‹ Essai sur le nom et la langue des anciennes CeltesChapitre 6 sur 27 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

LES CELTES, AINSI QUE LES SCYTHES ET LES ' ÉTHIOPIENS, ÉTAIENT DBS NATIONS BT NON «*B NATION.

Nous allons d'abosd examiner si les Celtes*

étaient un seul peuple , ou si c'étaient des nations indépendantes , n'ayant entr'elles que des rapports accidentels.

Pelloutier a compulsé deux cent quinze auteurs pour composer son Histoire des Celtes, et elle contient à peu près tout ce que les anciens ont dit sur ces peuples. Nous aurions donc désiré que ceux qui écrivirent après lui sur le même sujet et crurent ne devoir pas adopter ses idées v eussent bien voulu prendre la peine de les réfuter.

Voici , au surplus , ce que dit Pelloutier sur la foi d'Hécatée, Pline, Plutarque, Strabon , etc. '

« Les anciens n'assignent point d'autres limites à la Celtique que les bornes mêmes de l'Europe. »

Ephorus , en effet cité par Strabon , dit que si l'on partageait la terre en quatre parts, on trouverait que le pays de l'Orient est occupé parles Indiens, celui du Midi par les Ethiopiens, celui qui est vers l'occident par les Celtes . et les pays septentrionaux par les Scythes.

Hérodote entendait par les Celtes les peuples de l'occident depuis la Lybie jusqu'aux sources du Danube qui étaient , selon lui , dans le pays des Celtes , près la ville de Pyrène que le

comte Marsigîi a retrouvé dans le Brentte dffl Swartzwald (forêt Noire),

a Clavier, ajoute encore Pelloutier, a prouvé démonstrati vement (tome 1 , page 31 ) que le» Celtes occupaient anciennement FIHyrie, la Germanie, les Gaules, l'Espagne etles royaumes de la Grande-Bretagne. » Cette idée était , en effet , si générale , qu'Orthelius , en désignant dans sa carte géographique notre partie du monde , écrit absolument Europa sive Cetlica,

Le nom des Celtes était donc anciennement celui de tous les peuples de l'Europe. Mais l'ethnographie, l'histoire, nous montrent-elles, en quelque temps que ce soit, l'Europe ne formant qu'une seule nation?

Dans l'état actuel de la science , il serait ridicule de traiter une question d'histoire sans % consulter les sciences qui s'y rattachent, sans faire son profit des données qu'elles nous offrent.

Nous ne doutons pas que la- conquête n'ait formé d'anciens empires beaucoup plus tôt qu'on ne le pense généralement, en Egypte , en Ethiopie , dans la Bactriane , l'Inde et la Chine , mais la zoologie nous démontre que ce n'est pas la zone torride ni même la tempérée d'aujourd'hui qui ont pu être habitées les premières. A une petite distance de la sur*-

face de la terre , nous trouvons partout des signes évidents que là terre a été plus chaude qu'elle ne Test aujourd'hui. Dans les fossiles des carrières de l'Angleterre, de la Suède, de l'Allemagne et de la Russie , on ne cesse de trouver ce qu'on trouve aussi aux houillères de Saint-Juan de las Àbadessas en Catalogne et ailleurs : des palmiers gigantesques , des squelettes de pachidermes et de reptiles ; des productions , en un mot, propres uniquement, aux climats ardents des régions intertropicales. La géologie nous démontre encore que mille feux éteints aujourd'hui couvraient jadis la surface du globe dont le centre n'est pas froid encore. Cependant la zone glaciale qui a dû être un jour assez chaude pour la végétation du palmier et l'existence du mammouth, produit à peine aujourd'hui quelques pins rabougris et des lichens ; et loin de nourrir des éléphants , l'on sait qu'aucun reptile , aucun insecte ne sillonne son sol, gelé pendant plus de neuf mois de l'année. Pour devenir ce qu'elle est , elle a donc dû se refroidir. La seule inspection des différentes couches de la , terre prouve , dit M, RebouJ, que la nature procède par des gradations insensibles , et il est certain que si le refroidissement se fût opéré trop

brusquement , une seconde création aurait été nécessaire, car la vie aurait été détruite. Maïs le Nord est aujourd'hui , et depuis les temps historiques les plus reculés , la région la plus froide du globe ; or , il a dû être la partie du globe qui a dû commencer la première à se refroidir. La position oblique du soleil vis-à-vis des pâles en explique assez la cause.

Mais si le Nord a été la première partie du globe qui s'est refroidie , elle a dû être aussi la première qui est devenue habitable pour l'homme.

Le piattau centrai de Bailly , que Klaproth ne trouve pas en Asie , a bien pu ne pas exister; niais le système du savant astronome français, qui trouve dans le Nord l'origine des sociétés et des sciences , ne saurait être une chimère pour nous. Il est d'ailleurs appuyé par de grands faits , et il n'y a rien dans ïhistoire qui le contredise; elle compte douze migrations de peuples du Nord au Midi ; et tandis que l'existence de cette offidna gcntixm remonte aux époques anté-his toriques , les géographes et les Ûstoriens de l'antiquité regardaient encore la ztae torride comme inhsdxtaèle , h cause de sa grande chaleur. Tout se réduirait donc à ceci : les hommes ne formèrent une bague »

ne conçurent l'utilité de l'histoire, ne trouvèrent le hiéroglyphe , l'alphabet pour l'écrire, quepaT suite d'un besoin, d'un désir commun, d'attaquer ou de sedéfendre, qui les réunit en grandes masses.

Peut-être l'histoire a-t-elle été créée par l'orgueil d'un peuple victorieux , comme un trophée durable , élevé à sa gloire ; peut-être a-t-èlle été inventée par l'adulation d'un sujet ambitieux r ou exigée par la vanité de son maître. Le fait est que les fastes des grandes nations arrivèrent seuls jusqu'à nous , et que les petites hordes n'eurent point d'historiens; mais elles n'existaient pas moins pour cela.

Maltebrun pensait que le sarmate ou ancien venède était aussi antique que le sanscrit.

Et voici ce que dit Bayer sur les peuples qui le parlaient:

« Les Slaves, dit-il (Dissertation sur les origines russe») .étaient divisés en plusieurs peuples; c'est un fait assez constant. On en compte douze entre l'Elbe et la Vistule ; en outre, il y avait à l'Orient les Chrpbates, les Serviens, etc. » Et ici v après en avoir encore nommé quatorze , il ajoute : « Et autres dont les noms existent. » Il cite après Constantin Porphyrogénète d'après lequel?/ comte, dit-iU que chaque

peuple se divisai en plusieurs autres plus petits qui se gouvernaient séparément* et il a soin dé remarquer qu'il retrouve cette manière d'être chez Tes autres peuplés.

Quant à la Germanie , voici ce que le poète saxon , contemporain de Gharlemagne, en dit dans l'édition publiée par Leibni tz et Reinecios : « Elle n'est point réunie soùs un seul chef qui la défende par les armes ; lé peuplé , divisé et subdivisé de plusieurs manière?, compte prèsqu'autant de chefs que de canton?. » César et Tacite disent la même chose.

Le nombre des nations qui occupaient la Grèce s'est élevé quelquefois à cinquante-une, dont quarante-deux demeurèrent longtemps indépendantes les unes des autres, et il y a telle petite île dans l'Archipel grec, dans laquelle il y a eu jusqu'à quatre et cinq rois. Quelque grand que paraisse ce nombre , celui des peuples de l'Italie n'était pas moins considérable.

Quant à la Bretagne insulaire , qu'elle eût ou non des indigènes ; James et John Macpherson, Knox, Goldsmith et fous les historiens nationaux , plus propres , par la connaissance ethnographique de leur pays, à ea écrire l'histoire avec exactitude sur les points qui n'intéressent

point l'amour national , conviennent qu'elle fut habitée par des peuples divers.

« Lorsque les ttibus du nord de la Bretagne se virent attaquées par les Romains, dit John Knox , elles formèrent des ligues entr'elles , afin qu'en unissant leurs forces , elles fussent plus en état de repousser l'ennemi commun (1).»

Agricola croyait que les Calédoniens étaient te peuple le plus ancien de la Grande-Bretagne; mais ce mot est formé par Caël-Doch, le seul nom que les Bighlandet s connaissent en Ecosse, et qui , dans la langue gallique qu'ils parlent , signifie le district des Gaëls ou Gallois, Ces montagnards ne s'appellent pas Ecossais ; ils nomment Albmhch les habitants du plat pays, etSaxons les Anglais. Les Attacots, lesMœates, les Pietés , les Scots ou Ecossais , les Sy lures ou Cymbres, le» Brits ou Bretons, étaient au nombre de ces habitants , ainsi que les Volgs ou Belges.

En parlant du gouvernement de ces insulaires , Goldsmith dit : <c II consistait en plusieurs petites principautés soumises à l'autorité de chefs respectifs ; et il semble, ajoute ce ce-

(1) D\t$$rtation $ur Vétat ancien et mo4$rm ota*. montagnes (ft&éoiw. (ï . î, p. 8 feces Vogoçeê.\

lèbre historien (page 2) , que ce mode de domination ait été et ait dû être le premier de tous chez les nations non encore civilisées qui ont dû le fonder sur le principe de l'autorité paternelle et du gouvernement de la famille.

Rome y reconnaît, dans sa belle Histoire de ÏEspagne, cette immense variété de nations dont les Carpétani, les Lusitani, les Callaici, tes Cantabres , tes Ibériens , les Sicains, les Liguriens faisaient partie.

La linguistique nous apprend en outre que le Groënlandais , le Lapon et le Suédois n'ont aucune relation , et que ces trois peuples ne pouvaient pas être de même origine non plus que les Slaves et les Germains , les Latins et les Osques , les Gaulois et les Etrusques , les Grecs et les Bretons , les Basques et autres peuples de la Celtique ; pas plus que les Allobroges et les Biturges , les Sennonais et les Helvétiens, etc. Enfin, si quelque chose manquait à ce que nous venons de dire , voilà qui fera voir que partout il en a été ainsi. Les inscriptions trouvées sur la fameuse montagne de Tai-Chan, et dcfet le spécimen, envoyé par le P. de Mailla, existait naguère au dépôt de la Marine à Versailles , nous montrent encore l'époque où la Chine était divisée en soixante-douze petits. Etats tributaires ayant chacun leur roi.

L'Afrique est, depuis les temps les plus reculés , divisée en peuples de races, de mœurs et de religions différentes. D'après les recherches de MM. Scetsen et Vater , le nombre des langues africaines passe cent quarante, et M. de Humbold croit avec Hervas et Adelung que celui des langues américaines est encore plus considérable.

Si les Celtes n'étaient pas et n'ont jamais été une seule nation , que penser donc de ce nom? Serait-ce un nom comme le nom américain que nous avons donné à des centaines de peuples divers? C'est ce que nous allons examiner dans le prochain chapitre.

Page 1