CHAPITRE II
lettre ; et, quand on pense que Yd (long) se représente de même avec une simple ligne droite ajoutée après la lettre, on a peine à ne pas y voir le signe primitif de IV* (bref), qui accompagne, comme on sait, la prononciation de chaque consonne ; le doublement de cette ligne se trouverait ainsi représenter d’une manière naturelle l’allongement de la voyelle. Quoi qu’il en soit de cette hypothèse (à laquelle on pourrait objecter que toutes les lettres ne portent pas la perpendiculaire), l’existence de celte ligne ne doit pas plus faire illusion sur la vraie nature du caractère que celle de l’horizontale. Que l’on compare, par exemple, le ta, le pa et le bha dévanagaris avec chacune des dix formes de notre planche , on reconnaîtra qu’elles sont identiques, mais cette identité paraîtra bien mieux, si on ne prend pour terme de comparaison que le corps de la lettre.
Passons maintenant aux deux alphabets tibétains, lis sont empruntés aux planches de Recherches sur les Langues tartares, de M. Abel-Rémusat. Ce qui les rend fort intéressans, c’est qu’ils ont été formés sur le dévanagari à une époque dont la date paraît assez certaine. Le dvoudjan est placé le premier, parce que, seul de tous les alphabets dérivés du samskrit, il reproduit si fidèlement les formes primitives , qu’on peut , avec son secours, comme l’a déjà fait remarquer M. Rémusat, lire presque complètement les inscriptions samskrites d’une date assez éloignée ( i). Le kchab, dont l’invention est attribuée au
(i) M. Abel-Rtmuial , Rnherchts turks Languis tartares , ». I, p XJ i.
grand lama Pa-sse-pa vers l'an 1 25g de notre ère , offre cela de remarquable qu’il paraît être le résultat d’un travail qui aurait eu pour but de systématiser, soit le dvoudjan , soit même le samskrit (i). Nous ne parlons pas ici de sa ressemblance frappante avec le pali-barman ; elle donne lieu à un problème dont il est assez difficile de trouver la solution : seulement nous résumerons plus bas toutes les hypothèses par lesquelles on pourrait l’expliquer. Vient ensuite un alphabet kavi , composé de Y akchara-bouddha , transporté sans doute à Java avec le bouddhisme, et de quelques lettres de divers alphabets javanais. Nous n’avons pas voulu donner toutes les formes, pour ne rien introduire dans notre planche qui fut trop moderne; elles ne font que répéter pour la plupart 1 ' akchara - bouildha , caractère véritablement ancien. Les autres alphabets de notre planche , le grantham , le télinga et le cingalais, auraient une plus grande importance, si on pouvait constater historiquement la date de leur origine. Cependant, comme ils ont un certain nombre de lettres semblables à quelques signes de nos alphabets palis , ils peuvent servir à en éclairer la formation. Dans la colonne du grantham, (et par là nous entendons le caractère dont on se sert sur la côte de Malabar pour écrire le samskrit), nous avons fait entrer quelques formes du tamoul proprement dit. Quant au cingalais , nous n’avons pour garans de l'exactitude de ses formes que Th. Hyde et Reland (a). Les alphabets
(i) Abel-Rem usât, ibid. , p. 346.
(a) Th. Hyde Sjrrt/ag. diss. in fin. Reland. Diss. lUiscrll, P. tu , p. Sa.