CHAPITRE IV
présenter cette lettre d’une manière quelconque, dans les mots étrangers où elle se trouve. Il en résulte que s’ils eussent entendu prononcer Dhanna , ils n’en eussent probablement pas fait le mot Tamo. De plus , le mot nin’dnam , l’annihilation, est en pâli nibbânam; or, chez les Chinois, il a deux formes qui correspondent aux deux idiomes et paraissent indiquer leur co-existence à la Chine, nippdn et nigouân. Il reste cependant certain que le célèbre vocabulaire pentaglotte qui contient dn samskrit, y a été publié, tandis que, jusqu'ici, il ne nous est venu de ce pays aucun texte pâli.
Toutefois, la détermination exacte de ce qu’est 1 tfan du Tibet et lepalidela Péninsule, établit deux faits d’une grande importance historique; le premier, que les bouddhistes du nord emploient, le samskrit comme leur langue sacrée; le second, que ceux des îles et de l’est se servent seulement d’un dialecte dérivé de celte langue. Le premier fait s’explique aisément; comme le culte de Bouddha est originaire de l’Inde, il n’est pas étonnant que ceux qui les premiers l’ont embrassé, se soient servis du samskrit, langue riche en termes religieux et qui se prête merveilleusement à l’expression des abstractions métaphysiques les plus relevées. Le second est plus obscur et se lie incontestablement à l’histoire du bouddhisme dans l’Inde. Mais comme nous sommes loin de posséder cette histoire, nous nous contentons, quant h présent, de poser le fait sans chercher h l’expliquer. Nous rappellerons seulement qu’il est résulté de nos précédentes recherches que la migration qui a porté le pâli dans l’île de Ceylan,
l4fc ESSAI SU K LE PALI,
et probablement de là dans toute la presqu’île , est beaucoup plus moderne que rétablissement du bouddhisme au nord. Ainsi cette religion serait passée dans ces contrées quand le samskrit n'avait pas encore perdu à son égard son caractère de langue sacrée, et dans le sud , plus tard , quand un dialecte, très-rapprochéil est vrai de son origine, s’était développé et avait même été consacré à la rédaction et à la publication des livres religieux.
En effet, le long séjour du bouddhisme dans l'Inde suffit pour rendre raison de la formation du pâli et subsidiairement de son adoption par les bouddhistes du sud- Quand naquit la religion, ou plutôt la philosophie nouvelle, le samskrit dut être la langue de ses sectateurs, Sorti du sein du brahmanisme, le culte de Bouddha ne s'en sépara pas tout d'un coup ; et jusqu’au tems où il aspira à devenir culte populaire, la langue savante des brahmanes fut la sienne. De cette époque doivent dater les migrations, vraisemblablement anciennes, qui ont porté le bouddhisme au nord. Mais ses progrès successifs dans l’Inde durent opérer, dans la langue qu’il parlait, une révolution facile à expliquer. Comme, suivant un' des principes fondamentaux de son institution, il appelait au sacerdoce tous les hommes sans distinction de rang, le samskrit se popularisa davantage, et passa dans la bouche des hommes des castes les plus basses. Dès ce moment il dut s’altérer ; certaines formes d’un usage trop difficile dureut disparaître, d’autres s’adoucir; la grammaire se simplifia ; et sans doute les causes qui tendaient à le dénaturer eussent agi sur lui plus profondément, si, vers le cinquième siècle de notre ère, il n’eut