COMMENT DBS PEUPLES DIVERS AURAIBNT-ILS ÉTÉ DÉSIGNÉS PAR UN SEUL NOM
Nous avons dit plus haut que, puisque les Celtes n'étaient point un peuple, mais plusieurs .peuples, il fallait donc qtrtls eussent un caractère commun, que leur nom aurait servi à désigner.
H. Amédé Thierry croit que le mot Cette est-dérivé d'un mot breton qui signifie forêt. Mais on voit quelles difficultés offre cette étyœologie.
M'y avait-il donc des bois que dans la Gaule? Cette interminable forêt, la plus considérable de
(1) Si Gallia n'est pas one contraction de Galatia.
Tê en chinois, dji en jtponnaig, ta en tibétan, za en zend, tohi dans deux langues du Caucase ,* et deê en albanais , signifient Urre.
toute l'Europe, connue d'Erato^èna sous l&nam d'Orcyrtie,et sous celui d'Hercinie par Césa*, ii'était-eltepaa enÀllemagne^mêmeenBebâmel Les anciens, qpt connaissaient les Celtes plutôt de Dom que pour avoir eu desrelationsavec eu, seraîent-Hft venus demander, plusieurs siècles avant Hérodote, à une petite peuplade de la Gaule Comment ils appelleraient FEurepe? Car, d'après te savant auteur que noua venons de citer, le mot Celte n'aurait en chez les Gaulois qu'Une acception bornée et locale ; et cependant M. Amédé Thierry avoue que les anciens plaçaient les Celtes partout: Aristote au-dessus de l'ibérie, PoJybe autour de Narboafte > Dtodoie au-dessus de Marseille, Dénia le Périégète au-delà des source» du Pô; et que celtique était synonyme d'occidental chez les Grecsc comme chez les Latins .
En effet , Tite-Live appelle aussi Celtique le pays des Gaulois. Mais était-ce V habitude chez les litees d'emptunter de» nenfe bar bares pour indiquer les contrées? Aucunement. On sait qu'H& avaient même l'habitude de changer les mots étrangers en de» mots» qui eussent une sâgnifieatio* grecque. C'est ainsi que presque toutes les villes de l'Egypte» finirent par avoir desnomsgreeà; que tenemd'lfyypte kû-méme
était grec, etqueLybie, Espérie, Hiperboréens, Scythes, Rome, NapUs, Carthage, avaient des étymologies prises dans cette langue. Le nom des prêtres celtes eux-mêmes, que Diodore appelle saronhdes, et qui sont appelés druides par les autres auteurs, pourraient trouver aussi bien une étymologie dans le drus et le saros, grec nom de l'arbre sacré qui leur servait de temple. Telle était du moins l'opinion de Pline et de Diodore. Les Grecs repoussaient comme barbares tous les mots étrangers , ils n'auraient doncpas pu appeler GalatoiouKeltoiles Celtes, si ce nom eût été étranger. Il était même breton, d'après M. Thierry, et il place le peuple qui l'aurait donné hors de la Bretagne, c'està-dire dans un pays qui, comme nous le verrons plus bas, ne parlait pas le breton.
M. Thierry ne dit pas seulement que le mot Celte n'avait qu'une acception bornée et locale, il croit encore que c'est à tort, que ce mot est devenu chez les Grecs synonyme de Gaulois et d'occidental. Dire qu'il est devenu, c'est supposer qu'avant il était autre chose; mais y a-t-il quelqu'ajiteur, quelque tradition, quelque monument antérieur aux plus anciens écrivains grecs qui appellent autrement les peuples de l'Occident ; qui parle des Gaulois avant qu'il
fût parlé des Celtes? Peut-on supposer que des peuples grecs, qui voyaient l'Occident de trèsloin , eussent d'abord distingué et puis confondu la Celtique? Avant de dire Amérique du sud et du nord, n'avions-nous pas commencé par confondre le nouveau continent, avec les Indes? et ne nous a-t-il pas fallu du temps pour passer du nom de Y Amérique aux noms qui en distinguent les différentes contrées, tel? que Pérou, Mexique, Canada, Brésil, Chili, etc? ' Enfin, Diodore de Sicile lui-même, quand il fait des distinctions entre les Celtes çt les Gaulois, ne semble-t-il pas nous apprendre une chose qu'on ne savait encore que depuis peu, et qu'ignorait César lui-même, son contemporain (1)?
(1). M. Amédé Thierry pense encore que les Belges Armoriqoes était le même peuple que les Kymrî Bretons ; ils sont dn moins désignés (page 64 de Ylntrod.) comme ayant la même origine, et communiquant entr'eux à l'aide de la même langue.
l'ai examiné ce que le belge a de noms Kimres el je ne trouve point l'analogie qne suppose M. Thierry entre le flamand et le breton.
L'historien dont nous combattons les opinions croit aussi que les Kimris envahirent l'Angleterre avant les GaeU\ nous ne serons pas sur quoi il appuyé son-
les connaît en gros, et on désigne par un nom général tontes celles atec lesquelles on n'a pas. de rapports assez fréquents et assez totimes pour en percevoire totis les caractères, tontes les nuances distinctiveâ que très-souvent oft ne remarque que lorsque la nécessité nous potttte à cet exatttéb. Si nous voulons nous donner la peine de remonter aux jours de notre enfance, ou observer les enfants que nous avons sous les yeux, nous n'aurons pas de peine à saisir quelque preuve pratique de ce principe. Tel enfant donné à tous les arbres le nom de mortiers, parce que quand il demanda comment s'appelait le premier arbre qui frappa sa vue, on lui dit un mûrier. Tel autre appelle Jean tous les petits garçons de Tàge de son frère de lait qui se nomme Jean. Etant logé dans une maison de Lérida en Espagne , je remarquai qu'une petite qui n'avait pas encore un an, disait mam pour tout désigner : sa mère, la boisson, la bouillie, etc. Un jour, elle laissa tomber un de ses petits souliers, et voulant le faire remarquer à la bonne qui la tenait dans ses bras, elle dit encore : Mam, mam. C'était le seul mot qu'elle eût dans son dictionnaire. Il n'est peut-être pas hors de propos de dire un mot sur ce phénomène philologique et pbysio-
logique à la fois, qui consiste en ce que, dam 1e bfigage enfantifi , la mètt et ses seins sont désignés dans toutes les langues connues par une labiale ou une dentale prise sur les gencives, faute de dents.
Le premier lexique de l'homme, ses première* phrases , ne sont que des pleurs ; mais aussitôt qu'il peut imiter l'articulation d'un son, ce sûh est un homonyme, universel : J'ai faim, j'ai froid, j'ai chaud, changez-moi, bercez-moi, promenez-moi, amusez-moi; ce mot veut tout dire. Les lèvres et la langue étant les premiers éléments du mécanisme oral que l'allaitement met en action, ce premier mot ne peut être composé que de labiales ou de dentales , marna, tata> et c'est à tort qu'on a voulu inférer de cet effet physique l'identité des langues.
Oui, c'est par un tnot général que l'on désigne d'abord tout ce qui ne nous est pas encore assez familier pour que nous puissions en saisir les nuances.
Pendant plus d'un siècle, les Américains appelaient Espagnols tous les Européens ; et les indigènes de plusieurs points appellent èHcore poire > nom qu'ils donnaient à leurs missionnaires , to&s les étrangers. G'est par
ce mot qu'étaient salués le baron de Humboldt et son savant compagnon dans l'Amérique méridionale ; ainsi que la plupart des nègres appellentma«a, monsieur, le blanc qui les domine, quel que soit son pays ou sa condition.
Les insulaires et les habitants de presque tout l'orient et le midi de la Méditerranée et de la Mer-Noire appellent tous les Européens Franco* ; mot qui, dan» notre langue, aurait la même signification que Galates, si nous n'eussions égard qu'aux affinités linguistiques, mais qui en a sans doute une différente , quoique, comme nous le verrons, indirectement la même.
Les Hébreux appelaient Tarsis presque tous les ports de mer; Ciceron connaissait quarantetrois Hercule (1); nous connaissons presque autant de Jupiter. Les Pharaon, les Mithridates, les Brennus et plusieurs autres noms d'hommes et de nations, que nous avons crus individuels étaient des noms génériques. Dans les tableaux 2 et 3 des notes justificatives, on verraqu'aujourd'hui encore les noms de presque
(1) Alktidtiou Àîeide dénie éfidemment de alkè^ force (en grec), et alhieii, fort brare.
tous les animaux un peu connus, quand ce n'est pas des noms onomatopéens , se rapportent à un très-petit nombre de noms généraux dont la signification -primitive était vivant, animal, chair, vie, âme; que les noms jour et soleil sont synonymes en plus de quinze langues et que le même radical signifie tantôt le ciel et son élévation, tantôt la lumière et les nuages qu'il contient, et figurativement roi, seigneur, chef, illustre, mystérieux, prophète.
Ces tableaux, on pourrait les multiplier à l'infini, car plusieurs noms particuliers d'hommes et de nations n'ont eu d'abord que le nom général d'homme ou de peuple (1). Quand leur nom ne venait pas de leur habitation.
■ ...il ■ « i . . . »
(1) M. Bayer (Origines runes) dit qie Moscovite dérive d'un mot qui signifie homme. M. de Hamboldt, pariant d'an peuple de l'Amérique da sud, les Muyseas, dit que ce mot reot dire homme , mais que les naturels ne se le donnent qu'à eux-mêmes* Peut-être mas, masculus a-t-il une pareille origine. (Voir la note (1) du § 2 du chap. 17 de la 2 e partie.)
Guan en langue guanche, d'après Clavijo, veut aussi dire homme, et c'est le nom des indigènes des Canaries.
Juva en. sanscrit et Jua en breton -signifie garçon», le juwnis latin en dérive sans, doote.
Il en est de même pour les plantes et pour toutes choses. Rien ne pourrait le démontrer
Karl en danois signifie homme et jeune homme; girl en anglais jeune fi fie.
Mitdite* en arménien signifie aussi hommes, ainsi que:
faardois, ilinoti, guegxte*, dans les langues de ces •*. Indiens;
ScAgpsen albanais;
Alain en scythe d'alain, vivant ;
Muna en pér arien;
Pelé en loule ;
Naqui, nonéis, dans la langue des Chiquitos; tous ces derniers noms de peuple signifient homme.
Les Omaguat s'appellent tètes d'hommes, «ma, ava.
Les Toangouies s'appellent Aêvon, Boya, Druke, mots qui signifient pareillement hommes. H me permet» une petite digression sut ce jEvon ou Aevon. £anehoniaton nous parle d'une femme de ce nom. D'après quelques-uns, c'aurait été là première fannje; et d'après l'historien de Bérithe, ce serait le première personne qui aurait enseigné à ses enfants à se nourrir des fruits des arbres, l'Ere des traditions mosaiqaes; car celle-ei aussi détacha de l'arbre no fruit qu'elle donna à l'homme.
Le mot germain, g$r»mann ou gtradê-mann donnerait une idée de gens réunis.
plus clairement <fuè ta tangue de» Chinois ; ils ajoutent encore le nom de l'être primitif à tous
Bayer croit que Russ vient d'un mot slave qui signifie dispersé, disséminé , non réunis; russen, dans la langue prussienne et lithuanienne, dit-il, signifie encore dispersion; et Procope atteste que les Slaves furent Appelés Sporous, mot qui signifie disséminés, dispersés dans la langue de ces Grées qui freiîéni «aient ton» lés noms étrangers. ,
.Plusieurs peuples de F Amérique, comme les Jrttfton- Ribers de là baie d'HudSon, s'appellent aussi la Nation. On counalt la signification à 1 Adam, André", Alexandre, Charles, Lysandte , Anasandre, Norman, etc., en hébreux, grec , danois. et germain.
- tes exprésaiens go to town en anglais , ira la eorte en espagnol, peter e urbem en latin, sont des manières èe s'exprimer qui, ainsi quejle Mistra (capitale) des Grecs modernes, indiquent la facilité avec laquelle On est porté à individualiser les noms génériques, ce qui est confirmé paf les nombreuses appellations de Médina y Caire, Canada, Cartha, Velad, Dunum oa Town> Briya et Bourg, nom qui, en arabe, celtique, américain, phénicien, kurde, gaulois» oàntabre et teoton ne signifiait que ville Ou habitation.
Les noms de Enakim, Hannon y Mithridate* Bren, et lés noms de Nabo, Phal, Kan , que nous trouvons <foof des noms propres tels que tfabuehodonàèor, Barnabas, Nabonassar, Phalassar, Sardanapal, Ptoraon,
ceux de la même espèce qu'ils ont connus après 9 et ils nomment chien-renard, chien-loup, le re^ nard et le loup, arb e-palmi^r, arbre-bambou, etc. Cette méthode est restée d'une manière ou de l'autre à tous les peuples. Comme on le verra dans la note (1).
Seiubal, Annibal, Àsdrubal, Tgingiskan, ne signifiaient d'abord que des noms généraux; illustre chef, noble, roi, empereur. Quand à Bar, il signifie fUê, Bartolomê, le fils de Tolomé.
Karle en tudesqae, et Calmar en celte, signifient fort, ainsi que vtr\ est ?ena de virtus, et commander de man, le nom de l'homme dans les langues du nord .
(1) Pher et melon fin grec etpeeus en latin, n'ont d'abord signifié que l'animal en géoéral. Le mot lis signifie encore aujourd'hui toute sorte de fleurs en grec ; et gui qui est r*te en turc, n*est que fleur en afghan. Le mot pomme se prenait en grec et en latin pour toute espèce de fruits succulents , et noix ponr tout fruit sec à coque. Quant à la méthode chinoise, en voici les preuves :
Anglais : gilliflower, mayflawer, eunflower, etc. , le giroflée, le tournesol , le muguet; reiv-deer, roedeer, fallow-deer, la renne, le chevreuil, le daim.
Allemand : mohnblumen , rinçelblumen, sammtblumen, le pavot, le souci, l'œillet d'Inde; camelthier, panthertkier, elendthier , le chameau, la panthère» Pélam
Nous n'insisterons donc pas davantage sur ce grand principe qu'il ne faut pourtant jamais
Tare : Kestane-aghadji, limon-aghadji, thouroundjeagadji, gtU-agadji, châtaignier , limonier (arbre), oranger, rosier.
On sait que ftower en anglais et blumen en allemand signifient fleur, deer en anglais et thier en allemand, animal; et aghadji en turc signifie arbre; balyk yeat encore dire poisson en cette langie, et l'on dit os't*balyghi, at-balyghi, sardêla-balyghy, kêupek-balyghi pour le bœuf marin, le cheral marin, la sardioe et le requin.
Nos dictionnaires de médecine citent encore prés de trente substances dont les noms commencent par xylo ou xilon, bois. Xilobalsame, les branches de l'arbre à beaume de la Judée; xilopale, le silex résinite ou bois pétrifié ; œylon, le cotonnier d'Egypte; xylophyle , l'euphorbe ; et xylostrome , le champignon, qui est considéré encore aujourd'hui comme un yégétal.
A ces mots, on pourrait en ajouter encore d'autres comme le xylaloe , le xyhcoccum , YaxyUochum, le xylomasticon, etc. Enfin, l'Anglais dit encore breamstone, indianstoM, firestone, pour le soufre, l'aimant et la pierre à feu, ce que fait ainsi le français quand il dit : pierre-ponce, pierre a plâtre, pierre- meulière, etc.» bois de charpente, bois de lit, blé de Turquie» blé-sarrasin, etc., etc.
perdre de vue, et qui a servi aux Grecs pour nommer les différents peuples connus, ce que Strabon avait remarqué avant nous, quand il se livra à l'élude des historiens grecs (1).
LE MOT CELt E N'EST RAS TENU DU MOT ZELT.
Zelt veut dire tente en allemand. S'il est peu probable que les Grecs soient venus demander des étymologies aux Gaulois, il y a encore moins de raison pour croire que ce fût aux Germains, peuples qui, par leur position géographique ne pouvaient avoir aucune relation directe avec eux, et qui, comme les autres Celtes, vivaient trop loin de la Grèce pour qu'on
(1) De priscorum grœcorum sententia hoe êko quod notœ versus septentrionem gentes uno priue, nomine, omnes vd Schythœ (féroces) vel nomades, ut ab Hofnero appettabantur; acpoeteatempofiàm, cognîtis regionibus occiduis, Celttè, Ibèri, aut, miœte nomine, Celtiberi et CeUo seythœ, eum prhrs 6b ignorantionem singulœ gentes uno omnes nomine efficerentur (Stiubo, I. XI, p. 107.)
Les Hellènes aussi, ayant d'être aibdiriré* en- Doriens, Eoliens et Ioniens, ne s'appelaient qwe GraicL
pût les voir déployer et ramasser leurs tentes. Et dans le cas qu'il y eût eu an peuple qu'il eût fallu nommer d'après une pareille étymologie, il nous semble que c'eût été les Arabes ou les Scythes, plutôt que les Celtes. Mais sous ayons déjà dit que les Grecs n'empruntaient de noms à personne, et les Scythes comme les Thraces, les Egyptiens comme les Celtes, tous reçurent des noms dont on trouve la signification dans la langue d'Hérodote.
Ainsi donc, lors même que les Celtes auraient eu des tentes lorsque les Grecs les nommèrent, lors même qu'ils les auraient vu de près en faire usage, et qu'ils auraient voulu les nommer d'après ces habitations passagères, ce qui fait' déjà trois suppositions également hasardées, ce n'est pas dans la langue des Allemands , mais dans leur propre langue qu'ils auraient eherché un mot pour les désigner.
Des peuples placés à une grande distance (pour les temps antérieurs à Hérodote) étant à nommer, et la diversité de leur langue* de leur religion et de leurs mœurs exigeant un nom qui désignât un caractère plus général, quel devait être ce nom (1) ? Il j avait chez tous les peuples
fl) Tacite nous apprend que le eulte d'Isis avait été apporté jusque chez les Suèves.
celtes un caractère commun, saillant, facile à saisir, et dont le nom a été employé presque partout et pour tout dans des circonstances analogues, comme nous allons bientôt le voir. Les Chinois appellent Hong-tchai (payç des rouges) T Allemagne et l'Angleterre, comme si c'était une seule et même nation , et He ou
M.Barrel a prouvé que celai du Toth égyptien «Tait été introduit chez les Celtes. Les prêtres de Erta on Cybèle avaient été partout. Pline est convaincu que la superstition avait fait le tour du monde. « Chaqoe peuple, dit Frédéric II dans son Mém. à l'Acad. de Berlin, Sur la Superstition, avait la sienne. » Il n'y avait pas de contrée qui n'eût son dieu particulier , et sa manière à lui d'exprimer ses désirs on ses craintes, de remercier ou maudire ses bons et ses mauvais génies* Aussi, le dieu Okka des Lapons n'était pas VOdin des Scandinaves , ni VOdin Vlrminsul des Saxons; les Germains avaient leur Trigla et leur Magda; et les Slaves leur dieu blanc et leur dieu noir. Les noms des jours de la semaine des Scandinaves : son, man, tis, ont, thors, fré, leur; ceux des Slaves : niedziala, penedziatek, vitorek, sroda, czwartek, piatek, ceux des Basques des Bretons, et les nôtres sont une preuve de la multitude de ces chimères auxquelles on a sacriGé et Ton sacrifie peut-être encore des réalités, l'humanité, son bonheur ou son repos.
bien Nang les Taiars Sifans, selon la couleur noire ou jaune de leurs tentes. Les Tatars euxmêmes appellent Karagonses (noirs) les sauvages du Krasnoyark.
Le mot dont se servent les Perses pour appeler les Indous signifie noir (t), et à cause de la couleur de leur turban, ijs sont appelés Kizilbasch (tête rouge) parles Turcs.
Les Chinois eux-mêmes s'appellent le peuple de la tête noire, d'après la traduction du père Amiot, . et peuple aux cheveux noirs, d'après celle de M. Stanislas Julien. Dans la belle Histoire antédiluvienne de M. de Fortia, on peut voir les deux traductions de ce passage dans les éloges que fait le ckou-king de l'empereur Yao. Ce savant académicien est aussi de l'avis d'Isidore de Séville quant au nom des Phéniciens, mot qui désigne encore aujourd'hui, en grec et en latin, rouge : la couleur de la datte mûre, fruit du phœuix: le palmier.
Goldsmith croit, comme les auteurs latins, qu'on appelait Brits ou Bretons les habitants
(1) Eusèbe dit des Ethiopiens : « Âb Indo flumine consurg$ntes juxta Egyptum consederunt. El George le Symelle en dît autant.
de l'Albion, à cause de la coutume qu'ils avaient de se peindre le corps en bleu.
Les habitants des Philippines appellent noire la partie de l'île de Capoul qui est habitée par une population nègre, et ceux de celle de Luzon nomment viaintim (noir) le dialecte des habitants qui vivent dans les monts.
Les Slaves s'appellent presque tous Tcherei ou bièloi (nègres ou blancs), selon qu'ils sont libres ou esclaves; les Croates et les Huns en font de même. Les Picards eux-mêmes appellent boiatix ronges les Artésiens ; et les Latins se servaient comme les Grecs de noips qui semblent Ravoir en vue que le caractère des couleurs.
Telssont ceux de Rhodes, Ârgos, Alba, Picti, .etc.
Nous allons mettre en ordre les preuves tirées des faits qui établissent que partout et en tout temps les couleurs furent employées pour désigner toute sorte de choses et de personnes.
En religion» Les Slaves avaient le Balibog et le Tohernobog ou le dieu blanc et noir.
La Madona d'Urupa en Piémont, Notre- Dame du Puy en France, la Virgen del Monserrate en Espagne, sont noires. Ces effigies, qu'on a introduites en Europe du temps des Croisades, sont évidemment des his avec leur petit Hurus dans les bras, que l'ignorance
du moyen-âge a posées sur les autels chrétiens. L'Asie et l'Amérique associaient des idéessuperstitieuses à la couleur de certaines pierres. Là Pierre-Dieu des Mexicains était blanche.
On a aussi à Caldas de Catalogne une effigie noire qu'on appelle la Magestad, et dont on célèbre la fête une fois tous les ans. C'est une statue d'homme; une longue robe, parsemée défigures, couvre son corps ceint d'une espèce d'écharpe, et une couronne est sur sa tête.
Cette effigie est clouée sur une croix comme le Christ, et l'on prétend que ce sont les Bohémiens qui là portèrent à Caldas.
Les moines et les confréries prenaient souvent le nom de la couleur de leurs habits; et aujourd'hui encore il y a une émulation qui est plus que de la dévotion entre le Christ blanc et le Christ noir que l'on porte en procession dans la semaine Sainte à Gènes et ailleurs. Ces Christs pèsent des centaines de livres, et l'habileté du Christophe est de monter l'escalier des églisesque la confrérie visite, en tenant la croix en parfait équilibre sur le baudrier qui la supporte , sans y employer les mains.
l'Homme et le* hommes. Les peuples de l'Asie intérieure appellent Khan blanc l'empereur de Russie. Vimperaior dé bianchi était
l'empereur d'Autriche en Italie du temps de Napoléon, et la chronique de Nestor, d'après Klaproth, appelle Hongrois blancs les Khazars. Colorado s , Calzas blancas, Pielrs rojas, sont les noms que les Espagnols donnaient à différentes espèces d'Indiens; Constance-Chlore, Barbe-Bousse, Barbe-Bleue, Dent-Bleue, Quil— laume-le-Boux, Alhamar, Pépin et Louis-le-Noir, ainsi que les noms Le-Brun, Le-Boux, Rossi, Rosselli, Bossettï, Rossini, Negri, Blanchi, Schwartz, Whxte, Bolhman, Green, Las-Ama— villas, Florida~B lança, Xantipe, Galatée, Rose, Candido, bas-bleu, blanc-bec, read-coats, Black" guard, Chapel—gorri, Chape l-churri, sont autant de noms tirés des couleurs qu'on a employées en tout sens pour, désigner l'homme et les hommes.
En politique. Passerons-nous à la politique? Parlerons-nous des rôles qu'ont joué les roses et les lis en Europe et en Chine? On sait que le bonnet roux fut donné aux cardinaux dans le concile de Lyon, en signe de guerre contre Frédéric II , déclaré déchu par Innocent IV.
Quand les consuls romains prononçaient, par la voix de leurs tribuns, la formule qui appelait aux armes tous les citoyens ; deux pavillons