré, les trois concupiscences dont toute créature humaine a les germes dans son cœur, celle de la chair et celles des yeux, la plus mauvaise de toutes les choses créées, et l’orgueil de la vie.
Nous ne pouvons donc nous faire illusion sur la nature de la question que nous allons discuter. Nous ne savons hélas ! que trop qu’elle va soulever contre elle tous les
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plus mauvais instincts de la chair et, surtout, ceux de l'orgueil. Nous savons également qu’elle va rencontrer, sur sa route, tous les ennemis de la morale de l’évangile ; tous les préjugés de l'esprit du monde contre lesprit de Jésus-Christ; tous les hommes et toutes les femmes qui portent à regret le joug de Jésus-Christ ; tous ceux et toutes celles qui semblent croire avoir deux âmes, et qui en donnent une au monde et l’autre au bon Dieu ; tous ceux et toutes celles encore qui n’ont jamais compris que la porte et la voie qui mènent au ciel sont étroites, que la porte large et la voie spacieuse conduisent à la perdition, que deux mauvais arbres comme le luxe et la vanité, ne sauraient porter de bons fruits ; enfin tons ceux et toutes celles qui ont eu l'incroyable malheur d’être saturés, dès leurs plus jeunes années, par l'esprit du monde, par le poison de ses joies et par l’orgueil de ses beautés,
Toutes ces personnes ne nous comprendront point parceque, dit St. Paul, ?’homme animal (terrestre) ne conçoit point les choses qui sont de l’Ésprit de Dieu. Elles lui paraissent une folie, et il ne les peut comprendre, parce que c'est une lumière spirituelle qu'on en doit juger.
Aussi, nous n’écrivons point pour les personnes dont le prophète roi x dit: elles n'ont point voulu {s’instruire, afin de n'étre point obligées de faire ce qni est bien. Sontelles nombreuses, surtout dans nos campagnes? Nous ne le pensons pas. Nous ne pouvous croire que nos cultivateurs, doués d'un bon sens remarquable, n’en auraient plus, dès qu’on leur parlerait des choses qui regardent leur bien spirituel.
Les personnes qui se sont laissées entraîner et ont subi cet esclavage, dans nos campagnes, ont gardé la foi dans leurs cœurs. Mais l'esprit de foi, qui seul produit les œuvres dignes des regards du ciel, y est environné des ténèbres que toutes passion d’orgueil y soulève, semblables aux vapeurs qui s'élèvent de la terre, et dérobe
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la vue du soleil. Elles n’ont besoin que d’être éclairées, pour sonder l’abîme où le luxe et la vanité des parures entraînent les âmes. A cette vue, elles reviendront à leurs principes religieux. Ces âmes sont en grand nombre ; mais elles ne sont que malades, ou trop faibles pour résister au torrent de l'exemple. Il suffit de les fortifier, et réveillant dans leurs cœurs l'esprit de foi, et c’est par la foi que la victoire est remportée sur le monde, nous dit saint Jean.
Nous ne considèrerons donc là question du luxe et des vaines parures qu'au point de vue chrétien et catholique, et à la lumière de la foi.
Car, pour nous, qui avons reçu l'esprit de l'adoption des enfants de Dieu et avons été ensevelis avec Jésus-Christ par le baptême, nous n'avons point à considérer si le luxe et les vaines parures nous conviennent, par la raison qu’elles flattent l1 concupiscence des yeux de ceux qui les voient, ou la sensualité et l’amour propre de ceux qui s’en revêtent. Nous n'avons point, non plus, à nous inquiéter pour savoir siles principes qui dirigent les personnes qui vivent sous l'influence de l'esprit mondain approuvent le faste et ce qui peut tendre à rehausser la beauté et à lui douner de l’éclat: comme chrétiens, comme catholiques, nous savons que, par une grâce infinie de la miséricorde de Dieu, nous avons été arrachés de la puissance des ténèbres, pour étre la race choisie, la nation sainte, appelée aux clartés de son admirable lumière. A la clarté de cette admirable lumière, nous ne jugeons point des choses sous l'aspect qu’elles offrent à nos regards, mais comme elles sont dans la réalité. Comme chrétiens, comme çatholiques nous n’appartenons pas au monde, mais à Jésus-Christ le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, mais à la Sainte Eglise Catholique, dont les lois sont nos lois, dont la foi est la nôtre, dont les enseignements sont uos guides, dont les pasteurs sont nos maîtres, not con-
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ducteurs au milieu d’un monde où tout peut devenir un piège pour nos âmes.
Nous sommes chrétiens, et nous nous en glorifions. Nous nous glorifions d’avoir fait les trois solennelles promesses qui nous ont arrachés à satan, le principe de ce monde ; à ses œuvres, qui ne sont que des œuvres de ténèbres ; à ses pompes qui, ôtant de nos cœurs l'humilité chrétienne, nous feraient ressembler à des sépulcres blanchis,
Comme chrétiens, nous disons que tout ce qui parait beau et flatte la concupiscence des yeux, n’est point, par cela même, toujours bon. Car nous nous rappelons que le plus beau des anges, Lucifer, fut changé en démon, et devint un ange de ténèbres, pour s'être complu dans la beauté dont Dieu l'avait revêtu ; nous ne pouvons oublier que le fruit, qui donna la mort à la première femme | et, ensuite, an premier homme, était beau et agréable à la vue; nous n’ignorons pas que, pour tromper ceux qui ne se tient qu'aux apparences, l'esprit de ténèbres, satan, se transforme en ange de lumière : nous avons vu cent fois le papillon, attiré par l'éclat et la beauté de la Iumière d’une pauvre bougie, venir s'y brûler les ailes, et se condamner ainsi à ramper sur la terre ; l'Esprit Saint nous avertit de n’arréter point nos regards sur une fille, de peur que sa beauténe nous soit un sujet de châte ; le même Esprit nous commande de détourner nos yeux d'une femme parée de vanité ; nous avons lu qu'Holoferne, à la vue de la beauté de Judith qui s'était frisée les cheveux, avait mis sur sa tête une magnifique coiffure, et s'était parée de tous les ornements, fut pris par les yeux, et perdit la vie par la main de cette femme ; nous avous encore lu que les descendants de Seth, la race bénie du Seigneur, pour avoir regardé les filles de la race maudite de Caïn, furent séduits par leur beauté, les prirent pour épouses, et en furent punis par l'abandon de l'Esprit de Dieu ; et nous disons
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avec le plus sage des hommes : la grâce est trompeuse et & la beauté est vaine ; et, pour n'être point trompé par les #
apparences, nous faisons sans cesse cette prière à Celui qui est et La voie, la vérité et la vie : Seigneur, Détournez
nos yeux, afin qu’ils ne regardent point la vanité. Et notre M
Joi est ainsi victorieuse du monde et de sa concupiscence.
Encore une fois, nous sommes chrétiens, et comme tels, | nous disons avec saint Paul: ‘Nous ne nous conduisons ! “ point selon la chair, mais selon l'esprit. Car ceux qui À ‘sont charnels, goûtent les choses de la chair, et ce qui ! ‘€ flatte sa conrupiscence ; mais ceux qui sont spirituels, \
‘aiment les clioses de l'esprit, la vérité et la vertu. Or, cet ‘amour des choses de la chair est la mort, au lieu que l'a- ‘6 mour des choses de l’esprit est la vie et la paix. Cet ‘ amour des choses de la chair est ennemi de Dieu, parce “qu'il n’est pas soumis à la loi de Dieu, et qu'il ne le “peut être.” Et nous disons avec l’apôtre saint Jacques, que ‘ l'amour de ce monde est une inimitié contre Dieu, ‘et que, par conséquent, quiconque voudra être ami de ‘ce monde, se rend ennemi de Dieu. ” Et nous répétons tous d’une voir, avec saint Paul: ‘ Que si quelqu'un ni ‘ pas l'Esprit de Jésus-Christ, il n’est point à lui. Et ‘que ceux-là sont les enfants de Dieu qui se laissent ‘ diriger par l'esprit de Dieu. ”
Non seulement nous sommes chrétiens, mais encore catholiques, c'est-à-dire, enfant de la sainte Eglige Catholique.
Baptisés, mais séparés de la société des enfants de l'Eglise, nous serions à la vérité les brebis de Jésus- Christ, mais des brebis n'ayant point de Pasteurs, semblables à des petits enfants privés d’une mère qu'aucune autre personne ne voudrait remplacer.
Mais nous, catholiques, nous ne sommes pas des orphelins, nous avons une mère et nous savons que cette mère est divinement éclairée pour nous instruire, nous guider
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Bt pourvoir à tous nos besoins spirituels. Cette mère que Me Fils de Dieu a épousée sur la croix et qu'il a sacrifiée Mans son sang, afin de la rendre plus digne de notre hmour et de notre obéissance filiale, cette mère nous a lonné des pasteurs pour remplir an près de nous la place le celui qui «a dit: Je suis le Pasteur des brebis.
Ces pasteurs, nous les connaissons. Nous savons que
Esprit les a établis pour gouverner l'Eglise de Dieu, dont Jous sommes les enfants. Nous savons également que e Divin Fondateur de l’Eglise leur a dit: Voilà que je uis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. Celui jui vous écoute, c'est moi-même qu’il écoute. Nous sommes donc assurés que ces Pasteurs sont char- Mrés comme devant rendre compte de nos âmes, de veiller bur nous et de nous enseigner tout ce que le Divin Pasteur demande de nous.
Mais Jésus-Christ nous a dit que les brebis connaissent a voix de leurs pasteurs, qu’elles les suivent et n’écontent jumais un étranger, comme seraient à leur égard les rôneurs des doctrines du monde et de ses vanités, de son luxe et de son orgueil.
Les brebis connaissent la voir de leurs pasteurs et sont Hdociles à leurs enseignements, et pourquoi ? Nous allons le comprendre. C’est afin que, guidés par eux, nous n'ayons point le souverain malheur de nous laisser en- Atrainer à tout vent de doctrine ; c’est afin que nous con- Baissions toujours sûrement, ce que nous devons faire et dce que nous devons éviter; c’est afin que nous ayons des Docteurs, divinement éclairés, pour nous guider dansles combats que nous sommes sans cesse obligés de livrer pcontre la chair, contre l'entraînement des passions, con- Itre les faiblesses de nos cœurs, contre lenivrement des fausses joies de ee monde, contre les principautés et les puissances, contre les princes du monde, de ce siècle téné-
breux, contre les esprits de malice, contre les trois grandes
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coucupiscences qui règnent daus le monde, {&« concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux, et l’orgueil de la vie. Enfin pour nous faire connaître tous les loups} quels que soient les vêtements dont ils se couvrent méme de celui d'une brebis.
Voilà pourquoi Dieu nous à donné des Pasteurs, jel veux dire, des évêques et des prétres. Mais souvenons# nous que, daus l'Eglise du Dieu vivant, les obligationsk sont réciproques. Si donc nos évêques sont obligés de nous iustruire et de nous avertir, nous sommes obligésé en conscience, de recevoir leuts instructions et leurs avertissements, et de les mettre en pratique. Il n’y ak pas moyen d’être catholique autrement. C’est pour cettel raison que le Divin Pasteur se sert d’un serment solen-# nel pour nous dire : Je vous dis en vérité, que si vous nek vous convertissez, et si vous ne devenez comme de petits en- 4 fants vous n’entrerez point dans le royaume des cieux. Que signifient cette sentence ? Un commentateur approuvé par le Saint Siége, va nous le dire: ‘Si vous ne ‘4 vous dépouillez de votre orgueil, de votre ambition, et & si vous ne devenez humbles et dépourvus de prétentions, simples et candides, droits et ouverts, confiants À ‘et dociles comme des enfants, vous pourrez, il est vrai, À 4 être extérieurement de mon royaume en ce monde, ‘6 mais vous m'appartieudrez point au royaume du ciel, ! ‘6 au nombre des saints, vous ne pourrez, au sortir de la ‘ vie, hériter de mon royaume dans Île ciel.” Voici maintenant les conséquences qne nous devons | tirer de cette doctrine, si nons avons à cœur de porter À en vain le nom de catholiques :
1°. Dès que notre évêque, le premier Pasteur de nos | âmes, nous parle; nous devons l’écouter avec le plus à grand respect ; 2°. S'il nous d’écouvre une erreur, nous À devons la condamner; 3°. S'il nous signale un écueil, | nous devons l’éviter ; 4°. S'il nous fait connaîtré une |!
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ute qui nous égarerait de notre fin, nous devons nous h détourner ; 5°. S'il nous découvre une des illusions la concupiscence, nous devons point nous y laisser | endre; 69. S'il nous avertit que nous avons oublié helqu'un des enseignements de notre foi, nous devons venir à la pratique de cet enseignement; 7°. Enfin, il nous dit qu’un loup est caché sous le vêtement, en parence, le plus beau et le plus agréable à la vue, nous evons croire que c’est un loup, et nous en éloigner avec plus grande horreur.
Dans cette manière d'agir, nous trouvons la sureté de otre conscience, la paix de notre cœur, la garantie de otre salut éternel, et l’espérauce bien fondée que nous isons vraiment partie de la société des enfants de Dieu t des disciples de Jésus-Christ,