HAUT: TP
Quiconque applaudit à de telles mignardises peut-ilne pas approuver la description des mains d'Agriës Sorel dans la Puselle de Ghapelain ?
“ On voit hors des deux bouts de ses deux
[courtes-manches Sortir à découvert deux mains longues et
blanches,
Dont les deigts inégaux mais tout ronds et [menus
Imitent l’embonpoint des bras ronds cet [charnus.”
Peut-il ne pas s’extasier devant l’'ingénieuse idée de St Amand lorsque, dans son Moïse Sauvé, il fait traverser la Mer Rouge aux Hébreux ?
.. tt Là dans des remparts que l'œil peut
[transpercer Les poissons ébahis les regaräent passer.”
En lisant ces descriptions, j'ai souvent essayé den réunir les traits épars, et de me représenier,par exemple, une beauté avec % des yrux couleur de mer cloire, un nez comprimé comme sous la pression d'une forte pensée, «des joues où le printemps a semé ses gräces et l'été ses couleurs, des dents de perles, une bouche faconnée par Vénus elle-méme, un menton &e., une gorge &cC. des mains ke.
A peine rendu à la moitié, j'oublie ce que je veux entendre par ‘* des yeux couleur de mer claire,” et mon type s'enfuit inachevé.
Je préfère l'auteur modeste qui me dit: La bloude Florence avait
et icgvre, les traits d’une régularité parfaite ; il y avait dans toute sa personne tant de charme, tant de orâce dans tous ses mouvements qu'on ne pouvait la voir sans s’é6crier : Qu'elle est belle !”
Avec ces quelques traits, je me crée facilement une belle idéale en prenant pour type la plus charmante blonde ou brune de mes connaissances ; et je n'ai que l'embarras du choix.
Cléon est passionné des images et il remplit son discours de métaphores, de catachrèses, de métonymies, sans jamais se préoccuper de la justesse ou de li-propos. Je lai
entegdu faire un curieux usage de la gradation dans la description d’une tempôte : ‘Un calme imdicible pesait, dit-il, sur la nature en
|tière, qui, après cet immense effort,
paraissait fatiguée, épuisée, évanouie, morte enfin.”
C'est comme ce porteur de mauraises nouvelles qur disait à une femine : “Votre mari est indisposé, sa maladie est assez grave ; il est à lagonie ; ilest mort depuis deux jours.”
«Les arbres semblaient s'incliner pour lui souhaiter la bienvenue, et les petits oiseaux chantaient ainoureusementau'our d'elle comme épris d'une si rare beauté ; la brise ellemème sembiait retenir son haleine pour n'efleurer que légèrement le doux visage d'Éléonore, »..... Te:
est le pathos de Gunophile ; il rongirait de parler sans galimatias, de dépeindre sans alfféterie, d'écrire sans émettre des pensées ridicules.
Il est de l’école des Précieuses, 61 si je vais chez lui, je crains toujours qu'il ne me dise: «Contentez donc l'envie que ce fauteuil a de vous embrasser, »
Ge foudre de guerre, cet athlète qui croit porter la massue d’Hercule, c’est le polémiste Antoine. Sa voix est terrible, son geste impétueux, il neprocède que par imprécalions, apostrophes, interjections. Tous ceux qui l’attaquent sont monstres à fi
|gure humaine, ou vers de terre, de grands yeux bieus, la taille svelte |
Les héros d’'Homère sont mains fe conds en injures : aussi jamais écri vain ne fut plus redouté. Cependant,
-retranchez ces mots tapageurs, ces
grossièretés, il ne reste rien d'Antoi ne; son raiso'nmement est faible et sans suite,il délaye péniblement une pensée incidente en deux colônnes, tandis qu'il signale à peine ies grandes vérités. [Il à prouvé d’'avance la nécessité de la confédéra tion, non parce qu'elle saûive l'autonomie de la race française, mais parce qu'elle devait amener la ré-
duution des droits sur le tabac.
Tel n’est point lémule de cet
Achille. foujours poli, toujours gen-
tilhomume, il badine avec grâce, ceu-
Be pret RE De nnese ur ere de
Ares
eure avec délicatesse, et son lanage | de l'enflure et An manvais goût. Son
est #hâtié, toujours francais; sa phra se nette, concise, élégante et d'une adorable clarté, Nul ne sait mieux | manier Pironie, nul ne sail mieux demasquer le ridicule ; il lance ses!
traits d'uue main sûre, cerlain de!
toucher le point faible de l'ennemi.| Où éprouve en.le lisant ce charme!
indlicible,cette vaistble gaieté que st vent seuls faire naître les gens d’es-| prit. Et pourtant, qui le croirait ? ces | quiuités sont un malheur pour Pat:
mable écrivain: le publie, surpris de | le comprendre sans peine, s'écrie | qu'il n'est pas sérieux.
La manie de Bias est singulière :1l ue pracède que par digressions, comme ces vieillards à qui tout rap:
pelle des épisodes de leur jeunesse, {ne peut raconter un fait sans énu mérer ce qu'ont pu faire au même moment les aatres mortels. Il ne dira pas,ptrexemple, “A quatre heures, j'ai p'ssé sur la rue St Jean,” ce serait trop simple ; mais : “Il était quatre heures, l'heureux temps de la journée où Pavocat dérobe un peu de temps à la veuve et aux orphelins, pour se reposer ; où le notaire achôte où proteste des billets ; où la jeune fille, armée de tous ces attraits, part à la conquèle des cœurs ; où les écoliers jouissent de leur courte recréalion, ete, (Fénumération remplit deux pages), à quatre heures, dis- Je, j'ai passé sur la rue St, Jean.”
Nicaise est un esprit brillant, un véritable homme de lettres ; son style est varié, rapide, élégant, et, quoiqu'il écrive, on le lit avec plaisir.
“érieux à ses heures, il développe savamment la thèse la plus épineuse : cest un bon publiciste ; il vous égatera demain par les récits les plus ous, les idées les plus paradoxales.
Ia dépeint avec tant de verve les embarras de Québec, qu'on les bénit presque d'inspirer de si plaisants ecrits. La relation de ses voyages, ust semée lanecdotes piquantes, de traits charmants, de causeries délicieuses et souvent éloquentes : c’est le vrai chroniqueur.
Nicäise n’a pu toutefois se défendre
plus grand travers est de consacrer des pags entières à parler de Pim inense, de Pinfini, de l'inconnu, trois choses qu'il ne peut comprendre, et dout il prétend nous donner une idée.
Calino, Prudhomme et compagnie.comme on les appelleen France, pas et leur vie en quête de calemboures ; dans leurs écrits, comme dans leurs discours, ils aiguisent
sans cesse quelque pointe obscure.
Vous vous étonnez de les voir torturer une phrase, et la défigurer an point d'en faire une énigme, attendez-vous à la voir finir par un misérable jeu de mots. Gette espèce est insupportable dans les journaux
| comme dans les salons, et je ne sais pourquoi l'on décore du titre de gens
d'esprit les sots qui la composent.
Avoir de lesprit, c’est animer une conversation où un écrit par des pensées fines, délicates, justes ; c’est douner un tour piquant à toutes les observations, citer à propos un fait, un trait d'histoire et varier agréablement le discours sans fatiguer personne,
L'homme d'esprit possède l’art de charmer ; quelque soit son interlocuteur, il devine d’instinet Le langage qui lui plaira le mieux. Si quelquefois il se permet une pointe, c’est pour amener des rapprochements naturels, faciles à saisir, et quand il est sûr d'être compris.
On l'entend sans fatigue et tout le monde dit de lui : Qu'il est aimable !
Il n’en est pas de mème des faiseurs d'esprit. Dans une récente soirée où ie malheur m'avait conduit, la compagnie était composée de calembouryristes. Rien n'était plus étrange que de les voir à lœuvre: chaque phrase amenait un jeu de mots,et l’on eût juré qu'ils avaient collaboré au dictionnaire des homomonymes.Oceupés sans cesse de trouver un calembourg nouveau, ils ne prêtaient aucune attention aux pro-
08 de leurs voisins et les houoraient à peine d’un sourire distrait ; une sottise enfantée, ils devenaient en
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