CHAPITRE II
Où nous en étions en fait de luxe et de vaines parures, etc, etc. il n’y a pas encore un demi-siècle
Quand on a des yeux pour voir, une intelligence pour comprendre, et un cœur pour aimer ce qui est bon, on se rappelle, avec un incroyable bonheur, l’époque encore peu éloignée de nous pendant laquelle les habitants de nos heureuses campagnes s’habillaient avec un admirable sans prétention. Alors, nous avions des défauts, même des vices (jen parlerai plus tard) si l’on veut, car quelle est la société humaine qui n’en a point! Maison aime à se rappeler que pas un seul de ces défauts, qu’aucun de ces vices, n’attaquait le principe fondamental des vertus chrétiennes, la sainte humilité et son inséparable compagne, l4 noble etaimable modestie, dans Ia manière de se vêtir.
Si, à la lumière de la foi, l’on savait que le corps eat
plus que le vêtement, l’on saurait aussi que l’âme est infiniment plus que le corps. On prenait donc soin de vêtir son corps, le bon sens chrétien le disait, mais on ne Île faisait jamais aux dépens de l’âme, qui seule est créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. On était conséquent et d'accord avec ses principes religieux: et c'était bien.
L'esprit de foi faisait également connaître que la vraie beauté, celle qui plaît et qu'on aime toujours, dans la vieillesse aussi bien que dans la jeunessse, c'était celle- 1à seule que donne lx modestie chrétienne. Tels étaient les patriarches dont parle le livre inspiré, Ils ont été riches en vertus, dit l’auteur sacré, ils ont atmé avec ardeur la véritable beauté, et ils ont gouverné leurs maisons en paix. Aussi, l’apôtre saint Paul ne trouvait pas de motif plus capable de faire impression sur les cœurs des corinthiens que de leur rappeler la douceur-et la modestie de Jésus-Christ. Tous suivaient cette règle, dans leurs vêtements. Et encore ici, c'était bel et bon.
On savait encore que l’état d’une âme se manifeste sur le visage et que plus l’âme est sainte et pure, et plus le visage est beau et inspire de la vénération, aux regards de quiconque n’a pas un cœur gangrené par le vice. Et on ne connaissait pas encore le secret de dépouiller l’âme des vertus chrétiennes, pour donner «u visage une beauté empruntée, qui se fane bientôt pour laisser apparaître sur le front la laideur de l’Ââme. C'était encore bien, puisque Salomon a dit que la sagesse de l'homme luit sur son visage et que, par conséquent, l’orgueil de l’homme doit aussi s'y faire voir.
Enfin, les personnes du sexe savaient que, pour être respecté, il faut savoir en imposer à la concupiscence de la chair par une tenue parfaitement conforme aux règles de la modestie chrétienne, dans la manière de se vêtir. Elles savaient que dès qu’une personue oublie ces règles, elle alimente des passions fuvestes qui violent toujours
le respect qu’on doit avoir pour elle. Elles savaient enfin que les femmes chrétiennes sont les coadjutrices de la bienheureuse Vierge Marie, en tout ce qui regarde la modestie et que, en conséquence, elles manquent à leur mission du moment que, dans leurs vêtements, elles se mettent en opposition avec leur modèle. C’est pourquoi, les femmes s’habillaient sans vanité et sans prétention ; elles faisaient bien.
Voyons maintenant ce qui résultait de cet état de société, dirigée par l'influence de principes chrétiens.
Le prophète-royal a dit: Hewreuse la nation qui a le Seigneur pour son Dieu. Cette nation est heureuse, parceque Dieu est pour elle, et si Dieu est pour nous, dit St. Paul
"qui sera contre nous ? Cette nation est heureuse, parcequ'elle
est dirigée par l'Esprit de Charité, qui lffranchit de l'esclavage du monde, de la chair et de satan, suivant cette parole divine: Or le Seigneur est Esprit : Et où est l'Esprit du Seigneur, là aussi est la liberté ; la vraie liberté, celle des enfants de Dieu ; celle qui fait dire par le vénérable poutife Pie 1X aux puissances de la terre, conjurées, con tre lui: nous ne pouvons pas ; cette liberté qui faisuit dire au bienheureux St. Pierre : Il faut plutôt obéir à Dieu qu'aux hommes. Cette nation est heureuse, parceque le règne de Dieu, c'est la paix des âmes, c'est des cœurs, c’est surtout la charité, qui tend incessamment à mettre les enfants de Dieu dans l'unité d’un même esprit, comme le commandait le Sauveur, dans ceite divire prière: Père Saint, je ne vous prie pas pour eux (ses apôtres) seulement, mais encore pour ceux qui doivent croire en moi pour leur parole ; afin que tous ensemble ils soient un, comme vous, mon Père, vous êtes en moi, et moi en vous ; qu’ils soient de méme un en vous, afin que le monde croît que vous m'avez envoyé.
Si l’on excepte quelques écarts, c'était bien Jà l’état social des habitants de nos campagnes catholiques, sous l'ivfluence du règne de Dieu. De même que, selon la
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témarque de l’auteur de l’Ecclésiaste tous les fleuves tendent vers la mer, pour s’y uuir, ainsi toutes les volcntés tendaient vers Dieu, principe et fin de toutes choses, pour s’y mettre en harmonie, dans un méme esprit, comme dit l'Apôtre. Aussi il y avait harmonie entre le curé et ses puroissiens, harmonie entre le père et ses enfants; harmonie dans les croyances religieuses, dans les vêtements, dans les chants de l'Église, dans les relations sociales, dans l'éducation de la femme et, pour tout dire en deux mots: harmonie de tousentre l1 conduite et les croyances religieuses.
Que l’on veuille bien remarquer que je ne fais pas iei un tableau d'imagination, mais que c’est bien en réalité une page de l’histoire religieuse de mon pays eatholique que je vais écrire.
lo Harmonie entre le curé et ses paroissiens.
L'esprit de foi nous faisait comprendre que le prêtre est et doit être regardé, dans une paroisse catholique, comme étant l’homme de Dieu, et selon ce que dit St. Paul, comme étant le ministre et le représentant de Jésus-Christ et comme le dispensateur des mystère de Dieu. C’est par lui que la paroisse est dirigée dans la voie qui mène au ciel, par la prédication, par le saint sacrifice de la messe, par l'administration des sacrements. C’est le pasteur des brebis qui appartiennent à la sainte Eglise Catholique, dans une paroisse. Ceux qui écoutent sa voix, écoutent la voix de Jésus-Christ.
On comprenait ces grandes vérités, dans nos campagnes. Aussi tous étaient soumis à cette voix du pasteur, toujours obéie et respectée. Quand un désordre menaçait de troubler la paix religieuse de la famille paroissiale, uu seul avis du Curé suffisait toujours pour le faire cesser.
On se rappelle comment furent reçus, dans la paroisse de l’Islet et ailleurs, certains hommes qui y étaient venus
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pour semer l'ivraie des mauvaises doctrines parmi notre population. Cette obéissance à la voix des cirés de la campagne nous a, jusqu'à ce jour, préservés du deshonneur religieux de l'établissement de sectes protestantes dans nos campagnes du diocèse de Québec. Je dois consigner ici ce témoignage à la louange de ceux pour qui j'écris.
Dans ces jours où l'esprit de foi unissait la paroisse à son curé, en parlait-on légèrement et sans respect ? Jamais. La foi disait du curé: Celui qui vous méprise c'est Jésus-Christ qu'il méprise.
Si le curé de la paroisse était écouté et respecté, l’évêque du diocèse l'était bien encore davantage. La foi enseignait au peuple qu’il était le successeur des apôtres de Jésus-Christ. Sa visite, dans une paroisse, était donc une grande fête, mais une fête tonte religieuse. Si l'Esprit Suiut nous dit de préparer notre âme à la prière, si nous voulons la bien faire, le même Esprit enseignait à la paroisse catholique qu’il faut aussi préparer son âme si l’on veut recevoir les effets religieux de la visite de sou premier pasteur. On se préparait donc à la visite épiscopale pur le recueillement et l4 prière.
Aussi, quand l’évêque diocésain visitait nos populations de la campagne, quels salutaires effets sa visite ne produisait-elle point sur les âmes? avec quel respect religieux n’était-il pas reçu ?
Quel est la personne, âgée seulement de quarante ans, qui n’a point vu tous les habitants d’une paroisse, réunis anprès de l'église, recevant leur vénérable évêque, en silence, recueillis et portans sur leurs visages les signes du respect le plus profond. Oh! quelle joie pour les saints anges gardiens à la vue de cette population tombant à genoux pour recevoir la bénédiction épiscopale, que nos bons habitants regardaient et recevaient comme celle de Jésus-Christ.
Avaient-ils raison, dans cette acte de foi, accompagné d'aussi saintes préparations ? Oui, ils avaient grande went raison, parce qu'ils croyaient ferment à cette parole du divin Sauveur, adressée à ses envoyés: Æn entrant dans une maison, dans une paroisse, dans une famille, saluez-la en disant, que la paix soit dans cette maison, dans cette paroisse dans cette famille. Et Ze Dieu de paix, d'union, de charité Lénissait la paroisse, et les grâces qui avaient accompagnées la visite épiscopale devenaient une nouvelle source de bénédiction pour elle.
Voilà bien l’esprit catholique, l’esprit de foi, l'esprit de celui qui a dit: Quiconque reçoit en mon nom un petit enfant me reçoit ; et quiconque me reçoit, ne me reçoit pas, mais celui qui m'a envoyé. Et encore: Celui qui reçoit un pr'ophéte en qualité de prophétle, recevra la récompense du prophéte ; et celui qui reçoit un juste, en qualité de juste, recevra la récompense du juste.