III
Si le pâli a (Ici dialectes, et dam quel pays il a dû prendre naissance.
Ainsi resserré dans l’ile deCcylan et dans la presqu’île au-delà du Gange , le pâli offre encore matière à plus d’un curieux problème. D’abord on peut se demander s’il est exactement le même chez les diverses nations qui l’emploient , ou s’il se subdivise en dialectes. Il faudrait, pour résoudre cette question, posséder des manuscrits palis de plusieurs peuples différens, ou bien pouvoir s’en reposer sur l’opinion de quelque voyageur éclairé connaissant cette langue. Leyden, le seul qui ait rempli ces conditions , ne paraît pas s’être posé ce problème; cependant son silence même, la généralité de son langage toutes les fois qu’iT parle du pâli, le soin qu'il prend de noter la différence des alphabets dont on se sert pour l’écrire , même quelques expressions assez précises , peuvent faire croire qu’il n’avait pas reconnu de dialectes à cette langue (i). Buchanan, au contraire,
(i) The Imlochinese wilh the cingalaisc or inhabitants of Ceylan uni— formely employ the bali or pâli in the sacred compositions of the boud— dhist sect. This lartguage doe» not exist as a vernacular longue , but is the languageof religion, learaing and science , and appear to hâve exerted an influence on the vcrqacular lauguage of th» indochincse nations sitnilar to that , wich the sanukrit bas exhibited among the popular lauguages oi Hindoustan and Dekkin. [A sial. Research , t. X , p. îbi.ed. Lond. 4°)*
prétend, sur le témoignage d’un naturel Barman, que le pâli du Pégu diflere de celui de Siam , et tous deux de celui de Ceylau (1). Malgré l’autorité qui doit s’attacher à l’opinion d’un naturel, nous osons élever quelques doutes sur la parfaite exactitude de cette assertion de Buchanan. Nous nous autorisons d’abord du silence de Leyden, qui n’eut pas manqué de parler de ces différences si elles eussent existé, de celui des missionnaires italiens qui paraissent avoir eu des notions assez exactes sur le pâli, enfin, de ce que la tradition barmane reporte dans l'ile de Ceylan l’origine de la migration qui donna au Pégu la langue et les caractères palis. Or pour que le pâli de la presqu’île différât de celui de Ceylan, il faudrait qu’il eût vécu comme langage populaire dans l’un ou l’autre de ces pays , ce que ne paraissent pas indiquer les renseignemens historiques , et l’état de la langue tel que nous l’avons exposé plus haut.
Enfin , à ces faits , nous pouvons en ajouter quelques autres , résultats de nos recherches personnelles. Leyden a donné , dans son excellente Dissertation sur les langues indo-chinoises , un fragment tiré du Uatamnan , qu'il a traduit en samskrit et en anglais. La langue de ce morceau , extrait d’un ouvrage qui a cours dans l’empire barman, par un Européen qui y résidait, est de. tout point identique au pâli que nous avons pris dans le Kammouva , 1 1 Boromat et le Phâtimokkha. De plus, le P. Paulin a donné , dans le Catalogue du Musée de
(i) Aùat. Research., U vi, p. 3o5. cd. Lond. 4°-