‹ Essai sur le nom et la langue des anciennes CeltesChapitre 10 sur 27 · KTYMOLOGIE DU MOT CELTE · texte numérisé non relu

KTYMOLOGIE DU MOT CELTE

Nous venons de voir le rôle qu'ont joué les couleurs pour'désigner toute sorte d'objets, et surtout en géographie. Il ne nous reste plus qu'à appliquer ce principe au nom des peuples pour trouver celui de la nation ou des nations dont nous cherchons Fétymologie. En effet, les Grecs appelaient melanchlœncs des peuples qui « suivaient les usages des Scythes ; » mais qui allaient habillés de noir; et ils appelaient encore Egyptiens ou Ethiopiens les Africains du Nil, mot qui équivaut , comme on sait , à celui qu'on leur donne généralement sur notre continent, si l'on en excepte l'occident de

l'Italie où on les appelle Usures du Mauri latin peut-être. Les Espagnols appelaient les Américains pkles rojas, peaux rouges; et nous donnons encore aux Hindous et aux Malais le nom de bronzés et de jaunâtres, nous servant toujours d'un nom de couleur pour désigner des peuples qu'on ne connaît que de loin.

Quant flux Américains et aux Africains qui se trouvent, sinon quant à la civilisation <Ju moins quant à la distance, dans une position assez analogue h celle qui a fait employer en Grèce le mot Gâtâtes pour nous désigner, ils nous appellent blancs. — Gomment devraient donc nous appeler les Orientaux ?

Tous les Grecs, comme leur langue l'indique, venaient de l'Asie; et tous les peuples de l'Asie, à l'exception des septentrionaux, ont un teint comparativement obscur. Les tlindous sont bronzés , les Syriens , les Arméniens même, sont moins blancs que les Européens; les Scythes étaient bruns, lés Thraces rouges, d'après Mgr Wiseman, et nous avons fait remarquer plus haut que les Phéniciens étaient de la couleur des dattes mûres. Or, il n'est pas étonnant que la blancheur des Celles fut re- marquée des Asiatiques, En effet, « les Gaulois, ,

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dit Diodore, sont d'une grande taille, ils ont la peau fraîche et extrêmement Manche* »

Une circonstance qui leur était particulière contribuait peut-être à rendre plus sensible cette extrême blancheur : les Gaulois, ainsi que les Bretons, se rasaient et devaient donc présenter une figure moins noire que celle des peuples dont la longue barbe couvrait plus que la moitié du visage, et si nous ajoutons que les Gaulois se battaient parfois tout nus, il sera facile de voir comment tout avait contribué à faire remarquer la blancheur de leur teint.

Galactas (de gala, galactos, lait) était donc le nom le plus convenable et le plus vrai pour désigner les Celtes ; mot que Pausanias nous dit avoir été converti plus tard en Galloi ou Galli. Ce n'est donc que du temps de Diodore, qui écrivait après César, que ces noms génériques devinrent des noms spéciaux > et Fauteur sicilien nous donne cette nouvelle comme un fait qu'on ignorait avant lui, à savoir c< qu'on n'appelait plus Celtes que les peuples placés entre Marseille et les Pyrénées, et que le mot Gaulois était réservé à ceux qui habitaient la Gaule depuis l'Océan jusqu'à la forêt Noire. »

M. Bullet et M. E. Salverte ont cru que le mot Gaulois venait de gallu, fort, brave, puis-

sant; et certainement voilà une étymologie qui expliquerait l'opinion de Pausanias d'après laquelle le nom de Celtes était un nom honorable. Mais voici deux difficultés : ce ne sont pas eux qui s'appelaient Galli, mais, comme César l'assure, ce sont les Latins qui leur donnaient ce nom, car eux-mêmes se donnaient le nom de Celtes. L'autre difficulté serait d'expliquer comment les Romains qui, comme les Grecs, appelaient barbares tous leurs voisins, auraient pu donner à leurs plus terribles ennemis le nom le plus honorable ; on sait que chez les peuples guerriers virtus était synonyme de valeur ; et enfin , comment ils seraient allés demander A la langue des Gaulois une appellation que nous avons vue être la même que Galates, puisque de Galli kGalatia, il n'y a pas plus que de nigri et nigritia, et que c'est là l'opinion et la coutume des historiens grecs et latins.

Ensuite, Pausanias lui-même et tous les auteurs classiques nous disent non-seulement que le mot Celte ou Galates désignait d'abord toutes les Gaules et toute l'Europe, mais que le mot Galli était beaucoup plus récent, ce qui prouve qu'il fallut un certain temps pour que le mot Galates fût ainsi modifié. Quant à ce

qu'avait d'honorable ce mot, il suffit de voir que le mot blanc a été en tout temps synonyme de libre, faisant contraste à éthiopien qui voulait dire esclave chez les Romains et les Grecs dès les temps les plus reculés, comme on peut le voir dans les classiques. Le docteur Virey lui-même a appelé l'attention sur ce phénomène etnographique dans son Histoire naturelle du genre humain, et c'est surtout chee les peuples slaves que Ton peut le mieux apprécier la distinction civile du noir et du blanc, même après que les couleurs se sont confondues et qu'il ne reste plus que le nom et le produit morale de la cause physique. (T. II, p. 65.)

Quant aux Américains , l'on sait que le mot blanc est absolument au mot libre ce que le mot nègre est en Europe au mot esclave.

Notre étymologie explique donc tout, et principalement comment des blancs féroces, riverains ou quelque peu rembrunis, ont pu s'appeler Celtoscythes, Celtibères et Celtosgres; cependant elle laisse encore une difficulté :

l'opinion de César.

Lucien insinue dans le dialogue dont nous avons fiait mention plus haut, que les Gaulois (KelM) connaissaient fort bien la langue d'Homère, et nous savons que 400 ans avant

notre ère , ils se servaient de l'alphabet des Grecs; ceux-ci, établis à Àntibe, à Marseille et sur plusieurs autres points de la côte celtique, étaient donc en communication avec les Celtes, plusieurs siècles avant Tarrivée de César dam les Gaules. C'est César qui nous dit que les Galli s'appelaient Celtes dans leur langue. Ils avaient donc eu le temps de connaître, adopter et corrompre le nom de Gâtâtes que leur donnaient les Grecs.

Mais voici encore une autre considération :

lorsque César s'informa du nom des Gaulois, savons-nous bien comment il leur posa la question? Supposons que directement ou par ses interprètes , il leur ait dit : Quomodo nuncupamim? Quomodo vocalwr natio vestra?

N'est-il pas clair que ce nuncupamwi et ce vocatur peuvent aussi bien signifier : Comment vous nommez-vous? et comment vous nomme- t-on? Si dès-lors on a répondu :

Celtes, eetr-ce bien étonnant que, quelques Minées plus tard, César rédigeant ses Commentaires, ait cru que c'étaient les Gaulois euxmêmes qui s'appelaient Celtes? Leur réponse l'y autorisait, et tout dépendait de l'intention qu'il avait lorsqu'il leur fit ou fit faire la question»

Il est donc évident que notre opinion, basée sur la nature et la science , est très-conciliable avec celle de César et avec toutes les opinions qu'on a cru jusqu'ici inconciliables.

Au surplus, que Ton ne pense pas que l'étymologie que nous donnons ici soit de notre invention; il s'en faut.

Duchesne, dans se* Historiée Francorum scriptores, cite la chronique manuscrite de Bernard Guidon, évêque de Paris, qui dk positivement : « Gallia secundum Bysidorûm à candore nuncupata est. »Et lui-même, dans la description de l'Europe , s'exprime ainsi :

« In his Gallia prius occurrit à candore sic dicta. »

Nous ne faisons donc, en quelque sorte, que répéter, nous aussi, ce qui a déjà été dit, ou, si l'on veut , rappeler ce qui avait été oublié, prouver ce qui n'avait encore été qu'insinué.

C'est ainsi qu'on déterre parfois un vieux tableau , on essuie la poussière qui le couvre , et après avoir été frappé soi-même de la régularité des traits et de la «vérité de l'expression, on démontre aux autres que l'ouvrage est de main de maître.

Les principes généraux auxquels j'ai cru devoir appeler ne seront peut-être pas inutiles.

k ceux qui voudront cultiver la science des étymologies : J'ai établi , ou je le fais,

1° Que le dictionnaire de l'homme ayant commencé par un petit nombre de mots qui devaient cependant suffire pour tout désigner, tous les noms des choses un peu anciens doivent avoir une signification beaucoup plus générale que celle qu'ils ont aujourd'hui;

2° Que le caractère de la couleur étant un de ceux qui frappent les premiers et un des plus faciles à saisir et à employer , il est de toute nécessité qu'il joue un grand rôle dans le nom des hommes et des choses;

3° Que comme les plus anciennes histoires écrites nous viennent de l'Orient par les Grecs, quigrécisaienttousles noms d'origine barbare, c'est dans cette langue qu'il faut ordinairement chercher l'étymologie des peuples dont l'existence politique est depuis longtemps du domaine de l'histoire ;

Enfin, que la plupart des mots s'usent, et quelques-uns au point de devenir avec le temps méconnaissables et même de disparaître entièrement de nos langues ; principe d'une portée immense pour qui est à même d'apprécier les siècles écoulés depuis le langage de l'homme

sauvage jusqu'à la langue écrite (1), mais dont les conséquences ne détruisent point l'utilité de la science, car si elles nous empêchent dé reconstituer une prétendue langue primitive basée sur des monosyllabes qui ne Tétaient pas il y a quelques siècles, elles ne peut pas nous priver des avantages des recherches linguistiques bien dirigées.

Le nombre de mots assez bien conservés pour nous indiquer leur origine, est toujours suffisant pour fournir à l'explorateur sinon des certitudes, au moins des indices qui n'attendent que l'appui des données scientifiques et le raisonnement pour devenir des axiomes incontestables, des vérités mathématiques.

(1) Dans &&Cronologiade larazon, après avoir bien distingué

La chronologie de l'unirers ,

Cène do globe ,

Celle dei êtres organisés ,

Celle des hommes et enfin

Celle des nation» qu'on confond ordinairement, quoique des millers de siècles sépare** l'une des autres, l'auteur soutientropiiuond , Héredote,A*iiU>ie, Pline, Diodore, Manéton, Bérose, Lao-tseo, Diogene, Lucrèce, Bally, Volney et de Longchamp, quant à k présence de l'homme sur la terre que M. Reboul porte à 40,000 ans au moins.

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