HR
travail d'une autre, convaincus de notre profonde admiration.
Voici un de leurs mots. Après les rafraichissements, lun d'eux s'écria:
Nous sommes tous semblables à Dieu! On le prix de s'expliquer et nous apprimes que nous avions fait des planètes (plats nets). On fut trois quarts d'heure sans comprendre, Ce chef-d'œuvre, tiré de Rabelais,rendit ses confrères fous de jalousie.
Les poëtes, sauf d'honorables ex.
ceptions, se jettent dans tous les travers que je viens de signaler, et souvent la muse romantique les entraine dans des sentiers ignorés du bon sons. Les productions difformes de la plupart des rimeurs sont, à vrai dire, inoffens ves, car le lecteur les dédaigne ; mais, à coté de ces Chapelains, se trouvent des auteurs ins-
la plage voisine, et répond :
Viens sur la rive, Où l’onde vive Traine Le sable d'or, Viens au bocage, Dans te feuillage La brise joue encor,
s'avance non moins majesineux sur
On sé montreen chantant ainsi les | Lrois éléments et les couplets sont {nombreux Vous attendez quelque grande idée, point. Après avoir fait passer sous vos Yeux Le dernier nuage et la dernière fleur, nos chanteurs remettent [yre et violon sous le bras Let s'en vont. Dans Le spectacle de la nature Fénélon trouvait la preuve de l'existence de Dieu; v irouver des rimes sonores sulËt maintenant à nos versificateurs.
Je sais que ce genre est à la mode, | mais à qui préfère une belle pensée,
pirés et qui méritent d'attirer Pat-|un sentiment vrai à cent belles tention publique, quoique leurs œu-! phrases, ces tirades déplaisent auvres sotent trop souvent déparées par |tant que les interminables desc ip
des vices empruntés à l’école du Jour. Dans mes cartons je trouve la critique dun de leurs principaux défauts, et je me permets de la eier
‘CIE est une autre sorte de hors
d'œuvre plus inoffensif, je veux par- |
ler des réveries, fantaisies et au ros .eux d'imagination où se plaisent les poëles. et qui font font fuir le lecteur. Quand Lamurtine comnosa la première harmonie il ne pré:
voyait pas, sans doute, les sottises qu'i en naltraient,caril l'eût jetée au feu.
tions de Scudéry où .. L'on se Sauve A peine A travers le iardin.” Les fautesque je viens d’énumérer naissent en grande partie du manque de trav.il, C'est une espèce ce gloire pour nos geps de leures d'écrire au fil de la plume; vous les entendez sans cesse se vanter d'avoir composé Je ne sais combien de pages après telle orgie, et de ne se relire jamais.
Où le devinerait d'ailleurs sans leurs vantardises ; car leurs énormes bé.’ vues: les étonneraient #4x-môêmes
s'ils revoyaient leurs manuscrits.
Le moindre poëtereau veut maintenant Pimiter. Le genre consiste à faire des phrases sur la Lane, les
étoiles, le vent, les fleurs, les bos-| quets, et c’est une faute d'y metire
des pensées.
Un poëte prend sa Iyre, et gravit majestueux la colline prochaine ; de là il s'adresse à un confrère et lui chante un coupiet :
Des force s murmurantes Orchestre aux mille voix, Ouragans et tourmentes, Cascades écumar ‘es
Gro dant au fond dos bois.
Le confrère saisit alors son violon,
L'an d'eux n’#-til pas dit : «Ma fem.
me, Ia SŒU 64 Mon pianc étaie il les rois personnes que j'aimais le mieux au ronde. » Et son intention n'était pas 0e faire rire !
On composerait des volumes de ces sottises dont vullulent la prose et la poësie publiées dans nos jour.
naux. Car, je viers de le dire, la plupart de nos auteurs écrivent à la hâte, les uns par insouciance, d’auues parce que les louanges obligées qu'ils reçoivent les abusent sur leur propre mérite, d'autres encore par conviction : de ce nombre est mon ami Adrien.
Adrien est homme de talent, pres-|
que de génie, et souvent il étonne - par la grandeur de ses conceptions ; inagination vive, jugementsûr, sentiment du beau, la nature lui a tout douné, el son esprit est orné de tout ce qui peut le rendre brillant: pourtant eu Lui seul il réunit tous Les défauts déjà signalés: son style est obscur, sa phrase lourde; les pointes, le marivaudage déparent ses écrits ; il se perd en digressions sangrenuess, ei métaphores incompréhensibles, et, quoique puriste, ilémerveille par cent fautes de français.
Je ne pouvais d'abord m'expii-|
quer cette belle intelligence, coupable de tant d'écarts, quand un mot m'a révélé le secret des fai blesses d’'Adrien : il improvise.
L'inspiration, ditil, est toute spontanée, c'est une flamme bril laute, mais fugilive, qui s'éva-
nouit bientôt; c'est un fier torrent |
qui est beau que par sa course im pétueuse à travers les rochers ; endi:
guez-le,et vous ne voyez plus qu'une |
eau morte et sans force. Gelui que la muse inspire d’un saint enthousiasme, doit de suite confier au papier les pensées qui le pressent, laisser courir sa plume au gré de l'imagination et ne rien changer dans une œuvre ainsi faite sous Pinfuence d'un souflle divin.
touche ses écrits pour Les plier aux froides régies de l'école, en enlève l’arôme, l'idéal, Poriginalité.
Erreur profonde dent rien ne peut le désabuser. L'exemple de Dumas, de Balzac. ot de centautres écrivains célèbres est sa raison suprème contre tout argument, On ne peut expliquer autrement sa répugnance pour le précepte du maitre:
“Cent fois sur le métier remettez votre
[ouvrage, Polissez-le sans cesse cb le repolissez,
Dans ces deux vers où l’on veut bien voir une grande étroitesse d'idée se trouve pourtant la règle
toujours suivie par les grands mai tres en tout genre, et C’est par À qu'ils ont mérité l'immortalité,
Combien ne s'abusentils pas ces hommes dédaigneux du travail par lequel l'esprit se corrige Tuimème !
[ls ignorent toujours ces jouissances suprèmes qui émeuvent lPâme à mesure quelle se rapproche de l'idéal. Car on cherche l'idéal en tout. Audessus ae a réalité qui s'offre à nos regards se dresse un type plus parfait, un type de beauté, d'harmonie, digne d'uneintelligence faite pour les splendeurs éternelles.
Cet idéal, Pimprovisateur Pentrevoit jun instant, on faconne à la hâte une ébauche grossière, et la livre comme
Qui re-|
un chef-d'œuvre. n’en est pas de jinème du vrai travailleur : devant sou ébauche encore informe, il s'arrète, il la contemple, et la compare avec l'image qu'il'avail rôvée, Les | défauts lui apparaissent, et méconitent, il recommence son labeur, retranche, ajoute, adoucit ici, met en relief ailleurs telle partie trop effacée, harmonise les proportions.
Et son inspiration, faible étincelle d'abord, devient un feu qui le pénêtre, et ie remplit d'une ardeur nouvelie. IEs'éprend d'amour pour son œuvre, cette fille de son intelligence; [il aime à lui donner la grâce, le !mouvement, la beauté, la vie; et quand son âme a réalisé pour ainsi dire l'idéal cherché, il surabonde de cet enthousiasme qui enflamimait | Michel-Ange s'écriant en face de son immortelle statue de Moïse «Parle donc, puisque tu est vivant Non ! le travail ne tue pas Pinspiration, tous les grands génies en rendent le témoignage, Je ne finirais pas si je voulais citer les grands personnages de tous les temps qui en ont fait l'éloge, et par leur parole et par leur exemple. On connait la réponse du peintre grec à cet improvisateur qui lui reprochait de pâlir durant de longs mois sur ses ouvrages : «Je travaille pour lPéternité» et les siècles ont accepté le legs d’'Apelles. Enfermé dans une grotte, et demi-rasé, Démosthènes corrizeait ses é‘rits sans relâche, aussi, par ses veilles, arrachaïit-il à la nature avare des dons qu'elle lui
x ei
2e 2e de nee Riu 0-7
HO DIT ao
SE 0x 2