‹ Essai sur le mauvais goût dans la littérature canadienne [microforme]Chapitre 3 sur 9 · N DE QUÉBEC, LE 2 MARS · texte numérisé non relu

N DE QUÉBEC, LE 2 MARS

FON'L'AIP E.

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Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs.

La hardiesse, téméraire nrtôtre, |

qui m'a fait choisir le sujet de cette conférence me porte à craindre dene pas trouver grâce devant vous ce soir, Je viens parler des travers de

notre liltéralure canadienne et signa- |

ler les défauts de nos écrivains, sans avoir, je l'avoue, aucun droit de me poser en cCenseur. Aussi n'est-ce qu'à titre d’essai que je soumets mon travail. Du reste, dans mes appréciations, loin de me fier à moi-même, je tâcherai d'être l'interprète de tout le monde. En matière de goût, le public est juge et les ouvrages qui lui déplaisent sont presque toujours de mauvais ouvrages. Je ne suis coutenté de rechercher par quelles causes nos écrivains méritent l'indiiférence ‘lu lecteur, et, si je suis sévère parfois, vous êtes mes complices, car vos moqueries, vos dédains et votre ennui sont les dénonciateurs qui m'ont révélé de méchants écrits. Je crois donc avoir quelque droit de compter sur votre jadulgence, et J'espère que vous voudr:z bien me l’accorder, .

Je vous prie en outre de ne pas me taxer d’injustice si ma bouche est Mmuelle ce soir sur les mérites de nos

écrivains. Ge serait une double poi- | ne pour moi d'encourir vos reproches quand par la nature mêne de mon sujet, je me prive de rendre hommage | à‘des hommes de lettres que j'admire et dontil me serait si plaisant de louer devant cet auditoire les éclatantes t solides qualités Mais je suis un | peu comme Île poëte : « Video meliora | proboque, deteriora sequor ;» je connais les bons ouvrages et je les approuve, mais je vais parler seulemeut des suis livres et des mauvais auteurs.

Un conférencier plus hahile et | plus autorisé, M. Legendre, à d’ail- | leurs dévelopné devant vous, il y a | quinze jours à peine, l’histoire de la | liliérature canadienne, et dans les appréciations éloquentes que vous avez applaudies, il à su payer à nos | célébrités contemporaines le tribut | de louanges qui leur est dû.

| La mode règne dans le monde sous {le patronage de la plus aimable par.

tic de l'humanité, et courbe tout sous sa loi. La littérature wa pas échappé à ce despotisme et s’est re-

vêtue de diiférentes couleurs, d’oruenients divers, selon le penchant | du jour, les mœurs de l'époque, ou {suivant linpulsion donnée par les hommes de génie, Chaque siècle à

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son caractère particulier, Horace el Virgile n'écrivent pas comme Ho mère ni Pindare; Corneille et Racine | différent d'Euripide et de Sophocle, | et l'auteur qui voudrait imiter servi lement aujourd'hui ces grands clas-| siques et mépriser ce qui plaîtà notre | siècle, n'obtiendrait aucun suffrage : | il faut être de son temps. Il west!

done pas question de s'enrôler she | |

l’armée classique où dans larmee romantique, mais, tout simplement, d'examiner les vices dominants de nos hommes de lettres, quelque soit!

leur drapeau,

Tout homme qui a le sentiment du beau évite ce qui choque le re-| gard, l'oreille où la pensée. Quel-| que soit le genre qu’il adopte, il sait!

plaire en se conformant aux règles | du goût. Le bon goût sera mon cre terium, c’est-à-dire, mesdames et} messieurs, Je ne ferai que redire vos | jugements.

Je l'ai dit tantôt, la femme est la reine de la mode, une reine souvent accusée de caprices ; mais dans ses lantaisies, elle n'oublie jamais que sou empire est dans Part de plaire, | aussi quelque parure qu'elle revète, | qu'elle porte une fontange ou que sa lête soit ornée d’une résille, elle | sait donner à tout une grâce particuliere, et par un prodige de goût faire admirer les loilettes les plus excentriques, le chignon le plus audacieux.

Ce tact exquis, ce sentiment intime du beau manquent trop souvent à l'homme, surtout s’ilse fait écrivain.

jien écrire, c'est se conformer | dans le choix des sentiments et des | pensées aux règles du bon sens.

c’est, dans l’arrangement des phrases, dans la disposition du sujet, re-| chercher la clarté, le naturel, la variété, Pharmonie. Ces qualités ne sont pas l'apanage exclusif d’une école, mais elles se trouvent chez ces auteurs fameux dont la gloire s'ac-

croit d'âge en âge, et que tous les iples reconnaissent comme les!

maitres du goût.

si larges ; l'esprit s'y trouve encore à l'étroit et se révolte pour cher cher des lois nouvelles loin des sentiers battus,

Les suveès, parfois brillants, ob tenus par Paudace en dépit du bon sens, out enflammé la gent Hitté raire et, de plusieurs on peut dire avec le poële :

& La plupart emportés d'une fougue insenaée Toujours loin du vrai sens vont chercher leur pensée, leurs vers [monstrueux S'ils pensaient ce qu'un autre à pu penser [comme eux?

La erilique, qui seuls pourrait mettre un frein aux sotlises du temps, reste muctie. [semble qu’il y ait uue conspiration universelle pour étouffer toute appréciation impartiale des auteurs, int on se hâte de baillonner le profane qui ose juger un ouvrage, et en signaler les défauts comme les beautés.

A ce sujet, permettez-moi de vous

Ils croiraient s'ubaisser dans

racouter un apologue, | Î f

Ilexistait au movenâgeunesociété de gens de lettres connue sous le nom de «Confrérie de Mu uel Los et Renom.»

Le but de l'association était de procurer La célébrité aux auteurs, en leur éparguant les déboires qui précèdent la popularité. Tous les membres étaient tenus de se louer mutuellement, tant dans leurs ouvrages

| que dans leurs discours, et pour pré- | venir tout scrupule de conscience,

jamais on ne devait lire le travail

| d'un confrère qu'après en avoir fait

uu éloge pompeux.

Comme vous le pensez bien, mesdames et messieurs, troubadours, trouvères, compagnons de la gaie science s'agrégèrent en foule au nouvel institut: et le monde fut

| rempli d’Homères et de Virgiles. La

gloire devint une conquète facile, et l’on ne fut plus obligé pour acquérir de s'évertuer durant de longues années à produire des chefs-d’œuvres. La

| moindre improvisation sufÉsait pour s’éleverau premier rang sur l'aile de

la réclame et pour être réputé l’égal

Il nous est malheureusement dif-| des plus grands auteurs. Ur” ‘hose ficile de rester dans des limites déjà | digne de remarque, c’est que les

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jours de s'adjoindre : ils acceptent sans doute les louanges,-—l'encens plait, même aux dieux,—mais leur raison répugnait à louer le plis infime poétereau, Nonobstant ces quelques abstentions, la société fut trés-nombreuse ; mais à la fin, les éloges, improvisés comme le reste, devinrent de si mauvais goût que!

personne ne les voulut lire, et P'association tomba sous les dédains publics.

Toutefois l'esprit s'en conserva chez la race liléraire ; Les barbouilleurs de papier rogretièrent RAure ces commodes usages (lt passé, et tra vaillérent souventelois à les remetre en vigueur, se fit une grande tentative en ce sens sous Louis XIV ; heureusement les sifflets de Molière et de Boileau tuërent l'entreprise.

C'est alors sans doute que, pour fuir leur franchise importuue, et suivre à son aise les coutumes des anciens jours, Vadius passa en Amérique où sa postérité vit et règne encore aujourd’hui.

Tous les hommes de lettres présents ce soir, sont, j'en suis sûr, des Alcestes en littérature, et n° approu-

vent que les ouvrages marqués an

coin du bon goût, aussi, puis-je dire sans crainte de blesser personne, que la manie de Papothéose mutuelle est trop Se parmi nous.

Au premice sonnet, au pre mier article, tous les littérateurs s’empressent d'applaudir en criant : Dignus, dignus, diquus intrare, et l'on passe au rang des Dieux.

Quelques puristes voudraient peutêtre un peu plus de sévérité, mais on leur dit: Notre pays est jeune et notre littérature dans Penfance ; il ne faut pas décourager la jeunesse en exigeant la perfection.

A cette objection, je puis répondre

avec le poëte : ‘Opposez-vous au mal

avant qu'il s enracine,s’il séjourne.il

reud vain l'art de la médecine.’ D'ail.

leurs nos pères nous ont légué une belle langue, la laugne de Racine et de Bossuet, et nous ne pouvons pré- Notre de-

tendre la perfectionner.

voir est plutôt de la maintenir dans sa pureté, en imitant les grands maitres dans leur clarté, leur noble RENTE leur concision, Qu'importe Là la province si la critique étoufte duel ue centaine de mauvais écrits, et si les intrus dans la carrière lité raire deviennent maçons, si c’est leur métier? Produire peu, mais doniner de bons produits est une devise française qui devrait être notre règle, Qu'on ne laisse passer que des œuvres de bon aloi, et les hommes de talent s’en trouveront mieux. Ceritains aujourd'hui de Pindulgence | publique, ces derniers ne polissent | plus leurs ouvrages, et,à part un peu d'originalité, rien ne "les distingue des mauvais auteurs.

La crainte des sifflets leur serait salutaire, et plus tard ils seront reconnaissants d'une rigueur qui leur vaudra une gloir: durable au lieu d'éphémères succès.

Uue chose à déplorer c’est notre esprit d'imitation : il semble qu'un canadien-français ne puisse imaiginer rien de passable, et qu'il lui faille absolument tout emprunter aux étrangers. On copie sans cesse, et souvent même, par une imitation multiple, on trouve moyen de singer dans une mêre pa ge dix âuteurs à la fois. Ons en approprie surtout merveilleusement les | défauts, sans jamais s'élever jusqu’à ces qualités, jusqu'à ce je ne sais quoi qui est le propre du génie. Poëtes,romanciers, journalistes, presque tout Le “onde, veut faire du Hugo, du Ba!nc où du Dumas. L'enflure, lin.

correction, les longueurs, Les redites, les trivialités sont à l’ordre du jour.

J'ouvre un livre au hasard et je tom.

be su: une platitude.

Alcippe est grave et sentencieux ; tout lui est inatière à axiôme. Au tour qu’il donne à sa phrase vous croiriez qu'il émet une maxime nortvelle destinée à devenir le refrain de l'humanité. A ce jeu, il est plus fécond que Sancho en proverbes, etil rendrait des points à Victor Hugo.

Si ces expressions prétentieuses “si gnifiaient quelque chose, passe en-

ongerge =

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