L'ÉTÉ
Uéja les ardeurs du Lion ont échauffé toute la nature , le soleil colore les campagnes d'une teinte jaune presque générale ; les arbres ont acquis une couleur de vert plus rembruni. Les plaines couvertes de moissons jaunissantes qu'agite un le'ger vent frais , semblables à l'Océan , se ])alancent en vagues multipliées.
Cette brûlante saison ne permet guères au paysagiste de rester dans la plaine pendant la grande chaleur du jour ; c'est alors qu'il doit aller chercher la douce fraîcheur des bois et la belle verdure des vallées. C'est là qu'assis au bord de l'onde paisible dont le doux murmure imite le gazouillement des oiseaux , il raffraîchit son imagination par de nouveaux sujets d'études* Se sent-il inspiré du goût de peindre des
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animaux , une foule de modèles d'une variété infinie s'empressent autour de lui. Le jeune poulain , la blanche génisse folâtrent auprès de leurs mères , des groupes de vaches de toutes couleurs sont re'pandus dans la prairie
Le fier taureau au large front, au regard ëtincelant , charge de la garde de ces nombreux troupeaux , les parcourt avec fierté et se présente à ses pinceaux..
La chaleur favorable au lavage des mou^ tons fournit un tableau d'un nouveau genre y lequel n'est pas sans intérêt.
Que de sujets s'offrent au paysagiste dans cette saison où la nature rend avec abondance à l'homme le fruit de ses labeurs. Mais que de scènes n'offrent pas les divers. moments de la moisson et de lare'colte des foins au peintre du genre simple et naïf et au peintre du genre héroïque. Le premier s'empare tout simplement des actions diverses des moissonneurs et d.es
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travaux de la campagne , il en forme des tableaux qui plaisent par le mouvement et la vérité.
Ces sortes de sujets sont trop connus pour que je les de'crive.
Je me hâte de retrouver le peintre du genre héroïque ; il exécute un tableau de la moisson. Le lieu de la scène est dans la fertile Sicile. Des épis d'une grosseur et d'une hauteur prodigieuse tombent sous la faucille , et déjà l'on s'empresse de les mettre en gerbes.
Le soleil avancé dans sa course annonce la fin des travaux , et répand sur la campagne des tons violâtres et orangés.
La fête des moissonneurs s'apprête, c'est le dernier jour des travaux. La déesse Cérès est élevée et portée en triomphe sur ua char pyramidal , formé de gerbes dorées , et traîné par deux jeunes taureaux d'une blancheur éblouissante. Une foule de travailleurs s'empressent autour du char de la
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déesse et chantent des hymmes en son honneur. La plus jolie bergère du canton , dont le front modeste est couronné de fleurs et d'épis , est ici l'emblème de la déesse de la moisson : des danses se forment à la suite du char de l'abondance , et sont le symbole de l'alégresse universelle.
Un autre tableau est déjà terminé ; c'est une fête à Cérès.
Des moissonneurs reconnaissants,couverts de tuniques blanches , couronnés de fleurs et d'épis , portant une torche allumée , viennent ofliùr un s'acrifîce en l'honneur de la divinité bienfaisante des campagnes. Que ce sujet présente d'épisodes charmantes et d'accessoires pour le peintre dont l'imagination s'est nourrie de bonne heure de la lecture des poètes anciens ! Quelle foule de sujets différents dans les beaux vers de iVirgile et d'Ovide !
Est-il sujet plus attendrissant que les amours malheureux de Céphale et Procris!
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Cette épouse infortune'e , victime de la jalousie , attachée sans cesse aux pas de son lîdelle e'poux , percée d'un javelot , perd la vie par la main de celui qui Taima si tendrement , l'ayant prise pour une bête fauve dans un buisson où elle s'était cachée pour i' épier plus à son aise.
Quel autre tableau plus de'chirant que la mort d'Adonis \ Venus livre'e à la plus cruelle douleur , la tête penchée sur les restes immobiles et glaces de son jeune amant , arrose de ses larmes le beau visage de celui qui ne l'entend plus.
Elle le presse dans ses bras arrondis par les grâces , tandis qu'une foule d'amours en pleurs s'empresse de couvrir de guirlandes de roses blanches mêlées aux noirs cyprès, ce corps inanimé.
Ses chiens naguères sensibles à sa voix , qui le suivirent avec tant d'ardeur dans les forêts et dans les plaines , l'œil morne et le regard égaré , ne peuvent se détacher,
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de celui qui les guida tant de fois à la
chasse.
Quelle longue suite de sujets se pre'sente au peintre de paysages doue d'une heureuse imagination ? Ici c'est Diane découvrant la grossesse de Calisto. Séduite par le maître des dieux sous la forme de Diane , cette nymphe malheureuse est chassée de la pre'sence de la déesse , et va quitter pour jamais ses fîdelles compagnes.
Là c'est la chaste déesse elle-même surprise au bain au milieu de ses nymphes par Actéon ; confuse d'avoir été vue ainsi nue , elle le change en cerf pour punir sa fatale curiosité , et ce malheureux chasseur est obligé sous cette nouvelle forme de fuir ses chiens insensibles à ses plaintes , qui le poursuivent sans relâche et finissent par jiiettre en pièces le maître qu'ils avaient tant aimé.
Les amours de Jupiter et de Léda offrent iin des sujets les plus gracieux de la fable.
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Ce dieu sous la forme d'un cygne , pour mieux tromper son innocence , s'avance doucement sur l'onde transparente , dont il frise à peine la surface. Conduit par une troupe d'amours avec des guirlandes de fleurs , il est dans les bras de la timide Le'da , qui loin de redouter la perfidie de l'oiseau , symbole de la pureté , lui fait mille caresses , le presse sur son sein d'albâtre et saisit son joli col dans ses bras arrondis par l'amour.
Dans un bois solitaire , autour d'une fontaine aussi pure que le cristal , loin des regards des humains , le mélancolique Narcisse , amoureux de sa propre image , ne peut se lasser de contempler l'objet de sa passion ; il ignore , l'infortuné jeune homme , qu'il brûle pour lui-même ! Sujet de forêt superbe , et qui prête à placer les plus intéressants accessoires. A ses côtés son chien fîdelle , triste comme lui ^ ne le quitte jamais.
Je ne puis trop engager le paysagiste studieux à se nourrir de la lecture des
Sii Essai
poètes. C'est ainsi que le Poussin, jeune encore , apprit dans l'habitude de vivre avec le cavalier Marini , à savourer de bonne heure les beautés enchanteresses de la poésie , dont l'application a mérite à ce grand peintre la palme du talent et les honneurs de l'immortalité'.
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