CHAPITRE II
vons nous autoriser du témoignage de Leyden, qui assure que l’ordre des lettres en pâli est tout-à-fait semblable h celui de l'alphabet dévanagari , témoignage que confirme pleinement la disposition des alphabets modernes dérives du pâli, tel que le barman, etc. Mais la ressemblance ne s’arrête pas là, Quoique, comparées au dévanagari ancien ou moderne, les lettres pâlies en paraissent totalement différentes, et que la connaissance des unes ne soit d’aucune utilité pour acquérir celle des autres, il n’en est pas moins vrai de dire qu’elles viennent des lettres dévanagaries, et que quelques-unes ont conservé avec une assez grande fidélité la forme primitive qu’elles tiennent de leur origine. Nous consacrerons ce paragraphe à la preuve de cette assertion. Mais , comme dans des recherches de ce genre, on ne peut rien prouver sans parler aux yeux , nous avons dressé un tableau comparatif de onze alphabets , où nous avons fait entrer la presque totalité des lettres qu’ils renferment. Les personnes accoutumées à ces sortes de recherches seront sans doute frappées de l’analogie étonnante qu'ils présentent tous, et de la facilité avec laquelle on peut les ramener les uns par les autres, à leur forme première, le dévanagari ancien. 11 en est même pour lesquelles notre assertion, avec les preuves qui l’appuient, ne sera pas nouvelle. Nous croirions cependant ne pas avoir satisfait à tout ce qu’elles ont droit d’attendre, si nous ne donnions quelques éclaircissemens sur la manière dont nous désirons que notre tableau soit compris, et sur les inductions qu’on doit en tirer.
Le tableau (pl. V) a un double but : 1 " rechercher si
dans l'alphabet dévanagari et dans ceux qui en dérivent, ou ne retrouve pas les lettres de nos alphabets palis ; i° comparer ensemble ces trois alphabets eux-mêmes, pour montrer leur identité, malgré la diversité de leur triple forme. Ce but n’est que secondaire, car l’analogie est à notre avis si frappante , qu’elle ressort de l’examen successif qu’on a dû faire de nos planches II , III et IV. Mais le premier a une tout autre importance , et c’est à celui-là seulement que nous nous attachons.
Four comparer le pâli avec le dévanagari , nous avons dù suivre ce dernier caractère dans ses diverses modifitions, depuis les monumens authentiques les plus anciens jusqu’aux alphabets les plus cursifs, et qui par conséquent semblent dater d’une époque récente. Ce n’est pas que nous préjugions rien sur la plus ou moins haute antiquité de ces alphabets que nous qualifions de modernes. La paléographie indienne est trop peu avancée pour qu’on puisse émettre une opinion quelconque sur de telles matières ; seulement nous avons fait entrer dans notre tableau des alphabets qui , très-éloignés , au premier coup d’œil , du dévanagari, paraissent cependant en dériver , quand on marque soigneusement tous les degrés par lesquels la forme primitive a passé en s’altérant. Notre tableau se divise donc naturellement en deux parties : d'abord je dévanagari , avec les alphabets qui en sont immédiatement dérivés; savoir, le tibétain, nommé dvoudjan , le tibétain kchab (i), et le kavi, ou plutôt
(i) Nous devons U véritable orthographe de ce mot à M. Klaproth , qui a bien voulu nous avertir que choub (qui se trouve dans notre planche,