OBSERVATION X
(personnelle)
« Il y a environ deux mois, le hasard nous mit én présence, à l'hôpital de Saint-Germain, d'une jeune fille qui ; venait chaque jour à l'hôpital pour se faire panser un panaris qu'un médecin de la ville avait incisé. La plaie avait fort mauvais aspect et suppurait abondamment. Malgré l'incision, ce panaris etait encore fort douloureux et la malade nous dit qu'elle ne dormait pas de la nuit. L'infirmière, chargée du pansement, employait des compresses d’eau bouillie qu'elle mettait telles quelles sur la plaie, sans les exprimer. Elle employait en outre du taffetas gommé. Nous lui dimes de mettre des compresses imbibées de sérum et fortement exprimées, et de supprimer l’imperméable.
Le lendemain matin, nous revimes la malade qui nous exprima sa reconnaissance parce qu'elle n'avait pas souffert du tout et avait pu dormir, chose qui ne lui arrivait pas depuis une semaine. De son côté, l'infirmière était étonnée du changement considérable survenu dans l'aspect de la plaie au bout de 24 heures seulement.
Huit jours de pansement au sérum suffirent à guérir complètement la malade qui cessa de revenir se faire
panser. »
Nous avons donc là un bel exemple du pouvoir analgésique du pansement au sérum à condition que ce pansement soit méthodiquement pratiqué.
Nous n’insisterons pas davantage sur l’emploi de ce pansement dans les plaies infectées et suppurées. On
voit que lorsqu'il est fait de facon à posséder un
pouÿoir absorbant et évaporant aussi grand que
possible, il permet de déterger une plaie dans un temps extrêmement court. À cause de cela et aussi à cause de l’innocuité qu’il doit à son état d’asepsie et d'isotonie, la plaie n’est nullement irritée ; elle bourgeonne activement et cesse d’être douloureuse.
Nous recommandons l'emploi du pansement aseptique et absorbant au sérum dans toutes les plaies infectées qui ne sont pas encore suppurées et nous pensons que C’est un moyen infiniment supérieur à celui des antiseptiques pour prévenir celles-ci. Bien entendu ji! aura fallu tout d'abord traiter cette plaie et sa périphérie cutanée suivant la méthode générale que nous avons détaillée au chapitre de « Technique générale ». Ce traitement préalable à pour but de
diminuer dans la mesure du possible l’état de septicité
d’une plaie qui vient de se produire. On devra le faire le plus tôt possible après l’accident et nous avons expliqué pour quelles raisons ce traitement devenait presque inutile et nuisible dès le lendemain. Nous n’y reviendrons pas. Disons seulement que, outre les
brülures, toutes les plaies par traumatisme sont
justiciables de cette méthode : coupüres, plaies contuses, écrasements, broiements, arrachements, morsüres. Quand la plaie sera étendue, profonde, déchiquetée, anfractucuse, ou même simplement peu grave mais susceptible d’avoir été souillée par de la
terre il sera prudent d’injecter préventivement 10 ou 20c de sérum antitétanique.
Pour terminer ce chapitre des plaies infectées que
nous préconisons de traiter surtout par la méthode
aseptique, car la phase antiseptique de leur traitement est toujours et doit rester extrêmement courte, nous nous permettons de citer l’opinion de Monsieur
le Docteur Alglave, qui, depuis deux ans, à pu traiter
par cette méthode dans son service de consultations à V’hôpital de la Pitié, des centaines de plaies :
« Quand il y a deux ans, nous a-t-il dit en substance, j'ai pris possession de ce service de consultations, on pouvait voir dans cette salle de pansements, des étagères supportant des antiseptiques nombreux et variés. On voyait aussi dans tous les coins de la salle, et également dans le vestibule et dans la salle d'attente, des malades baignant leurs plaies dans des solutions antiseptiques. Les uns venaient depuis des semaines. J'en ai vu qui venaient depuis des mois. à
Aujourd'hui, vous ne voyez plus ni bocaux d’antiseptiques ni malades baignant leurs plaies.
J'ai radicalement supplanté les méthodes antiseptiques,
par la méthode aseptique, et les guérisons en sont incom-.
parablement plus rapides et plus parfaites.
Deux antiseptiques seuls sont -encore employés : l'eau oxygénée pour les plaies, l'alcool pour la peau. Toute plaie qui arrive est désinfectée par l'usage judi-
cieux de l’eau bouillie chaude et de ces antiseptiques. Et
puis c'est fini: plus d'antiseptiques, rien que de l’eau
bouillie ou du sérum.
Nous évitons ainsi les suppurations interminables, les lésions cutanées, les lésions des plaies elles-mêmes par les antiseptiques, car j'en ai observé de nombreux exemples. J'ai vu les antiseptiques favoriser le développement de microbes qu'ils étaient chargés de détruire !
Je suis d'avis que le pansement doit être aussi absorbant
que possible, et je n'emploie jamais d’imperméable. » Ulcères
Nous ne prétendons pas exposer complètement la question du traitement des ulcères, car elle comporte en effet trop d’éléments, et pour l’envisager d’une facon complète nous sortirions forcément du cadre modeste qui nous est imposé. Disons cependant qu'un ulcère étant généralement infecté, il doit, à priori, se
trouver bien du pansement au sérum qui, nous l'avons vu, donne de si bons résultats dans toutes les plaies infectées. À C’est ce qui se passe en effet. Nous ne rapporterons pas tout au long des observations d’ulcères. Disons seulement que l'emploi dela solution salée isotonique
es déterge rapidement et les désodorise.
Un ulcère est une plaie eminemment complexe c’est, par définition une perte de substance qui ne tend pas ou qui tend très imparfaitement vers la réparation, quand elle ne tend pas vers son extension. Il ya donc nu élément important, la nutrition au niveau de la
AOC LS
plaie, qui n’a pas les caractères normaux qu’elle à dans les autres plaies.
Si bien que si l’on doit envisager dans un ulcère autre chose qu’une plaie infectée.
Le sérum, avons-nous dit, donne pour les ulcères les bons résultats qu’il donne en général dans tout cas d'infection de plaie.
A-t-il en oûtre un rôle de stimulant pour ces plaies torpides-qui sont lés ulcères ?
Nous ne saurions en tout cas l’affirmer mais il n’est pas défendu de penser que le sel — que jusqu'ici nous n'avions pas considéré dans le pansement au sérum comme pouvant avoir une action topique “propre, — peut jouer un iour de rôle dans les cas d’ulcères. |
Pour émettre cette opinion nous nous basons sur ce fait que l’eau salée en général, mais l’eau salée hypertonique a été considérée par nombre d'auteurs comme un bon topique pour les ulcères.
L'article de E. Demange sur le sel marin dans le Dict. encycl. des Sciences médicales, de Dechambre, contient notamment ceci: « Nous avons vu Laugier l’employer dans certains ulcères de jambe et en retirer de bons résultats ; sous son action la plaie redevient rouge, bour;eonne et finit par se cicatriser. »
Houzé de l’Aulnoit, dans l’œuvre déjà citée, se félicite des bons résultats qu'il a obtenus dansletraitement « des plaies atoniques, des ulcères. »
Plus près de nous, nous avons trouvé dans l’Indian
Medical, Gazette de Calcutta, 1907, p. 129, un article signé Anukul Chaudra Basu. Cet auteur chargé d’un service d'hôpital à Tundla (Indes Anglaises) a traité un nombre considérable d’ulcères par l’eau salée à 1/20. Et il en signale les excellents résultats, dit-il, dans les cas de « mauvais ulcères gangréneux à évolution torpide »(badly sloughingandunhealty ulcers). Il dit que par l'emploi de cette solution, il obtenait très rapidement « des ulcères rouge vif bourgeonnant bien » (Healthy red and granulating ulcers).
Il est permis de supposer que dans ces cas, les solutions salées concentrées agissent d’abord par leur mordant même, et peuvent ainsi avoir une action détersive très forte ce qui n’est pas à dédaigner étant donné la quantité de concrétions, de croûtes, de membranes, ete, qui souillent souvent de vieux ulcères négligés. En deuxième lieu, le rôle antiputride du sel étant incontestable, il doit donc réaliser au niveau de la plaie un certain degré d’antisepsie. IL contribue tout au moins à empêcher les fermentations secondaires des exsudats et devient ainsi un bon désodorisant. /
On peut supposer enfin qu’une solut'on fortement salée à, par son certain degré de causticité, une heureuse action stimulante de la nutrition de l’ulcère.