Propriétés biologiques
Nous nous excusons d'employer ce terme qui n’est peut-être pas des plus corrects. Dire propriétés vivantes, ou propriétés animées, serait peut-être plus bizarre encbre. Il suffit que nous expliquions ce que nous entendons par propriétés biologiques d'un pansement : nous entendons par ce terme les propriétés que possède un pansement du fait des DAPRte pathogènes ou non, qu'il peut contenir.
Après les découvertes de Pasteur, on s’'imagina qu’il suffisait de détruire les germes contenus dans une plaie pour assurer la guérison de cette plaie. Et, dans ce but, on employa les antiseptiques. On ne tarda pas à constater que leurs inconvénients étaient de léser en même temps les cellules, et de faire courir au malade des risques d'intoxication.
Non seulement ils sont dangereux, mais encore ils
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sont presque toujours impuissants à réaliser ce qu’on leur demande : la destruction des microbes dans la plaie. La plupart d’entre eux, en effet, tuent les bacilles adultes, mais ne tuent pas les spores. Ils sont efficaces contre certains microbes et inoffensifs pour d’autres. Les recherches expérimentales d'Arloing et Cornevin, de Courboulès (, de Truchot ®, de Lieffring, etc., ont montré qu'aucun antiseptique ne pouvait détruire entièrement les microbes d’une plaie. Voici, à ce propos, ce que dit Préobajensky @) : « Les expériences de Schlange, de Zeidler ont montré que les objets de pansement les mieux préparés ne sont pas désinfec-. tants ; celles de Miquel et Redard que l’eau phéniquée à0°/ ne désinfecte que très lentement les instruments souillés de pus, et Schimmelbusch se demande avec raison d’où vient l'efficacité de nos pratiques les plus perfectionnées. Bossowsky, dans la clinique de Mikuliez, a examiné l’exsudat de cinquante plaies traitées à l'acide phénique et à la gaze iodoformée, et n’en à trouvé que 1/5 de stériles, et Bloch à fait des constatations analogues. »
Donc, les antiseptiques sont non seulement dangereux, mais encore inefficaces. |
Si nous considérons, d’autre part, que la Nature a
(1) CourBouLës, Thèse de Lyon, 1883.
(2) TrucxoT, Thèse de Lyon, 1884.
(3) PréoBaAJENSsxY, Annales de l'Institut Pasteur, 1897.
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tan
de puissants moyens de défense contre les microbes, et qu’elle suffit par elle-même à assurer la guérison d’une plaie même septique (!), on conçoit dès lors com-
bien logique est le courant qui a porté les chirurgiens
modernes, sous la forte impulsion de Terrier, vers le Traitement aseptique des plaies.
Reconnaissons cependant qu’il ne faut pas être trop exclusif, surtout lorsqu'il s’agit du traitement de ce tout complexe qu’on appelle une plaie. S'il est des plaies pratiquement aseptiques, telles que les plaies opératoires faites dans, des tissus non infectés au moment de l'intervention — (et encore on a démontré
que rarissimes étaient les plaies absolument asepti-
ques !) — il est d’autres plaies qui, au moment même où elles se produisent sont manifestement infectées. Dans ces cas-là, il convient de diviser le trait-ment de cette plaie en deux phases : une première phase antiseptique, une deuxième aseplique.
Nous reviendrons d’ailleurs là-dessus avec plus de détail au chapitre intitulé : Technique générale.
Si donc les méthodes antiseptiques sont dangereuses et inutiles, si, d'autre part, la Nature est capable, par ses propres moyens, d'assurer la guérison d’une plaie, même septique, il convient donc de lui laisser ce soin.
On se contentera simplement de favoriser sa tâche.
Et pour cela, on évitera d’abord l’emploi des anti-
(1) Voir par ex. P. MaucLaiRe, Bull. Medic., Paris 1905, p. 167.
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septiques qui, loin de l’aider, ja paralysent souvént
dans ses efforts.
On emploiera un pansemert rigoureusement asepti-
que de facon à ne pas apporter d’autres microbes, nouveaux ennemis qu’elle aurait dès lors à combattre et qui pourraient, S’ils étaient virulents, compliquer singulièrement sa tâche et rendre sa victoire douteuse.
A l’époque actuelle nous avons des procédés pure”
ment physiques (chaleur sèche et humide) qui nous
permettent de « stériliser » absolument au sens bactériologique du terme, les matériaux de pansement.
C'est cet état d’asepsie absolue que nous considérons
comme devant être la propriété biologique du pansement moderne.
2° Propriétés Chimiques
Celles qui doivent intéresser le thérapeute paraissent en rapport non point tant avec la nature chimique des matériaux solides de ce pansement (gaze ou ouate) qu'avec la nature chimique des substances liquides qui l’imbibent. Ces dernières paraissent seules susceptible de jouer un rôle actif, vérification une fois
de plus du vieil adage : Corpora non agunt nisi solula.
Ces substances sont celles des antiseptiques. Mais alors elles sont dangereuses ; nous l’avons déjà dit, et pour la plaie et pour l’organisme en général. L’acide phénique, de noble mémoire cependant, car son emploi parListeraouvertleredupansementmodernedesplaies
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est aujourd’hui à peu près complètement abondonné. Localement, il estirritant, caustique même, il peut occasionner des érythèmes, des phlychtènies et jusqu’à de véritables gangrènes. Nous avons eu personnellement un exemple de cette tendance nécrosante qu’à l'acide phénique dans certain cas: un phlegmon de la main et de l’avant-bras traité par des, bains d’eau phéniquée, au lieu de s'améliorer, prenait de jour en jour le plus mauvais aspect. La substitution du sublimé à l'acide phénique donna brusquement dès le lendemain une amélioration qui, dès lors, ne cessa de progresser jusqu’ à la complète guérison.
Ces effets nocifs de l'acide phénique sont d’ailleurs aSsez connus pour que nous n’y insistions pas davantage. Disons seulement qu’il semble exister des sensibilités individuelles et que tels malades traités par l’acide phénique feront à coup sûr de la gangrène même pour une plaie bénigne, alors que la même solution employée chez d’autres, même pour des plaies graves, seront innoffensives. Mais comme il est impossible de prévoir ces derniers cas il vaut mieux s'abstenir systématiquement de lemploi de Pacide phénique. L’acide phénique n’est pas funeste que localement. Il l’est aussi pour l'organisme en général et l’intoxication par l'acide phénique, intoxication aigüe ou chronique, est bien connue aujourd’hui.
Nous n’insisterons pas sur l’action nocive, locale ou générale, des autres antiseptiques. Le sublimé, qui, cependant dans le cas que nous avons observé, s’était
montré si nettement supérieur à l'acide phénique, à été souvent incriminé lui aussi. L’oxycyanure de Mercure serait moins toxique. L’iodoforme, quoique n'étant pas un topique liquide, a une toxicité locale, mais surtout générale bien connue. Nous en avons également observé, un cas à l’asile de Rodez :
Une malade employée à la buanderie se brûle grièvement une jambe avec de l’eau bouillante. Tout d'abord, elle n’en dit rien. Au bout de quelques jours seulement, elle se présente à l’infirmerie. Nous constatons alors une large brûlure, suppurant abondamment. Pansement à l’iodoforme. Le lendemain, la malade avait une éruption urticarienne généralisée. Il faut reconnaître cependant que la suppuration avait diminué sous l’action de ce pansement.
L’eau oxygénée est peut-être le meilleur antiseptique car sa toxicité semble nulle.
À part elle donc, un pansement fait avec un antiseptique quelconque aura des propriétés chimiques franchement nocives. Et l’on comprend dès lors que les chirurgiens modernes aient eu l’idée de s'adresser à l’eau bouillie. Est-ce à dire qu’elle est absolument anodine — pour les éléments cellulaires avec lesquels elle est mise en contact ?
Faisons remarquer d’abord qu’en injections sous-
cutanées elle est très toxique (Bouchard, Charrin) alors que le sérum à 7 pour 1000 ne l’est pas.