LA NOTICE DES MANUSCRITS PALIS DE LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI
Fac simile du Horomat et Notice du manuscrit. •
( Planche III ).
Le fac simile que nous donnons dans notre planche III, est emprunté à un fort beau manuscrit venu de Siam , sous les n°* Siam 2 et seqq. , et contenu en sept boîtes.
. Chacun de ces volumes est écrit sur des olles , serrées entre deux planchettes, très-proprement peintes suivant la méthode usitée généralement dans l’Inde ultérieure. Cet ouvrage , envoyé par les missionnaires français résidant àSiain, à une époque que nous ne connaissons pas, porte pour litre, Théologie et philosophie des Siamois > appelée Boromat , en bali. Ce titre que confirme , comme nous allons le faire voir, le contenu de l’ouvrage, est fait pour inspirer un vif intérêt; et c’est ici le lieu de regretter que les secours qui peuvent servir
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à l’intelligence du pâli soient encore en si petit nombre. Notre Essai a bien prouvé que la connaissance du samskrit et du pràkrit, était indispensable, et que meme on pouvait, à l’aide de ces deux langues, faire quelques progrès en pâli ; mais cela ne va pas jusqu’à donner le le sens complet des livres, dont le sujet est aussi abstrait qu’un traité de métaphysique. 11 faudrait presque un dictionnaire spécial pour ces matières ; loin de là, on ne possède pas même un vocabulaire des mots les plus usuels.
Cependant la lecture que nous avons faite de cet ouvrage n’a pas été pour nous sans résultats. Nous allons les donner ici avec celte juste défiance de nos assertions , que dans une e'tüde aussi nouvelle nous ne devons jamais oublier. Le manuscrit, quoiqu’écrit avec un grand soin , comme on peut le voir d’après la première page que notre fac simile reproduit , n’est pas correct. Le retour des memes phrases et de formules semblables , nous a fait voir les memes mots écrits diversement sans aucune raison apparente : quelquefois des syllabes sont oubliées on déplacées ; mais il faut dire en meme tems que la nature et la disposition de cet ouvrage permettent assez facilement de rectifier ces erreurs.
Le titre de l’ouvrage qu’il faut , dans les livres palis comme dans ceux de l’Inde , chercher à la fin du manuscrit, est Brah yamaka pakaranam nitthitam, c’est-àdire, le livre des principes religieux. Wilsou donne yamaka, d’après Hematchandra , avec le sens de religions observance. Quant au titre de Boromatj donné' à cet ouvrage par les missionnaires, nous ne l’avons pas trouvé dans l’ouvrage , et il y a lieu de croire que c’est la tra-
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duction ou la transcription populaire de Bmhjamaka altéré suivant la prononciation monosyllabique des Siamois. Ceci, cependant, n’est qu’une conjecture que nous ne pouvons vérifier.
L’ouvrage s’ouvre par une table de matières fort longue, dont nous donnons le commencement dans notre planche ni. En voici la transcription en lettres européennes , et la traduction en samskrit et latin.
Pâli.
kffusalà dhammd.
akousalù dhammd.
abbâkaiâ dhammd.
soukhdya vcdanàya sampayoulld dhammd.
duukkhdya vcdanàya sampayoulld dhammd.
admtkkhamam soukhdya vcdanàya sampayoutld dhammd.
Samskrit.
jwr £RT: 1 îïfTOTepfr: 1
mv i
psTTOT TO: 1
^TM|:^?TIT spfn II
Latin.
Iionæ qualitates. Malæ qualitates. Nec bonæ net malæ
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qualiulfs. Farili perception! inservientes qualilalcs. Dif- (icili perception! inservientes qualitales. Ncc facili nec (TiTlicilî perception! inservientes qualitatcs.
Dans le texte pâli, on lit, 6 e ligne, adoukkhani am~ soukhdyd , par l’addition fautive, mais facile à expliquer, d’un anousvdra. Cette phrase se trouve rectifiée par un autre texte pâli extrait d’un manuscrit contenant le commencement d’un commentaire sur les noms de Bouddha, et dont nous donnerons plus bas une notice. On lit, fol. i , v° : adoukkhani asoukhdya vedandya sampayouttadhanime sammdsdmbouddho. Ceci doit être entendu comme une épithète de Bouddha, ou plutôt comme un commentaire à cette e'pithètede Samyaksambouddhah , que donne le Vocabulaire pentaglotte, liv. I, c. i. Cette phrase peut se traduire : omnino intelligens qualitatem nec facili nec difficili perce ptioni insewientem.
On peut juger, par ce fragment, de la nature des sujets qui sont traités dans ce livre; et l’on doit pressentir de quelle importance il serait pour la connaissance de la morale et de la métaphysique du bouddhisme, d’en posséder une traduction. Ce qu’il y a de très-remarquable, c’est que les matières qui y sont traitées correspondent très-exactement avec un autre ouvrage aussi curieux et mieux connu , le J'ocabulaire pentaglotte. Ce rapproment n’est pas fait, ce nous semble, pour diminuer l’importance de ce précieux recueil rii de notre Boromat. On les voit s’éclaircir et s’expliquer mutuellement, ou plutôt le vocabulaire dont on a divers moyens de déterminer le sens , sert de commentaire à notre texte. En effet, il contient le samskrit, que le pâli du Boromat al-
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tère souvent d’une manière remarquable. En voici quelques exemples. Le vocabulaire pcntaglotte, liv. I, c.afi, sous le titre : Les cinq fondemens ou nicines, donne les mots suivans :
shraddhcndriyam.
vîryendriyam.
smrillndriyum.
samddhindriytim .
prtuljilendriyam.
Chacun de ces mots se trouve répète avec des définitions ou explications, fol. 10, lit i, de notre manbscrit. Les explications ne sont malheureusement pas assez claires pour que nous puissions les donner ; mais voici les mots eux-mêmes tels qu'ils sont altères en pâli.
saddindriyam : l’organe de la foi.
viriyindn'ya/n : l’organe de la vigueur.
satindriyam : l’organe du souvenir.
samitdh/ndriyam : l’organe de la méditation.
pannendriyam : l’organe de la prescience.
De même liv. i, c. 29, le vocabulaire donne sous ce titre: Les cinq forces } les mots suivans, que l’on retrouve dans le Boromat, t. 1, p. 10 :
Vocabulaire samskril.
shraddhâbalam.
viryabalani.
smritibalam.
samddhibalam.
pradjnâbalam .
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igS
Doromal Pâli. ,
suddAbalam : la force de la foi.
viriyabulam : la force de la vigueur.
satibahim : la force du souvenir.
.■•umàdhibahim : la force de la méditation.
pannàhaltun : la force de la prescience.
Ajoutons encore un exemple: car ces rapprochemens, quoiqu’arides , ont un côté intéressant; ils montrent combien les livres bouddhiques, difFérens de tems, de lieux, de langages, s’accordent cependant entre eux, et ils laissent entrevoir quelles vives lumières jeterait sur le bouddhisme la comparaison attentive de chacun d’eux. Le Vocabulaire pentaglotte donne, 1 . 1 , c. 3 i , sous ce titre : Les huit voies de rectitude, les mots suivans :
sumyakspmdrichti/i.
samyaksatnkatpu/i.
samyngvAk.
sumyakknrmAntah.
samyakdjtçah.
samyagvyilydmah .
samyaksmritih.
■ samyaksamddhih.
Le Boromat donne de même au fol. 1 3 :
sammùditthi , la vue droite ou bien réglée.
sammdsaagkappo , la volonté droite.
sainmdvâydmo , l'application droite.
sam'mâsati , la mémoire droite.
sammdsumddhi , la méditation droite*
L’énumération du Boromat est, comme on voit, moins
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complète que cejle du vocabulaire. Au folio 8 , on trouve encore samato hoti et vipassano hoti , parmi les inclinations vertueuses ( kousald dhammâ ). Ces deux mots sont donnés par le vocabulaire, 1. 1, c. 32 , sous ce titre : les deux points fixes de la contemplation, shamathah, la tranquillité, et vipashjanah, la faculté de voir nettement, ou délaisser passer les choses autour de soi sans les regarder.
Le livre premier, d’où nous avons tiré tous ces passages, se termine par ces mots vraiment bouddhiques :
Nibbânam paramum soukham
L’annihilation ( nirvana ) est le suprême bonheur.
Le livre second commence par une table qui contient la division des matières , la voici :
pantcha kkhandhd, cinq chapitres ou livres.
rouppakkhandho , chapitra de la forme.
vedanàkkhanddho , de la perception.
sannâkkhando , de la conscience.
samkhârakkhando , de la compréhension.
vinndnakkhanda , de la connaissance parfaite.
Ces titres se retrouvent exactement dans le même ordre au liv. 1, c. 83 , du vocabulaire pentaglotte, les voici en samskrit :
roûpaskandhah.
vrdanâskandhah.
sadjnâskandhah.
samskâraskandhah.
vid/nâniukhandhah.
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Dans le Boromat, chacun de ces titres est répété et traité sons la forme interrogative qui règne dans tout l’ouvrage.
Les livres 3, 4 , 5, 6 , 7 , contenant ensemble 44 feuilles, traitent, à ce qu’il semble, des mêmes sujets philosophiques. Le septième finit par ces mots : Brah yamakapakaranam nitthitam , dont nous avons donné la traduction plus haut. Brah , est suivant La Loubère , un terme d’honneur et de respect , que les Siamois placent devant le nom de Bouddha , et qu’ils emploient en général toutes les fois que le sujet est religieux. Il vient évidemment du samskrit pra , qui indique la priorité.
Avant de quitter ce manuscrit, nous devons indiquer, qu’outre les rapports qu’on remarque entre le texte qu’il contient, et le Vocabulaire pentaglotte, on en doit noter d’autres non moins intéressans, avec un manuscrit malheureusement trop court, sur papier noirci, dont nous traiterons tout-k-l’heure. Nous voulons parler du curieux commentaire sur les noms de Bouddha.