‹ Essai sur le nom et la langue des anciennes CeltesChapitre 3 sur 27 · CHAPITRE PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

Dans l'introduction , nous avons parlé des préjugés qui existent en France contre les études linguistiques (1); ayant d'entrer en ma-

(1) Indépendamment des obstacles matériels qu* nous «yods signalés dans l'introduction, et qui rendent les éludes plus pénibles en France que partout ailleurs» il faut arouer que bien d'autres causes tendent i les y faire négliger. Quel est le linguiste qui ait fait fortune en France ? En parlant de l'abftence d'un bon dictionnaire étymologique de la langue française, M. Nodier regrette qu'on ait laissé échapper une époque farorable où il y arait en France beaucoup dé sujets capables d'y trarailler. Ces sujets sont dono allés chercher ailleurs la protection qu'ils n'ont point trourée en France. Indépendamment des secours littéraires que M* Balbi a reçus des généreui amis de Maltebruu, son Atlas ethnographique lui a coûté cinq ans de trayait, des royages dispendieux, et l'acquisition de lirres qu'on ne troure point dans les bibliothèques publiques. Nous serons cependant que M. Balbi n'a pas retiré le moindre profit de cet on*

tière, nous allons démontrer quelques-uns des inconvénients qui en résultent.

Noos établirons aussi dans ce premier chapitre quelque principe de linguistique qui facilitera la compréhension des matières que nous avons à traiter dans ceux qui suivent.

La connaissance pratique d'un nombre insuffisant de langues, des comparaisons bornées et superficielles, un but louable , un enthousiasme honorable mais fatal à la connaissance de la vérité, sont parvenus à stériliser, je dirai

vrage qui est certainement de la plus grande utilité pour la géographie, l'histoire et Us langues. L'Instî* tôt semble avoir seul compris que des études aoasi ardues et aussi nécessaires ont besoin d'encouragement. Aussi* il n'est pas étonnant que, dans notre siècle positif, et dans un pays où les besoins réels et fictifs rendent l'existence difficile 9 l'actirité de la jeunesse se tourne pkitét yers le commerce et l'industrie que Ters les lettres; et que» même dans la sphère purement littéraire, on s'attache de préférence à faire uo bon. drame, an bon roman, un bon article Ai journal* qu'à composer un bon lirre de linguistique,, i est loin de rapporter les mêmes avantages.

presque à ridiculiser une des sciences. les plus fécondes et les plus utiles.

Si leà efforts du savoir ne tendent qu'à jn reculer les bornes; si ce n'est que par /étude de l'antiquité qu'on peut arriver à bien connaître l'humanité et la nature; et si la médaille parlante du langage , transmise de l'homme à l'homme, est le monument le plus sûr de cette antiquité , il est certainement de la dernière importance de bien connaître la physionomie et les lois de ce langage, qui retrace dans son expression et ses vicissitudes l'histoire antétraditionnelle du genre humain, depuis l'époque où la géologie la lui abandonne.

J'ose dire que les idées qui régnent aujourd'hui, celles surtout qui forment la base de la philologie appliquée à l'histoire, sont de tout point erronées ; et que tel qu'on a appelé le réformateur de la linguistique, n'a fait que rappeler d'anciennes erreurs que les études philosophiques avaient déjà fait oublier.

Des savants ont pris une vingtaine de langues de l'ancien continent,, ils en ont fait l'analyse, et ils ont trouvé que, le plus souvent? des préfixes et des affixes plus flexibles enveloppent in mot qui l'est moins, et ils ont appelé ce mot le radical. Ils ont trouvé ensuite que, dépouillé

de son enveloppe, ce mot était le plus souvent un monosyllabe onomotapéen , et dès-lors (tes savants ont dit : Les radicaux sont les reliques d'une langue primitive, qui était formée de monosyllabes, décris spontanés, d'interjections. C'est comme si nous disions : Le mercure est liquide , donc tous les métaux sont liquides. En hiver, il neige; il ne grêle guère qu'en été , donc les hivers sont moins froids que les étés ; la sève des plantes monte , la fumée, les vapeurs montent, donc la pesanteur agit de bas en haut

Cette méthode , en un mot , qui est bonne dans les langues comparativement récentes, est très-erronée quand on l'applique aux anciennes langues. Et puis : les monosyllabes des langues chinoises ont-ils des aflixes et des préfixes? Vous parlez encore de radicaux; sontils bien reconnaissais dans cent langues, comme le tamanaque et le pampango?

Le temps, dites-vous , peut les avoir modifiés de 'manière à les rendre méconnaissables; il est pourtant vraisemblable qu'ils ont existé. — Soit; riais quelle confession! Les radicaux peuvent se modifier au point de ne pouvoir plus être reconnus , et vous bâtissez tout un système sur la physionomie des radicaux ! Maïs

est-elle réelle cette modification? et à quel degré et d'après quelles règles? C'est peut-être ce qu'on a le moins recherché. Nous allons tâcher de le faire.

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