DES CELTES
Larramendi Masdeu et beaucoup d'autres auteurs espagnols croyaient qu'il n'y avait eu jadis qu'une $e*le langue dans la Péninsule; Morhof en pensait autant de la Germanie; Micali croit que l'étrusque était la langue de toute l'Italie; Susmikh croit que le germain et le celte étaient deux dialectes de la même langue ; Hervas avait cette idée de la langue cantabre et italique ou ibério-européenne ; MM. Bullet et Martinière croyaient, au contraire, que le cantabre et le breton étaient la
langue celte; Ihre avait des idées encore plus étranges sur les langues de l'Europe; Pelloutier prétendaient que les Celtes, qui pour lui étaient les peuples de toute l'Europe, avaient une langue commune; et Milford, Scydelius, Bibliander, Court de Gebelin et une foule d'autres auteurs ont cru à une langue primitive, source de toutes les langues qui ont été parlées depuis sur toute la terre. A cela , il faut ajouter qu'aucun de ces auteur? n'a manqué de raisons à l'appui de son système , même en écartant tout ce que suadere potest religio.
Ces coutradictions ne sont pas bien difficiles à expliquer. On n'écrit pas sur le nom, la langue ou les fastes d'une nation sans un motif» sans un vif intérêt pour le peuple dont on se fait l'historien. Le travail de l'auteur se confond bien vite avec le sujet qu'il traite, et il a bientôt pour l'un et pour l'autre ta même tendresse. Rien ne nous est plus précieux que ce qui nous coûte cher, et l'enfant de nos veilles , l'être de prédilection de notre esprit, le devient bientôt aussi de notre cœur. Dans son enthousiasme, l'auteur prend ses désirs pour des réalités; son peuple est le plus sage ou le plui vaillant, le plus nombreux, la plus ancien de tous les peuples. C'est de ce peuple grand,
extraordinaire , unique , que tout est venu ; ef comment ce peuple n'aurait-il pas eu une langue à lui?
Mais le philosophe, qui ne voit dans tous les peuples, dans tous les hommes, que l'humanité, et ne sent de prédilection que pour la vérité, la cherche, lui, non dans des faits isolés, mais dans la pluralité des faits, dans cette masse de données qui forme la règle, et qui est aux exceptions ce que l'Océan est à un verre d'eau, le soleil à un ver luisant, le langage du tonnerre et du volcan à celui de la mouche et de la fourmi.