IV
Le Pâli cil— il le dialecte Mlgadhi.
Le savant Leyden semble avoir eu l’opinion que nous venons d’énoncer sous la forme du doute , en tète de ce paragraphe. Sans doute la ressemblance du nom de mdgadlii avec celui sous lequel on connaît le pâli, appelé indifféremment par les Cingalais pauli ou mungata (i) par les Barmans, pâli et magata ou magada bdsd ou pdsd(d), peut, il est vrai , conduire à cette opinion. Pour nous, sans nous arrêter à la ressemblance des dénominations , nous devons vérifier si les faits contredisent ou
(i) Percival, V vy. à Ccylan , t. f, p. ^$7. trad. franç.
(a) Alph. ti annan , p. x, cd. 1787. Le mot bàsâ est L’altération pâlie du mol samskrit bhâchà f langage , dialecte. •
CHAPITBE IV.
confirment l'iaduction qu’on en tire. Mais avant d'examiner celte question, il faut donner quelques explications sur ce qu’on appelle dialectes aux Indes.
Les grammairiens indiens comprennent , sous le nom de prdkrita , un certain nombre de dialectes qni sont parle's dans les drames par les personnages inferieurs, et qui tous sont dérives du samskrit. Il faut observer que prdkrita est un terme général qui signifie dérivé. Ainsi Hematcbandra, dans le premier chapitre de sa grammaire prakrite , s'exprime de la manière suivante :
ÎTI^TFT: êFLTTl FR^FÏTT: WIHSÏÏBTftTi
» L’origine du prîkrit est dans le samskrit , c’est-à-dire , le pràkrit est venu ou dérivé (pràkrita) du samskrit. »
Ensuite ce mot est pris comme uue dénomination spéciale pour désigner par préférence un des dialectes dont nous venons de parler; ainsi :
« Prkârit par excellence. »
Au nombre de ces dialectes est le mâgadhi, que son nom identifie avec le dialecte de Magadha ou du Béhar(i). Les grammairiens dérivent le mâgadhi quel-
(i) Hematchandra , Ixikchmîdhara , et d’autres grammairiens parlent * d'un dialecte du mâgadhi , sous le nom de ardhamdgadhi , ou demi-mâgadhi. La différence de ces deux dialectes est Urès-peu sensible, et les grammairiens ne disent pas où le second a été parlé. Comme la province de Béhar était divisée en deux parties , le nord et le sud , on serait tenté de croire que ccs deux langues répondent À la division de ce pays.
quefois du sao rase ni ou langue de Mathoura, qui vient elle-même du pràkrit, quelquefois immédiatement du pràkrit lui -même. Le mâgadhi est donc au second ou au troisième degré à partir du samskrit. Car les divers dialectes, dont le nombre, suivant quelques grammairiens est très -considérable, sont tous rangés suivant leur plus ou moins grande analogie avec la langue dont ils dérivent. Ainsi on donne le premier rang au pràkrit, puis on place le saomseni, puis le mdgadtii , et ainsi des autres, jusqu’aux derniers et aux plus altérés qui sont réunis sons la dénomination commune A'apabhransha ou langues privées de grammaire.
La différence du mâgadhi et du prâkrit ne doit donc pas ctre très-sensible ; cependant il est fort remarquable que dans les cas où le premier s’éloigne du second, il s'éloigne également du pâli. En preuve de cette assertion, nous donnerons ici quelques extraits de la courte, mais excellente grammaire prâkrite de f 'anaroutchi , qui, avec le commentaire de Bhdmata > forme le meilleur abrégé des dialectes pràkrits.
i° Le mâgadhi change cha et sa en sha. Le pâli et le prâkrit suivent le système contraire.
2 ° En mâgadhi dja devient ya , c’est exactement le contraire en pràkrit où y a devient dja. Le pâli conserve généralement le y a et le dja sans les changer; mais toutes les fois qu’il les remplace , c’est conformément aux règles du prâkrit.
3° lia devient la en mâgadhi ; politise , pâli ,pouriso. Ce changement a quelquefois lieu en prâkrit, jamais en pâli.