‹ Essai sur le PaliChapitre 26 sur 108 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

nombreuses analogies. Quant aux consonnes, la ressemblance est assez évidente pour qu’il ne soit pas besoin d’avoir recours à de pareilles explications.

Nous croyons donc pouvoir établir comme un fait désormais hors de doute que le pâli se rattache d'une part aux alphabets vulgaires de l’Inde , et d’autre part au kavi et au tibétain, c’est-à-dire au samskrit; mais ce fait est stérile si on ne l’explique pas, et comment l’expliquer d’une manière satisfaisante avec le petit nombre de docu* mens historiques que nous possédons? Car ici ce n’est pas tant une question de paléographie qu’un problème d’histoire. 11 ne s’agit pas de rechercher laborieusement les traces fugitives de la forme d’une lettre dans une autre qui ne lui ressemble nullement, travail dont le moindre défaut est d’être souvent systématique et presque toujours infructueux. La question de l’origine des alphabets palis se rattache à celle de l’extension et de la propagation du bouddhisme dans les îles et dans l’Iude ultérieure. Qu’elle ait été jusqu’ici peu éclaircie, c’est ce dont on doit peu s’étonner, puisque, d’une part, les brahmanes ont chassé complètement les bouddhistes de l’Inde , et que, de l’autre, on n’a pas encore lu les ouvrages barmans ou siamois qui doivent contenir les détails de l’établissement du culte de Bouddha dans la presqu’île au-delà du Gange. Ce qui complique encore la question , relativement aux alphabets , c’est la ressemblance du pâli avec le tibétain kchab. Celte ressemblance a sa.raison : le tibétain, dérivé du dévanagari, doit se rapprocher du pâli qui en est dérivé de même. Mais on peut croire que le pâli ne se rattache au dévanagari que parce

qu’il est identique mkchab , c’est-à-dire à un alphabet dont les formes roules et systématiquement modifiées s’éloignent déjà de leur origine. En est-ce assez pour faire admettre que le tibétain a eu sur la formation du pâli une influence quelconque? Avant de tenter la solution de ce problème difficile, nous devons exposer le peu de faits que nous connaissons sur le passage du bouddhisme dans l’Inde ultérieure. En bonne critique, les faits les moins importans doivent avoir la priorité sur les hypothèses même les plus plausibles.

Les monumens historiques jusqu’ici connus ne paraissent pas faire remonter très-haut l’établissement du bouddhisme à Ceylan, et surtout dans la presqu’île au-delà du Gange. C’est un fait sur lequel tous s’accordent, qu’il est assez moderne; mais l’obscurité et les contradictions commencent quand on veut s’expliquer cet établissement , et tracer sa route dans les vastes pays qu’il a dû parcourir. La position géographique de Ceylan, et, comme nous l'allons voir, des témoignages historiques dignes de foi , ne laissent aucun doute sur la manière dont cette île a reçu le bouddhisme. Ce culte y est passé immédiatement de diverses provinces de l’Inde; et, lorsque la persécution s’arma du glaive, l’émigration dut redoubler, et Ceylan offrir aux proscrits la retraite la plus sure comme la plus facile h atteindre. On connaît déjà le rôle glorieux que cette île joue dans le bouddhisme, après avoir occupé dans les fables des brahmanes une place si importante. Elle passe en effet pour être la terre où une seconde révélation a régénéré le culte de Bouddha , et les fidèles du nord ont conservé le souvenir de cet événement , dans un livre

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