‹ Essai sur le nom et la langue des anciennes CeltesChapitre 4 sur 27 · CORRUPTION DES MOTS · texte numérisé non relu

CORRUPTION DES MOTS

Quatre causes semblent principalement produire la corruption des mots : la négligence, l'esprit de paresse, l'esprit d'économie, la difficulté de saisir et de prononcer toutes les lettres d'un mot qu'on entend pour la première fois, et l'habitude de certains peuples à ne pas articuler toutes les lettres , car la parole écrite tend toujours à ne peindre que la parole articulée.

Il n'y a pas une seule lettre qui résiste à la longue aux coups du temps; et il y a des mots qui ne sont même plus reconnaissables. Pour ne parler que de la langue française; il suffit d'ouvrir les Essais de Montaigne pour voîr le peu de temps qui est nécessaire pour produire de semblables effets.

La langue du gai philosophe avait déjà réduit de beaucoup les mots grecs et latins : de presbyterot, il ne restait déjà plus que presbtre ; de magis, mais; de habcs, as , etc.; mais con>-

bien de lettres Savons-nous pas encore ôtées à la langue de Montaigne?

Le * à doubter.

Le c à sainct.

Le d à désadvouer.

L'e à reçeu.

LYàvifve.

Le g à cogneu , ainsi qu'à besoing , soing, desseing, regnard, témoing, etc.

Le h à eschole (école).

L't à compaigne, espaignol, etc.

VI à aultre , tiltre , faulte , ceulx , aulcun, poulser, mieulx, bault, etc.

Un à entreprinse , à honnorer, & ainsin, à printetreprinses.

Us à tesmoigner, mespris, esbranler, toutesfois, esclairer, estendre, desloger , encores ; toutes les lettres, en un mot, dont le son n'est pas aussi fort et clair que Va et Yo dans les voyelles, le p, Ym et le t dans les consonnes.

0»peut voir dans le langage du bas peuple la tendance qu'ont les mots à se mutiler et se corrompre (1) . Supposons donc, pour un ins-

(1) Bien, ptui, ta ei, ta ai, nous aroni, sacre, ai* niable, ne pas, eela, monsieur, etc., ne font plut, dans cfrtaias quartier* de Paris et dans la banlieue, que l*o, pus, t'ai, t'as, j'avoos, sue , aimab , pas , ça, miieu, etc.

tant, que d'ici à quelques siècles, par n'importe quelle cause, la langue latine fût tombée en un tel oubli, qu'on ne sût plus que par tradition que nos langues du Midi en dérivaient en grande partie. On veut retrouver cette langue; y arriverai t-on par la méthode que nous venons de combattre? Nous prendrions, je suppose, far, dir dans l'italien, ter vir dans le portugais, ver fer dans l'espagnol, doigt, œil dans le français. Voilà des monosyllabes, dirions-nous, des radicaux, des mou types de la langue latine; et que sais-je? hélas 1 il n'y a pas un de ces monosyllabes qui, avant d'être carié, limé, rongé par le temps , ne fût polysyllabe , et c'est en facere, dicere, tenere, ventre f vider e, eue, <%*tus , oculus, qu'il fout en chercher l'origine. Cependant, comme nous aurions considéré les monosyllabes qui en dérivent comme des cris de la pâture, il est évident que noms n'aurions jamais soupçonné leur véritable étymologie.

C'est pourtant la connaissance de cette loi, que tout ce qui sert s'use, qui a fait retrouver Au~ gustus dans août, Lugdunum dans Lyon, Grartianopolis dans Grenoble et Êonstantinopolis dans Stamboul, nom que donnent les Turcs à l'ancienne Bysance.

Cette loi a si peu d'exceptions , que nous pouvons hardiment établir celte règle.

Règle r«.

De deux mots visiblement identiques, si le

' plus copieux en lettres n'appartient pas à une

langue vicieuse (1), il est plus ancien que le

' plus court. C'est ainsi que Yagam sanscrit est

plus ancien que Yaco malais, Y ego grec et

latin', T ich, Ut, je, io, yo, eu et / des langues

européennes modernes ; que gah, galacto* est

plus ancien que lac, lac lis, et selene que lune,

ainsi que le plenitudo des latins avait précédé

le plenty anglais et le plenié de Montaigne, le

le quart notre car, et le quomodo notre comme.

Nous avons dit que parmi les causes qui

multipliaient ou abrégeaient les mots, il fallait

compter l'habitude qu'ont certaines langues de

ne pas prononcer toutes les lettres; aussi, les

(1) J'appelle vicieuse une langue qui , copine le .maudtchou , le hongrois , le chinois» etc., ne peut prononcer deux consonnes de suite sans les séparer par une royelle ; l'espagnol qui préfixe, comme l'ancien français, une voyelle aux mots dont l'initiale est on s suifî d'une autre consonne, et celles qui, pour débarbariser et naturaliser les mots étrangers, leur affixent comme, le grec, le latin et l'italien, des désinences nationales telles que on, o$, us, ou les . voyelle/ des langues ibériques.

Français et les Anglais prononcent-ils si peu Ye muet, que les langues qui leur empruntent des mots ne les écrivent pas. L'Anglais luimême supprime cette lettre dans plusieurs mots où elle est conservée en français. S ex, sect, salad, manner, sont en ce cas. On peut en dire autant des mots que les langues voisines ne reçoivent pas par écrit et dont toutes les lettres ne se prononcent pas; de manière que nous pouvons en déduire cette autre règle.

* m * règle.

De deux mots identiques, le plus court a été emprunté. Ainsi, plot anglais vient du complot français , bus hollandais de Y arque bus; le vieux esciant français de Ta tàbiendas espagnol ; le Unife anglais du canif français; le canif du 90nivet catalan et portugais, et celui-ci de canna-* racua que le Gastellan appelle navaya. Nous avonsencore parlé de la difficulté à comprendre , retenir et reproduire toutes les lettres d'un mot; ceci fera l'objet d'un autre paragraphe où nous parlerons de la loi des monosyllabes.

•»• règle.

Il est si peu vrai que lés monosyllabes soient des mots primitifs , que presqu'aucun ne résiste à l'épreuve & laquelle l'exposent les diffi-

cultes dont nous venons de parler, celle d'en saisir la prononciation et de la reproduire.

Ces obstacles sont parfois funestes aux bissyltebes eux-mêmes.

On dit en latin pulcher, pulchrior, pulcherrimus, pour exprimer les degrés comparatifs é% la beauté; et pour exprimer ceux de la bonté, on altère le radical, et Ton dit bonus, melior, optimus; pourquoi cela? La linguistique nous rapprend. Cest qu' optbnus vient de otta sanscrit qui veut dire bon; mais si le trissyllabe, plus facile à saisir et plus robuste, a pu résister aux vicissitudes qui 1 ont poussé de langue en langue jusqu'au latin, le faible bissyllabe n'a pu en faire autant. Cest peut-être par cette même raison que le positif latin de la méchanceté malus n'a pu passer dans la langue française qui lui a substitué le malvaggio (mauvais) de la langue romane ; mot qu'il a pourtant retenu lorsqu'un bel m, qui meut les lèvres et remplit la bouche, fermait ce bissyllabe (malum). Le beh (bon) , qui a fait le besser allemand et le better anglais (meilleur), ne se retrouve aussi que dans le persan. L'arabe est plein de ces mots qui manquent à l'hébreu.

Cette loi est si logique, qu'il n'est pas besoin de citer beaucoup d'exemples pour la faire

comprendre : si un étranger entend ocukas, digitus, il ne saisira peut-être pas bien tons les sons, toutes les [lettres de ces mots; mais c'est beaucoup si de trois syllabes qui frappent son ouïe, il n'en retient pas une , tandis que si le mot n'a qu'une seule syllabe , en la perdant tout est perdu.

Aussi, un petit nombre seulement de ces petits mots a pu passer d'une langue à Fautre, lorsqu'ils n'araient pas dans leurs flexions le moyen de s'allonger et d'offrir plus de prise à l'ouïe et à la mémoire. Al, ar, as, aor, bec, bios , bue, ge , gaos , gro , no, ops, pan et une quantité d'autres monosyllabes grecs, n'ont pu passer dans la langue latine qui a pourtant beaur coup de mots de cette langue. Des motslatinsaft, abs, ac, ut, an, en, nom, num, os, ex, as, at, as, trans, cras, crus, cur dum, sr, flo, g Us, gtos, haud, hic, hœc, hoc, id, \s y ips, luo, neo,mQXt mu, mus, nec, nunc, nuo, ob, ops, post, vus, sat r sed tic, sin, sus, tôt, pas un seul n'a passé dans les langues dont le fond est pourtant la langue, latine ; quelques autres, comme die*, rts, ros, n'ont pu passer que dans quelques langues ; nous disons jour et chose, et les Portugais appellent ortralho la rosée* Enfin, notre espérance Yient plutôt du verbe spesrare que du

- monosyllabe spes 9 et d'autres ne s'y retrouvent, comme orale par exemple, que parce que le : génitif de os était oris qui avait plus d'un son, ce qui est. arrivé & mos moris et à d'autres qui n'ont cependant pas passé dans toutes les langues filles de la latine, puisque mos est costume en italien et costumbre en espagnol.

Cela étant ; qu'est-ce donc qu'un monosyllabe pour bâtir dessus le dictionnaire de toute une langue? Mais il n'est pas même nécessaire que la langue d'un peuple passe à un autre peuple pour que les mots se rongent, et que les monosyllabes se perdent.

Montaigne employait encore dam (de damnitm), béant (de béer), chault (de chaloir), dcult (du dolet latin), ains (de Yanzi romano-italien), etc. Ire, choir, duit, heur, sont des mots qui étaient français il n'y a pas longtemps; ost se trouve encore dans la Henriade. et ouïr vient à peine d'être remplacé par entend e.

<. Nons avons vu plus haut les lettres qu ont .perdues les mots seulement depuis Montaigne; celui-ci disait encore : Corseguc, réservation, estimation, pour ce que nous appelons aujourd'hui : Corse, réserve, estime; et Molière disait encore : Cependant que Psyché pour pendant que. On n'a qu'à lire Boccaccio pour voir ce que

l'économie pourrait aujourd'hui gagner sur ses mots et ses phrases dont quelques-unes pourraient être réduites presque de moitié.

Bref, les langues ne tendent pas seulement à atteindre leur plus simple expression; mais leurs mots, soumis à la dent impitoyable du temps , en souffriraient bien plus sévèrement encore les effets sans l'institution protectrice des Académies.

N'est-il pas étonnant que des savants trèsestimables d'ailleurs, et à qui la science a de grandes obligations, tout en reconnaissant ce principe dans la langue écrite, n'aient pas cru devoir l'admettre dans la langue parlée !

Après avoir établi que « l'organe de l'ouïe, servi par l'instinct imitalif, » a produit la parole, la poésie, la musique, et celle-ci le perfectionnement de la civilisation : « Nous allons voir maintenant, dit M. Charles Nodier, l'organe de la vue servi par ce même instinct d'imitation qui est l'agent essentiel de la perfectibilité

humaine (1), produire dans un sens inverse les

(1) Nous nous permettons de rectifier oette idée : si l'homme a imité, c'est faute d'autres moyens; dans les beaux-arts eux-mêmes, l'imitation de. la belle nature est une rarention; et partout ailleurs, le génie n'imite pas, il inTeote.

arts du dessin, et pois l'écriture qui en est la dernière expression. Je dis en sens inverse, parce que, dans la formation dn langage, nous ayons procédé dn simple au composé, pour parvenir aux arts merveilleux de la parole Y et qu'ici, an contraire, nous avons procédé dn plus composé au pins simple. »

Mais qu'est-ce qui prouve que l'homme soit parti de la perfection dans la langue parlée, et de l'imparfait, du compliqué dans la langue écrite? Les langues idéoglypMques ne nous font-elles pas voir l'analogie qu'il y a entre Fexpression graphique et la phonique? on nous dira peut-être que les langues chinoises sont monosyllabiques; mais Tont-elles toujours été? M. Klapproth nous assure, nous démontre que la langue mandarine mutile tous les mots dont eUe ne conserve que la première syllabe; dèslois, cesmonosyllabessontartifiriefe, et nesont donc pas les cris spontanés de la nature. Je ne veux pas nier par la la quantité de mots onomatopées qui se trouvent dans toutes les langues, mais la brièveté des mots lorsqu'ils passè ren t du langage pour former la langue X.

(1) Ttppdlt bm§og* les cris q«i smI prapni à rkoame et à presque Ums les «û— w, et la bogm»

Ainsi, par exemple, Mutes les fois qu'il était question d'une action, on ajoutait le caractère

le langage de l'homme sorti de l'état de nature; la langue a des mots collectifs, négatifs, abstraits; le langage n'en a point. Qnant à ces cris , on sait que plusieurs oiseaux prononcent tontes les lettres de l'alphahet, des mots entiers et des phrases, de manière à i y méprendre. Le chien prononce l'a quand il baille, la chèrre Ta qnand elle crie, les souris IV, le boeuf l'eu, les cbati et les chiena l'ail, les corbeaux loi, etc.; puis, la brebis le b, la ponle le e, le serpent l'«, le bceuf , le chat l'm, etc. ; le chien IV quand il grogne, etc. L'aboiement du chien onblié dans la rue an hirer est une touchante supplication pour qu'on lui ou?re; enfermé dans une chambre* sa plainte prend une autre forme ; à cette plainte succède le cri de l'impatience , pnis de la rage. Son cri d'amour eit encore différent; si tous le battez, son cri change encore; il ehange lorsqu'il se jette sur son ennemi apfès l'aroir menacé atec des cris tout différents. Enfin, si après une longue absence, il rencontre son maitre, il le reçoit arec de» cris joyeux aussi différent qu'il est possible de ceux de pitié, d'impatience» d'amour, de menace, de dé»ir et de rage, qu'il jette en d'antres circonstances.

« En certain abboyêr du cto'tn • dit Montaigne, k cheval cognoist qu'il y, a delà eholère; de certaine amltre sienne voix, il ne ê' effraye point. » Après ajoir cité

de la main dans les anciens caractères chinois, comme on peut le voir dans les Variétés asiatiques de M. A. Rémusat; Tare ne représentait que l'arc, mais lancer une flèche, le sagittare latin, c'était Tare tendu, et la main. Dans ce verbe, l'affixe de sagitta semble aussi être une abréviation du verbe agere ou facere, de même que l'en germanique Test de lassen, machen. Quelques langues, comme le copte, le karalite, le breton, l'anglais, ainsi que nous le verrons plus loin, ont encore cette manière de conjuguer un verbe ; et les Cantabres affixent encore le mot eguin (faire ) k leurs noms pour faire des verbes.

La langue parlée étant l'écho de la langue écrite, et chaque trait, chaque ligne désignant un objet qui devait avoir son nom particulier: il me semble que la complication des signes employés dans la langue écrite, a dû être re-

plusîeurs faits à ctt égard : c Au demeurant, ajoute ce philosophe chrétien, noue descouwons bien évidemment qu'entre elles (les brutes) il y a une pleine et entière communication (p. 208, édît. de Fume. 1831.) Nier on langage aux animaux, ce serait en effet nier l'évidence; mais un langage n'est pas une langue.

présentée par la longueur des mots articulés. S'il n'en était pas ainsi pourquoi aurionsnous appdé blé de turquie le maïs, pourquoi les anglais diraient-ils rognons français (french becn) pour les haricots? Pourquoi les cantabres diraient-ils ech'coandrea (de nhea maison, et andrea femme) la maîtresse de la maison, et l'allemand le crochet de la ligne, angelhaken, pour l'hameçon? Tous ces mots et bien d'autres, ne sont-ils pas des hiéroglyphes parlés qui peignent aussi exactement l'idée que les hiéroglyphes écrits ?

Les erreurs que la connaissance de cette vérité philologique aurait pu et peut encore épargner sont immenses; mais, outre son utilité négative, elle en a une positive qui n'est pas la moins précieuse. Appliquons-la à la recherche d'une étymologic quelconque, du soleil et de la lune, par exemple. Nous avons établi que les mots les moins rongés par le temps, les plus complets , les plus longs, en un mot, sont les plus anciens; cherchons donc les deux mots plus longs de soleil et de lune dans les langues indo-européennes, et nous trouverons pour le soleil :

Souradji , hindoustani ;

Doulœtcha , toungouse ;

même l'homme aurait pu être indifférent à son . aspect, la propagande de cette religion envoya des prêtres lui élever des autels partout ; c est ce que nous dit Pline quand il dit que la sorcellerie a fait le tour du monde ; et c'est ce que l'histoire et les voyages nous ont prouvé à satiété. Dans le temple de Sombhunaten Asie (Indoustan) ; dans celui de Vesta à Alba lunga en Europe ; dans celui de la Floride en Amérique ; partout on conservait le feu sacré, et c'est à ce dernier foyer que les prêtres des Natches et des autres indiens venaient chercher du feu lorsque par quelque grand malheur on laissait éteindre celui des autres temples, ainsi que du fond de la Jonie on envoyait au Pritanée delà Grèce, lorsque par quelque accident sinistre le feu s'était éteint sur les autels de Hestia.

Il y avait de ces autels à Troie et en Perse. L'ardente Afrique est la seule qui n'eût pas la même admiration ppur l'astre qui la brûlait en même temps qu'il léclairaiL

d'Ogyges el celui de la Chaldée auraient pu être le même que celui du Tao chinois parle rapprochement des époque»; mais Yao fit travailler onze ans à creuser des canaux pour délivrer son empire de l'inonda* lion, et ne s'embarque pas pour se sauver tout seul, comme les précédents.

Dianus ou Janus et Jana ou Diana, d'où Die*, Zeus, Deus et Zeus pater ou Jupiter était le plus ancien dieu, le père des dieux en Italie et et en Grèce; Apollon, Bal et Halla le furent plus en Orient, et Apis en Egypte. Ce taureau, dont la tète représente à la fois les rayons du soleil et le croissant de la lune, s'appelle encore bull en anglais et en allemand. Tous ces mots, ainsi que le Cnuph des Egyptiens et le Jehova des Juifs, ne désignent qu'une chose: le soleil, le Seigneur d'en haut. Nous le prouvons dans le petit tableau synoptique des divers noms qu'on a donné au ciel.

Dans les langues japonnaise , formosane , vilela, Iule, yarura, poconchi, kurdistane, hongroise, cora, cochimi, tagale, birmane et pampango, le même mot signifie soleil et jour ; hélios signifie même soleil, jour et année ; et comme le jour est composé de lumière et de ténèbres , de jour et de nuit , voilà , dit-on , pourquoi Janus avait deux visages ; mais si Dianus a pu faire (lies, Janus a aussi pu faire annus; dès-lors, l'été et l'hiver, qui étaient les deux seules saisons anciennement connues, auraient pu suggérer la même idée. Pan, qui était la même chose, était aussi représenté avec deux cornes. Enfin, quanta l'ancienneté de ce dieu,

voici comment s'exprime Quintus Septimus :

Janepater, Jane tuent, dive biceps, biformis; O cote r$rum sator, 6 principium deorum I

II est digne de remarquer que le numéro consacré à Janus était le 65, ce qui rappelle la fraction des jours en quoi se divise Tannée outre les trois centaines.

Cela étant, sans que pour cela tous les idiomes soient identiques, nous devons trouver dans le nom du soleil , ou du jour, ou de la lune , ou du feu , ou des étoiles , ou du ciel , des mots qui se rapprochent de Ges trois noms du soleil , indou , sibérien et slavon. Ils ont assez de ressemblance linguistique pour nous faire croire que c'est le même nom.

Souradji ,

Solontze ,

Doulaetcha(l).

11 ii^ — — i ■■■ ■ i ■ ■ ■» ■

(1) Cent noms allemands qui ont des $ se changent en une dentale dans les langues danoise, anglaise et hollandaise. Dos, was, nuss, Masser, fuss, leêssn (ceci, ce qui, noix , eau, pied, laisser), sont rendus en anglais par that, what, nut, water, foot, Ut % etc.

Quant à la différence de la dernière syllabe, A. SaynoTÎcs nous dit de la langue same oo laponne, que le root pore s'écrit atze, aggie et aekie en cette langue; el Yhordeum latin est orxo en italien et orge en français.

Or, «es trois noms, rongés par l'usage et mutilés en passant d'un peuple à l'autre, sont comme le logogriphe de ceux qui suivent :

Le premier a vraisemblablement produit le soare valaque.

De solontxe sont venus le saule letton, le soel de l'ancien danois, le sol latin, le so génois. Le wmte allemand, le siuna ostiaque, le sun anglais. Le slontze russe, polonais et servi en, et le sontzo des Illiriens.

Du solontze sont encore dérivés le svontze sorabe, le sountze bosnien et croate, et le siung ostiake ,

Le jung persan,

Et peut-être le je chinois ;

Tandis qu'au doulœtcha on doitrattacher :

Le diel albanais , le ichel samoyède,

Et le laatch du Kamtshatka.

Si au lieu de procéder par les trois motS les plus longs, nous eussions cherché les plus courts , aurait-il jamais été possible de trouver le mot qui a produit tous ces mots et bien d'autres mots analogues ?

Nous remarquons encore que le mot lune commence en grec, en allemand , en anglais, en persan , en kurde, en letton, par un m : mené, mond y moon, mah, mank, mang, tandis qu'il

conserve 1'/ en russe, en erse, en gallois, en latin et dans les langues qui en dérivent. Comment expliquer cela? Faut-il établir comme une règle ce qui n'est qu'une bien rare exception, et dire que la linguale s'est faite labiale , ou vice versa? Non certainement. Nous n'avons qu'à suivre notre règle.. Cherchons donc un long mot ; il nous indiquera une langue ancienne. Dans le Scandinave de l'Edda, par exemple , lune c'est mylynn, et nous trouvons là de l'étoffe pour composer ces deux mots dérivés ; m>on et lune.

Mais, dira-t-on, soltil n'est-il pas plus long que soi? donc il devrait être plus ancien. — Je ne dis pas non ; nous prouverons que les Gaulois avaient une langue * à eux , et que cette langue n'était pas la bretonne, ni la cantabre, ni aucune des langues du nord ; enfin, que cette langue , quoique mêlée de beaucoup de latin , de grec et d'un peu de toutes les langues des peuples voisins, n'était la langue d'aucun autre peuple, avant de se confondre avec la langue romane. Cependant , nous pouvons répondre , sans entrer pour le moment dans cette discussion , que nous n'avons pas présenté nos règles comme sans exceptions, et nous en avons même exclu les langues aux habitudes vicieuse*;

or , ce ne serait pas le seul mot qui aurait pris une pareille désinence dans la langue des Gaulois. Du aupes u'a-t-on pas fait oreiUes? de genua genouil, de corba, italien, corbeille; de botte bouteille, de fusto futaille, de smatto émail, etc? — Et puis , n'y a-t-il pas d'autres causes qui ont pu grossir les exceptions de nos règles? Nous avons vu que les modifications de sohntxe ont gardé une certaine loi dans leur désordre; les langues à consonnes ont gardé la plupart des consonnes, et les langues qui ont plus de voyelles ont préféré garder des voyelles en négligeant les sons qui n'auraient pu être prononcés qu'avec peine. Cette raison a pu influer dans certains cas sur la nature et retendue des mutilations que le temps fait subir aux vocables.

Si la négligence ou le dédain de la linguistique a fait commettre de grandes erreurs, son élude superficielle n'a pas été moins funeste. On connaît Y Essai historique et philosophique sur les noms dhommes y de M. E. Salverte. À la quatrième page du premier volume, nous lisons ce qui suit :

« Supposez une langue qui représente chaque être par un nom significatif, et forme, d'après le même principe , ses adjectifs et ses autres

mots ; pour des esprits que n'accablerait point son immensité , quelle supériorité n'aurait-elle pas sur nos langues hérissées d'abstractions U. Telle dut être la langue des intelligences célestes; telle serait une langue toute composée de noms propres. »

Pour peu que l'on connaisse la science des langues , on est vraiment désespéré de voir de pareilles choses dans un ouvrage qui est bien loin d'être sans mérite.

D'abord, une langue qui n'aurait pas de mots abstraits, ni collectifs, ni négatifs, ni techniques/ni métaphysiques, aurait tout cela de moins , et, au lieu d'accabler l'esprit par son immensité, serait plus courte que les autres; car , après les synonymes , ce qui grossit les dictionnaires , ce sont les mots abstraits qui remplacent soit une périphrase , comme rnadrugar, se lever de bon matin, en espagnol; soit plusieurs mots comme Vultiva, mot qui, dans les lois desThuringiens , signifiait, d'après Lindinbrog, une blessure au visage visible à douze pas de distance. Nous donnons dans la dernière partie de cet ouvrage une centaine de ces mots pris dans une trentaine de langues différentes. Il est évident que la langue qui les aurait, aurait cent mots de plus que celles où

ils manqueraient; mais ce n'est pas .là ce que mas voulons surtout faire remarquer , c'est la Ungue céleste, cette langue qui, n'ayant point de mots abstraits, appellerait le pain tutmofw ceaude pâte cuite au four; la pâte , de la farine coagulée avec de teau; la farine, du grain wumht; le grain , la semence du blé; le blé, une grtmmée de telle ou telle espèce ; le four , un endroit voûté que Von chauffe, et dont on. met de céU les cendres pour faire place à ce qu'on veut y (aire cuire; puis l'eau, une combinaison d'hydrogène et ifoxigène, etc., etc. le demande un peu si une langue qui devrait dire tout cela pour dire pain, serait angélique ou ennuyeuse, la langue légère des esprits ou le lourd parler des gens tes plus matériels. En effet, cette langue est jusqu'à un certain point celle des sauvages , la langue de tous les peuples qui, n'ayant qu'on nombre borné de vocables , sont obligés de suppléer par des flgures et par des périphrases à ceux qui leur manquent, et être aussi longs dans la langue parlée que dans leurs peintures. C'estainsiquele Teuton disait et que l'Allemand continue encore à dire xahnfleish, pour la gencive, c'est-à-dire la chair des dents; soulier de la main (AaneteAuÂJ pour les gants; chap fan du d ngipourle dé ; cheveux de cheval pour

le crin;quenous disons comme eux draps de lit, pour ce que les Italiens, les Espagnols et les Ad. glus expriment par un seul mot simple ; c'est ainsi que le Tamanac appelle l'abeille le pire du miel; les doigts, les fils de la main; les orteils, les fils du pied ; les champignons (agarici) , les oreilles de l'arbre, et les branches et les feuilles, ses bras et ses cheveux. En plusieurs langues de l'Amérique, les veines sont les racines du sang; le prêtre est le porte-bon-Dieu . Les Turcs disent frère-fille pour la sœur ; le Cantabre la parole de. la montagne pour l'écho; et l'Hébreu, le sans-parole pour le désert. — Eh bien 1 c'est de ces noms propres, non abstraits, de ces noms significatifs que M. Eusèbe Salverte croit que la langue des intelligences célestes doit être composée.— Belles intelligences, que celles qui auraient besoin de ce matérialisme pour saisir, pour concevoir ce que les plus ignorants d'entre nous comprennent à la simple indication de la chose ou de l'idée (1).

Tombant dans un excès contraire, la Revue

(1) Noos appelons l'attention sur cette nouvelle preuve contre l'opinion de M. Charles Nodier qui croit que la langue parlée a procédé du simple an composé.

encyclopédique disait , en faisant l'analyse de certaines fables italiennes en prose et en vers, que Ton ne pouvait plus faire de fables dans nos langues modernes, parce que ces langues étaient surchargées défigures (1) ///

Nous avons sous les yeux la belle édition de Montaigne, publiée par Fume en 1831, colla* donnée sur les meilleurs textes. Chaque page est enrichie dé notes explicatives qui donnent une haute idée de l'érudition de l'éditeur ; niais faute de notions linguistiques variées, ces notes expliquent très-mal ou n'expliquent pas du tout une infinité de mots qui doivent offrir de grandes difficultés à un lecteur français peu initié aux antiquités de sa langue.

Discours n'a pas de commentaire dans la phrase suivante : «c J'ai l'appréhension naturelle' ment dure, et l'encroûte, et espessis tous les jours par discours.» (P. 5, 1" colonne.) Cependant, il est évident pour le linguiste qu'ici ce motestpris dans l'acception de la langue espagnole qui a plus d'un point de contact avec le français de

(1) L'auteur a. réfuté dans ses Prose et Carvi (Londres 1832) cette opioioa que la Mevus Encyclopédique * ém\&9 à propos de tes FavoleUt, publiés à Paris en 1829.

Montaigne. Discorso, Ta réflexion, le jugement, la raison.

Ains n'a pas non plus de glosse ; comment un Français qui ne connaît pas l'italien, pourrait-il en deviner le vrai sens? (Anzi, immoj

Au chapitre III (p. 8) , il dit que le philosophe Lycon prescrivit à ses amis de lui faire des funérailles ni superflues., ni méchunîques. Ce méchaniques est commenté par mesquines, pauvres, misérables. Certainement, c'en est là le sens d'après le contraste qu'implique la phrase; mais c'est dans la langue des Anglais, maîtres pendant quelque temps du Limousin, qu'il faut chercher le vrai sens, qu'a aujourd'hui encore- le mot de méchanic opposé à celui de gentleman (roturier, bourgeois.)

Enfin, il serait trop long d'énumérer toutes les erreurs auxquelles a donné lieu le mépris de Ta linguistique. La variété , Tétrangeté des opinions émises sur le nom et la langue des Celtes en donnera de nouvelles preuves ; nous allons nous en occuper.

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