‹ Essai sur le peuple et la langue banda (région du Tchad)Chapitre 22 sur 43 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Noms propres, noms de tribus, noms de villages. — Noms de couleurs. — Remarques particulières.

Be^ noms de villages. — Ce n'est pas le nom du village qui sert à le désigner, c'est celui du chef qui le commande. On ne dit pas : je vais à Kaba, on dit : je vais au village du chef Magouni, ou: je vais chez Magouni. On juge facilement des surprises que peuvent occasionner ces changements subits dans les noms des villages les plus connus. Tantôt c'est un village marqué sur tous les itinéraires qu'on ne retrouve plus, tantôt c'en est un qu'on pourrait croire avoir découvert. En admettant même, ce qui se fait quelquefois, qu'un chef nouveau prenne le nom de l'ancien, et par conséquent celui du village, on est de plus en plus étonné. Yagoussou, par exemple, est aujourd'hui un sexagénaire; demain, c'est un éphèbe.

Les indigènes ne se servent du nom du village que dans le cas où plusieurs chefs porteraient le même nom dans un espace restreint et où il pourrait y avoir confusion :

Ex. : Ouakiri'M' baka, Ouakiri-Bomandia, Ouakiri- Lamba, Ouakiri-Mbagga, Ouakiin-Tombrou,..^ etc..

Les noms de villages sont quelconques et les indigènes ne font pas d'efforts pour donner un état civil à leur foyer.

Ex. : Maran'dy (de mara, — ab. : de maranda, village, et N' Dy, nom d'une tribu) village TV' Dyy c'est le Marandji des Européens.

Dans certaines tribus, le village prend le nom de la rivière, du marigot sur lequel ou près duquel il est toujours construit.

Souvent on prend un terme qui rend Taspect du village ou la nature du terrain sur lequel il est construit.

Ex. : Badia, caillou, caillouteux (est aussi un nom

propre).

gra badia^ le poste aux cailloux (Les Ungourras.)

Noms de tribus, — L'étymologie des noms de tribus est très difficile à retrouver, car il faut remonter trop loin dans l'histoire et les noms primitifs sont probablement déformés. La plupart, d'ailleurs, sont des vocables quelconques. Cependant, on peut voir par l'exemple des N'gaos (N'gao, fumée), des N'Dakpas (n'dakpa, frère), des Soubangas (barbus), de quelle façon la plupart d'entre eux ont été formés.

Sobriquets. — Les indigènes aiment les sobriquets : il leur est agréable d'en donner à leurs camarades et surtout aux Européens, car c'est en même temps très utile, nécessaire même, s'ils veulent parler d'eux à un pouce de leur nez sans qu'ils s'en aperçoivent. On peut affirmer que chaque Européen a un sobriquet et même deux : celui qu'à la rigueur on peut arriver à connaître, car il n'est qu à moitié « rosse », et celui qu'on ne doit jamais connaître, car il l'est tout à fait. Ce n'est que bien longtemps après ou par surprise qu'on arrive à les découvrir. En voici d'ailleurs quelques-uns à titre d'exemple :

M"" A. G. — Ingaraho, ç}- grande pipe.

M^ C. — m' bizou libenbé, blanc grondeur.

Adm""?... — commandant BourgUy c* musclé.

Adm^ B. — c' Tatala, c* la glace (lorgnons).

Adm** B. — Vitchouprounou, c* ventre de femme enceinte.

M. d. M... — Yakpaka (de yakpé, courir, et Aa, faire).

En voici quelques autres en langue sango qui monlrent que tous les indigènes s'entendent à ce genre d'esprit :

Adm. de R. — c^ Djongoro gombé

— c* Fusil-de-traite (Votre serviteur) — c* dourrou gombé

— c* Mousqueton à cause de leur taille.

Mais ce n'est pas aux seuls Européens que Ton donne ces sobriquets.

Beaucoup dlndigènes en sont pourvus; quelquefois même ils deviennent leur nom. Voici quelques exemples qui prouvent que les jeunes Bandas n'ont rien à envier à nos gavroches.

Nounou Yigato, Patte-de-coq

et bien d'autres !

Noms de couleurs, — Le Banda est très pauvre en noms de couleurs : cela se remarque d'ailleurs dans la plupart des tribus indigènes, et même chez les Arabes du Centre africain qui sont cependant bien au-dessus des fétichistes à tous les points de vue. Il n'y a en Banda que trois noms que voici avec les couleurs qu'ils désignent ou peuvent désigner :

hobo : noir, brun, bleu et tontes les couleurs

foncées.

mhimhi : blanc, gris, jaunes clairs.

ouoro : ronge, jaune, et tontes les variétés du

rouge.

Au point de vue de la syntaxe, on ne peut donner aucune règle précise quant à la place que ces noms occupent par rapport au substantif :

Tétoffe bleue^ bobo rouba l'homme blanc, mbimbi zouzou — ab. : m'bizou une botte rouge (botte arabe), tama ouoro.

Particularité relative aucc noms d'animaux.

— Quand on parle d'un animal mort, on préflxe au nom le mol guia, viande.

Ex. : 7nangou, bœuf vivant

guiamangou, bœuf mort (viande de bœuf).

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