‹ Essai sur le PaliChapitre 39 sur 108 · CHAPITRE IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE IT

rivé le cingalais moderne, offriraient avec le kavi et le pâli des traits frappans de ressemblance. Mais tout moderne et tout cursif qu’il paraît être , le cingalais de llydc et de Reland est , au fond, identique an paii. D'ailleurs, nous pouvons nous servir, pour notre comparaison, d’un autre alphabet de l’Archipel indien. L 'akcharaboudtlha de Java apporté dans cette île, sans doute avec le bouddhisme, présente avec le pâli une telle analogie, qu’on peut croire qu’un alphabet dérivé immédiatement du dévanagari et dont le kavi parait avoir été une des premières formes , a jadis appartenu en commun aux diverses branches de l'émigration bouddhique. D’abord, le kavi ne reconnaît, comme le pâli, qu’une seule sifflante, au lieu de trois qui sont admises dans le dévanagari. Ensuite, qu’on jette les yeux sur notre tableau, et on verra, qu’entre le pâli n° 1 , ou des Barmans, et le kavi, il y a presque identité. La seule diflérence, c’est que Yakcham-bouddha très-rapproché du dévanagari , n’a pas été long-leras en usage, et a donné de bonne heure naissance au kavi proprement dit, et au javanais moderne. Il a donc conservé des formes roides et moins élégantes, tandis que le pâli barman a dû sa régularité à la culture qu’il a reçue dans la presqu’île. On serait même tenté de croire que l'an est plus ancien que l'autre, et que le kavi a dù précéder à Java l’introduction du pâli dans l'Inde ultérieure. Quoi qu’il en soit, le rapport de l’alphabet pali-barman et siamois, avec le kavi et le cingalais, même tel que nous l’avons, mène à cette conclusion, qu’un ancien alphabet immédiatement dérivé du dévanagari, a dù être porté à Ceylan et à Java, et de-là,

passant au Pégu et à Siam, y prendre la forme du pâli du Kammoiwa , et du pâli du Bommat , et donner naissance au barman et au siamois modernes.

Mais ce n’est pas tout; il faut en même tems rendre raison de la ressemblance du pâli avec le tibe'tain, et surtout le kcliab. Ici la question devient plus diflicile ; les faits sont peu nombreux , et les hypothèses se présentent en foule. Déjà, dans un temps où le pâli était à peine connu , l’analogie du tibétain avec les alphabets d’Ava , de Siam et de Java , avait frappé le célèbre auteur des Recherches sur les Langues lartares;cl, déterminant aussitôt les limites de la question , il avait posé les trois seules solutions qu’on peut en donner. « Ou les alphabets du Tibet, de l’Inde ultérieure et de la presqu’île, sont dérivés d’une source commune qui doit avoir été une variété du dévanagari , ou le tibétain a donné naissance à ceux qui se sont répandus au midi , ou enfin le tibétain a été formé sur quelqu’un de ceux de l’Inde ultérieure. » Nous devons le reconnaître, il n’est pas une quatrième manière de résoudre le problème, et, de plus, M. Abel-Rémusat s’est décidé pour celle qui s’accorde le mieux avec les faits.

En examinant l’époque et les circonstances de l’introduction de l’alphabet indien au Tibet , il rejette la deuxième hypothèse , laisse entrevoir que la troisième pourrait être défendue , mais adopte en réalité la première. C’est là aussi l’opinion à laquelle nos recherches particulières nous ont conduits. Toutefois des raisonnemens de quelque force appuient la seconde hypothèse. C’est d’abord la ressemblance du kchab avec le pâli

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barman , le plus septentrional de tous les alphabets de l’Inde ultérieure. En effet on peut dire que le pâli carré ne ressemble au dévanagari que parce qu’il ressemble au kavi et au tibétain-Àc/mi qui sont comme les anneaux qui l'unissent à l’Inde ; d'où il suivrait, comme le dit M. Rémusa t, que le tibétain a été porté successivement le long de la rivière d’Ava et de Camboge , dans toutes les contrées qui forment l’Inde ultérieure, et jusque dans les îles du midi (i). L'opinion de ceux qui pensent, que le Tampsou du Tibet se jette dans la rivière d’Ava , ouvrant ainsi une communication entre ces deux pays , tendrait encore à l’appuyer. D’ailleurs l'histoire , en gardant le souvenir de l’extension qu'avaient prise' * les Tibétains au neuvième siècle de notre ère, permet

de supposer que des rapports assez intimes les unissaient avec les habitans de l’Inde ultérieure (2). Cependant , si on examine impartialement, dans notre tableau comparatif, le kcfiab , le kavi et le pali-barman, on remarquera que l'analogie de ces caractères ne vient pas de ce qu’ils dérivent l’un de l’autre, mais de leur communauté d’origine. Les nombreux traits de ressemblance, qui les identifient l’un à l’autre, se retrouvent presque sans exception dans le samskrit qui les résume. Si d’ailleurs l’identité des langues répondait à l’identité des caractères, celle-ci serait un argument irrésistible en faveur de la seconde hypothèse. Mais nous démontrerons plus bas que le samskrit est la langue du bouddhisme

( 1 ) Recherches sur tes Langues tartans , L I, p. 3{g.

( 5 ) roy. M. Abcl-Rcmusat , Rech . sur les Langues tartans, 1. 1, p. 3 go.

du Tibet, comme le pâli est celle du bouddhisme de l’Inde ultérieure. On dira peut-être que l’halphabet tibétain a pu passer à Ava sans la langue qu’il sert à représenter ; mais, ne l’oublions pas, ce n’est qu’une assertion dénuée de toute preuve, appuyée seulement de la ressemblance des alphabets, qu’on peut expliquer autrement; et nous avons à lui opposer le nom du brahmane cingalais Bonddhaghocha , qui porta sur la côte d’Àrakau la langue et les alphabets palis , et la date de l’événement, et le livre historique d’où il est tiré. Il y a plus, bien loin que la presqu’île soit redevable au Tibet de ses caractères , il existe des monumens qui peuvent faire regarder ceux de ce pays comme venus de Ceylan , d’où sont , selon nous , également partis ceux de la presqu’île au-delà du Gange. Nous trouvons dans M. Schmidt le passage suivant(i): « En l’an 63a, un roi du Tibet envoya aux Indes un Tibétain nommé Tomni Sambodha , pour y composer un alphabet. Il prit l’écriture landsa pour former le kchab , et l’écriture vurto pour modèle du caractère tibétain nommé gehar (2). La première est l’écriture des dieux , on dévanagari ; la seconde est celle des serpens aquatiques ; » et plus bas le même auteur ajoute que les livres samskrils du Tibet sont écrits en landsa (3). Or , landsa est l’altération

(t) l'urschung. in d. Gebiete , etfc. p. 2jg.

(2) Suivant Pallas, l’e'criture cursive se nomme cher et akchour ; c’cst Yakchara, nom saimkrit donne à l'alphabet. Vvy. M. Abcl-Kcmusat , Hech. t. 1 , p. 34S.

( 3 ) Schmidt, ouvrage cite, p.aJS*

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