‹ Essai sur le PaliChapitre 82 sur 108 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Passons maintenant à la seconde question , ceHe de savoir où est ne le pâli. Nous devons rappeler d’abord que l’arrivée des livres bouddhiques écrits en pâli à Ceylan, vers l’an 407 de notre ère, résout, selon nous, le problème , et prouve qu’il était déjà formé dans l’Inde. Voyons néanmoins si l’état de la langue confirme ou contredit ce fait. y

De deux choses l’une, ou le pâli existait déjà quand les bouddhistes ont quitté leur patrie ; on bien leurs livres étaient encore à cette époque écrits en samskrit; le samskrit était, pour eux, la langue de la religion et de la science ; et ce n’est qu’après son passage sur une terre étrangère qu’il est devenu le pâli. Il 11’y a pas, ce nous semble, une troisième opinion. Car les différences que l’on remarque entre le pâli et le samskrit pénètrent trop profondément dans la constitution intime de la langue, et portent un caractère trop évident de généralité et de nécessité, pour qu’ou puisse les attribuer à une cause aussi peu puissante, que l'intention de composer systématiquement un langage de secte. De ces deux hypothèses la seconde nous semble inadmissible. Voici sur quoi nous nous fondons :

t° Si les bouddhistes de Ceylan et de la presqu'île, au moment où ils quittèrent l’Inde, se fussent servis du samskrit, comme ceux du Tibet, comment se fait-il qu'ils n'aient pas, ainsi que ces derniers, conservé cette langue à laquelle devait se rattacher tout ce qu’ri y avait dans leur croyance de plus saint et de plus respectable ? Leur position, sous le rapport des langues populaires, était la même; les Bouddhistes trouvaient, dans l’un et l’autre pays,

l5a ESSAI SUR LE PALI,

des peuples se serva n t d’id iomes di l férens d u samskrit ; pour ces nations il était complètement inintelligible, et devait à leurs yeux passer pour une langue morte. Il n’était langue vivante que pour la minorité, c’est-à-dire, pour ceux qui l’apportaient avec la nouvelle religion ; encore dut-il, au bout de quelques générations, perdre même à leurs yeux ce caractère. Or ce fait meme que le samskrit dut être de bonne heure une langue morte dans la presqu’île, exclut la seconde hypothèse, savoir qu’il y a vécu et s’y est altéré sous l’influence des langues populaires. Cette influence, d’ailleurs, ne doit pas être exagérée. On connaît le zèle des apôtres du bouddhisme et l’on peut )uger par le soin avec lequel ils ont conservé le samskrit au Tibet, de l’attention qu’ils durent mettre, dans la presqu’île au-delà du Gange, à empêcher le mélange impie des formes et des phrases populaires.

3° Si le samskrit eût été la langue des bouddhistes à leur passage dans la presqu’île, eut-il , par suite des altérations necessaires qu'il devait subir, produit le pâli ? En d’autres termes, l’influence des langues populaires au milieu desquelles il était transplanté, se serait-elle bornée à modifier assez peu le samskrit, pour qu’on put trèsfacilement remonter de la langue altérée à la langue mère? C’est ce dont nous croyons devoir douter ; car nous savons ce que peut devenir le samskrit lorsque, transporté au milieu d’une population qui ne le comprend pas, il y vit cependant encore, cultivé par des écrivains et conservé dans des compositions historiques et poétiques. Le kavi est un exemple du genre de modifications qu’il peut éprouver; et l’argument qu’on peut tirer de cette langue

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