CHAPITRE II
tibétaine de Lankd ou Ceylan , d’où on pourrait croire que Tomni Sambodha alla jusque dans cette île, et y trouva co-existans deux alphabets dont il imita les formes, le dévanagari et un autre caractère cursif. L’histoire, il est vrai, ne le dit pas , mais le nom de Lankd , donne comme synonyme de dévanagari > semble le faire entendre. De plus, à celte époque, on devait trouver à Ceylan deux alphabets, l'un qui pouvait être le dévanagari , avec les formes que reproduit notre planche v, col. i, ou bien peut-être déjà modifié par le bouddhisme A et sans doute très-semblable au kavi ou akcham-bouddha ; l’autre, le cingalais moderne, dont les formes arrondies et sinueuses répondent exactement à la description bizarre de Tomni , ainsi qu’au nom qu’il lui donne, varto (en samskrit vartoula , rond, circulaire). Si , d’un autre côté , s’attachant à la lettre du récit de M. Schmidt , on pense que Tomni n’alla que dans l’Inde, l’alphabet auquel il fait allusion sous le nom de varto doit être le télinga, qui , si on en juge d’après sa forme et les antiques rapports de Télingana avec Ceylan , ne doit pas avoir été sans influence sur la formation de l’alphabet cingalais ; mais il restera toujours à expliquer pourquoi le caractère qui sert à former le kchab, se nomme Lankd ou de Ceylan;à moins qu’on ne dise que le savant Tibétain a voulu donner à un caractère destiné à la transcription des livres sacrés, un nom qui rappelât moins son origine, que la contrée illustre devenue depuis quelques siècles le centre du bouddhisme. Au reste , pris indépendamment des diverses explications qu’on en peut donner, le fait cité par M. Schmidt suffit pour rattacher
les alphabets du nord à ceux du sud, comme à leur type primitif; et ainsi il fournit un argument de quelque valeur contre l’opinion de l'origine tibétaine du palibarman. D’ailleurs, ce n’est pas le Tibet que les bouddhistes de la presqu’île regardent comme leur terre sacrée. Ce n’est pas là qu’ils vont chercher les livres; les destinées de leurs frères du nord semblent leur avoir été complètement étrangères ; mais leurs regards se tournent sans cesse vers Ceylan, et c’est exclusivement dans cette contrée qu’ils placent le siège antique de leur croyance et de leur civilisation (t).
Ainsi , pour nous résumer , le caractère tibétain ressemble au pâli , au kavi et au cingalais. Ce fait s'explique de deux manières, ou par une simple hypothèse , ou par une hypothèse appuyée d’un fait. L’hypothèse, c’est que le tibétain peut être descendu des hauteurs du nord , le long des rivières d’Ava et de Camboge ; l’hypothèse «ppuyée d’un fait, c’est que les alphabets pâli, kavi et cingalais, formés sur le modèle du dévanagari , peuvent u’être que les nuances diverses d’un ancien alphabet bouddhique; et le fait, c’est que les caractères palis et le culte de Bouddha ont cté portés, non du Tibet, mais de Ceylan, sur le littoral d’Arakan. Cette dernière opinion nous paraît réunir toutes les probabilités en sa faveur.
(l) Gli Indiani e particolarraente i Barmani , non hanno mai saputo ncppur che il Lama esistcsse. Fraquesti il Talapoinismn si è introduite) piii lartli c conscrvato più simplice, del tutto conforme a quel di Ceylan. (Manusc. du P. Mantegalius, cite par Paulin. Mus. Borg. V r /., etc. p. aq).