CHAPITRE II
pas meme à lui attribuer les faits mémorables qui ont illustré le règne du premier. Au reste le retour des mêmes noms est daus l'histoire cingalaise , comme dans beaucoup d'autres, extrêmement fréquent , et il explique d'une manière satifaisanle l'erreur dés Hollandais.
Si nous cherchons maintenant à rattacher h l’histoire des contrées voisines cet événement remarquable de l’arrivée du bouddhisme à Ceylan, nous trouverons que dans l'Inde, de 676 à 332 avant notre ère, vivait Bodhisafra personnage célèbre , qui , outre le rôle mythologique qu’il joue parmi les divinités bouddhiques, paraît avoir opéré comme philosophe une révolution importante; au moins est-il naturel de penser que la place qu’il occupe après Bouddha et «à la tête des divinités du second ordre, est un souvenir et peut-être une récompense de l’influence qu’il exerça comme réformateur (1). Parmi les noms divers que lui donue le vocabulaire pentaglotte, il a celui de Mahâsatva , dont le paü a fait Maluisatta , et sous lequel il est particulièrement connu à Siam et dans les diverses contrées de la presqu'île ; les Chinois lui donnent celui de Ma min g. Aucun de ces uoms, si ce n’est peutêtre le dernier, ne ressemble à celui que les Cingalais donnent au fondateur de leur culte , Mihindou Koumâra , Mahindou Mahâ. Mais ces deux êtres pourraient n’être qu’un seul et même personnage , sans que pour cela leurs noms concordassent exactement. Celui de Bodkhatva, ve. rite de i intelligence , paraît un titre donné après coup,
(1) f ’njr. M, Abol-Rtiuujat , lUtl. asial., 1 . 1 , p. 1 a» , sipj.
SG
quand le personnage qui en est revêtu, fut arrivé au rang de Bouddha. La liste si précieuse des patriarches bouddhistes, extraite de l’Encyclopédie japonaise , ne nous donne pas celui sous lequel il était connu comme homme, et rien ne dit que ce ne pût être le nom cingalais Mahindou , en samskrit peut-être Mahendra. Le nom de liodhisatva est d’ailleurs loin d’être inconnu aux Cingalais et aux bouddhistes de la presqu’île. Sa renommée est si grande parmi eux , qu’elle paraît avoir effacé celle de Bouddha lui-même (i). Les circonstances de la vie du premier sont mêlées sans cesse aux détails de la vie du second. Par exemple, les Cingalais pensent que Gautama Bouddha mourut dans la quatre-vingt-cinquième année de son âge , après avoir été bouddha pendant quarantequatre ans. Or, d’après l’Encyclopédie japonaise. Bouddha mourut à soixante-dix-neuf ans , tandis que c’est Bodhisalva qui fut patriarche pendant les quarante quatre dernières années de sa vie. En outre, un événenement d’une haute importance, la composition ou plutôt la rédaction des livres bouddhiques, se trouve placé à quelques années près, à la même époque que celle de ce grand réformateur, presqu’au milieu du règne de Devenjr. Suivant Davis, il y a parmi les Cingalais deux opinions sur la date de cet événement ; les uns pensent qu’il eut lieu en 218 de Bouddha, c’est-à-dire trois cent v ingt-cinq ans avant J.-C. ; les autres en 4 «o , c’est-à-dire
(1) Ain»i duos plusieurs manuscrits palis de la bibliothèque du Roi, qui sont accompagnés d’un Commentaire siamois , le nom de Bodhisati'a est toujours expliqué par Brah Bouddha ichao , l’illustre seigneur Bouddha.