DEUXIÈME SECTION
L'abbé de Pétiti , dans le troisième volume de son Encyclopédie élémentaire (page 573 et suivantes) , rapporte une conversation que le P. Parrenin aurait eue avec le prince héréditaire de la Chine, au sujet de la langue mandt-
choue que celui-ci mettait au-dessus des langues européennes ; et dans cet entretien , nous notons, en tr' au très choses, que ce prince trouvait nos caractères mal distingués les uns des autres, et la langue parlée, un gazouillement perpétuel assez semblable au jargon de la province de Fo-Kien. Cette opinion est frappante de vérité pour un mandtchou qui ne connaissait pas nos langues. Si nous entendions parler dix langues inconnues, ce qui nous frapperait, ce n'est point la différence qu'il pourrait y avoir entr'elles ; mais nous serions surtout impressionnés de ce qu'elles pourraient avoir de semblable; et les langues que nous ne connaissons point ont cela de commun, que leurs sons engendrent tous également la surprise, la curiosité et le désir de savoir ce qu'ils signifient; dès-lors nous croyons qu'elles sont la même langue ou qu'elles ressemblent à quelqu'autre langue inconnue qui a produit chez nous des sensations analogues.
Tels devaient être les motifs qui ont fait croire à César que les Celtes ne parlaient que trois langues. Il faut cependant être juste : César ne dit pas absolument qu'il n'y eût que trois langues chez les Celtes ; mais en parlant des Aquitains, des Belges et des Celtes ou
Gantois, il dit font simplement : « ffi omnes lin-
gué, institutis, legibus inter se differunt. »
Mais les Belges et les Germains avaient-ils la même langue? Quoique les Pays-Bas aient eu bien des rapports politiques et commerciaux avec l'Allemagne, et que leur langue soit aujourd'hui bien germanisée , il suffit cependant d'ouvrir un dictionnaire hollandais ou flammand pour voir que la langue belge ou batave avait un fond propre ; on ne saurait en effet à quelle langue rattacher une infinité de mots qui ne sont ni français, ni grecs, ni latins, ni gotbs, ni allemands (1). César lui-même dit
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(1), Baak, balise.
Baar, yague, lame.
Boas, maître chef des ouvriers.
Bah, gaillard d'un vaisseau.
Bars, fier dédaigneux.
Bas, pierrier.
Bee, prière; beun en danois, bing en piémontai*.
Bas, vieille femme.
l?t««,jonc.
BU, (esse.
Blinda Toile de beaupré, ciradière.
Brem, du genêt.
Bril, lunette.
Bron, source.
(Kv. II, de Belle gailico) , que les envoyés de Rheiras l'avaient assuré « Pierosque Belga* «**e ortoe a germanis, fthenumque antiquitus
Bruy, coup de poing (baragliarsi, italien? se brouil* 1er, français?)
BuU, bâtiment hollandais équipé pour la pêche du hareng,
Buy, "bourasqae (buyo, obscurité, italien?)
Byl, hache.
Bifl, irou fait à coups de hache dans la glace.
Noos ayons laissé de «uté les mois qui ont des ana fogies, bi tu qu'éloignées, a?ec te suédois, l'allemand, le français et i'anglaift, quoiqu'il soit aussi probaMo que les Néerlandais, bien avant César, aient plutôt donné que reçu ces mois, si nous Tonlons nous rappeler que les Belges occupaient les ports de l'Angleterre •et s'étendaient jusqu'au Rhin dans les Gaules.
Nous n'avons laissé que le bril parce que les lunettes sont d'invention hollandaise et que les allemands disaient augengtau avant de dire brille.
De ces monosyllabes, tirés rien que du dictionnaire hollandais et delà seule lettre 9, on peut juger du total de ces mots dans tout le corps de la langue» qui n'a ni là aa£me prononciation, ni la même structure grammaticale que ses langues vetaînes ; et peu*- être fa batave et la belge étaient-eties au commencement deui langues différentes , ce que nous ne pouvons» cependant affirmer.
transductos propter loci fertilitalem ibi (de ce côté-ci du Rhin) consedisse; Gallos qui ea loca incolerent expulsissCfiOT, le plerosque, qui veut certainement dire un grand nombre, ne signifie pas cependant la totalité ; et si nous voulons bien y réfléchir, c'est même la preuve du contraire, car qui de uno dicit, de altero negat.
Après avoir parlé des mœurs des Celtes, César nous parle des Germains qui « multum ab hac consuetudine differunt, » qu'ils n'ont point de Druides, et ne pensent qu'à chasser et à faire la guerre ; ce qui dit déjà quelque chose; mais en donnant les motifs qui l'ont déterminé à choisir Valerius Procillus pour l'envoyer parlementer avec le roi des Germains, il dit : a Propter fidem et propter tinguœ gallicœ scientiam, quâ multâjam Ariovistm longinguâ consuetudine utebatur. » 11 est donc clair que si Arioviste eut besoin d'un long usage pour connaître et pour parler la langue des Gaulois, il est évident que les Gaulois et les Germains avaient chacun une langue différente dès le temps de César, car les mots tndesques des lois ripuaires avaient été apportées dans les Gaules par les Francs, peuple germanique (1).
(1) «Il y a en jusqu'à quatorze opinions sur l'origine des Francs. On pense assez généralement aujourd'hui