CHAPITRE IV
lion spéciale sur leprâkrit; mais démontrer son rapport avec le pâli , el d’indiquer la place qu’il occupe dans l’échelle des dialectes dérivés du samskrit. Le pràkrit fera d'ailleurs l’objet d’un mémoire spécial, que l’qn des auteurs de cet Essai , doit , ainsi que nous l’avons dit plus haut, publier prochainement d’après la précieuse grammaire de V araroutchi et divers autres traités originaux. Les détails dans lesquels nous sommes entrés suffisent pour démontrer les assertions que nous avons avancées au commencement de ce paragraphe, et que nous devons reproduire d’une manière plus générale et plus précise dans notre conclusion.
Arrivés au terme de ces recherches qu’il n’a pas dépendu de nous de rendre plus complètes, qu’il nous soit permis de résumer en peu de mots les inductions que nous nous croyons en droit d’en tirer.
i° Trois alphabets palis, ou de la langue sacrée de Ceylan et de la presqu’île au-delà du Gange, ont été déchiffrés et publiés d’une manière assez complète pour qu’il soit désormais possible de lire les manuscrits palis de Siam et de l’empire barman.
2° Ces trois alphabets ont été comparés avec huit autres alphabets de l’Inde, du Tibet, de Java et de Ceylan: cette comparaison, en montrant leur analogie, amené h cette conclusion que les caractères palis dérivent d’un ancien alphabet bouddhique formé sur le modèle du dévanagari, et qui, en passant dans les îles et dans l’Inde ultérieure, a pris les formes du pâli actuel.
( 1 ) Ce morceau a été inséré dans le rapport fait par M. Abel-Rémusat , au conseil de la Société Asiatique (Voy. Journ. Asiat., 4* mc cahier, p 3G6). Depuis cette époque, nous avons fait subir quelques modifications à 1a partie historique de cet ouvrage , et nous avons pu donner un plus haut degré de certitude à certains faits pour lesquels nous n'avions à offrir que des hypothèses. 11 en résulte que le résumé de notre travail , tel qu'il est présente ici est le seul que nous puissions avouer.
3° Pour tracer sa route à travers ces vastes contrées, il a fallu y suivre la marche du bouddhisme. 11 est résulté de ces recherches que dès le quatrième siècle avant notre ère, le culte de Bouddha était passé à Ceylan, au tems du célèbre patriarche Bodhisatva; qu’à cette époque les livres bouddhiques avaient subi une rédaction ou une révision nouvelle; que plus tard, au commencement du cinquième siècle de notre ère , la langue pâlie était passée à Ceylan , quand la persécution des brahmanes contre les bouddhistes devenait de plus en plus violente; qu’une vaste émigration avait alors porté de nouveau le culte proscrit à Ceylan, et quelques années auparavant dans la presqu’île au-delà du Gange ; qu’enfm tous ces événemens coïncidaient presqu’exactement avec le règne du dernier patriarche bouddhiste établi dans l’Inde. A cette occasion, la chronologie cingalaise a été examinée, et les dates de ces divers événemens ont été fixées avec autant de certitude qu’il a été possible.
4° Un Essai de grammaire pâlie comparée avec le samskrit, a fait connaître le caractère de cette langue. Il en est résulté qu’elle était presque identique à l’idiome sacré des brahmanes, parce qu’elle en dérivait immédiatement; que les modifications qu’elle faisait subir à la langue-mère étaient de même nature que celles qu’on remarque dans les dialectes dérivés des anciens idiomes de l’Europe; qu’enfin c’était une langue morte, et que son passage dans une terre étrangère l’avait fixée à l'état où nous la voyons maintenant.
5° En recherchant chez quels peuples elle était cul-
tivée, on a trouvé quelle était la langue des bouddhistes de Ceylan et de la presqu’île au-delà du Gange. On s’est demandé si elle ne serait pas celle des bouddhistes du Tibet; la question résolue négativement a mené à cette conclusion, que les sectateurs de Bouddha au nord employaient le samskrit et ceux du midi le pâli.
6° Ce fait s’est expliqué par l’antériorité de la migration qui a porté le bouddhisme au Tibet , sur celle qui l’a répandu dans le sud; d’où il est résulté qu’il fallait que le pâli se fut formé dans l’Inde depuis le départ des bouddhistes au nord.
7 * Cette conclusion, appuyée sur le fait historique du passage du pâli à Ceylan au cinquième siècle de notre ère, s’est trouvée vérifiée par l’état de la langue. Il en est résulté que le pâli ne pouvait pas, comme le kavi ou la langue sacrée de Java, s’étre formé sur une terre étrangère , mais qu’il avait dû y être transporté tel que nous le conuaissons, tellement identique chez les diverses nations qui l’ont adopté, qu’il n’a pas de dialectes.
8° L’origine indienne du pâli une fois trouvée , il fallu a chercher dans l’Inde des traces de son séjour. On s’est demandé si le nom de magnda qu’il porte dans la presqu’île au-delà du Gange, pouvait autoriser à le regarder comme le dialecte moderne mdgadhi ou de la province de Béhar, patrie de Bouddha. Une comparaison succincte de ce dialecte avec le pâli a prouvé qu’ils différaient en des points fondamentaux, et que toutes les fois que le pâli s’éloignait du mâgadhi, il se
rapprochait du pràkrit ou de la langue sacre'e des Djainas;
9 0 Conséquemment le pâli a été comparé au pràkrit, et il en est résulté que ces deux dialectes sont presqu’identiques, mais que, de même que le pâli est dérivé du samskrit, de même le pràkrit paraît dérivé du pâli; et ainsi l’antériorité du pâli des bouddhistes sur le pràkrit des Djainas a été prouvée..
io° Enfin, on a rejeté dans un appendice la notice succincte des manuscrits palis de la bibliothèque du roi. Cet appendice contient, outre desdétails sur des livres d’un grand intérêt, des preuves nombreuses de quelques-unes des propositions avancées dans cet Essai , notamment de l’analogie et tout ensemble de la différence du pâli et du samskrit, et conséquemment de la langue du bouddhisme du sud, et de celle du bouddhisme du nord. •
APPENDICE
APPENDICE