‹ Essai sur le peuple et la langue banda (région du Tchad)Chapitre 8 sur 43 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Historique.

Le berceau de la race Banda est la vallée de la Haule Kollo et delà Ouakka, affluent du Kouango, mais, pour des causes que nous verrons plus loin, la race a opéré un mouvement de migralion générale versTouest, occupant tour à tour les affluents de la Ouakka, les étals de Senoussi, les vallées de la Kémo, du Bâ-Mingui, du Chari, du Bahr-Sara. Ce déplacement est donc de plus de 5"* de longitude ouest, de l"" de lalitude nord.

Si les razzias de Rabah et de Senoussi ont provoqué ce déplacement vers l'Ouest, il est cerlstin que les razzias des Nubiens et des Arabes du Soudan Oriental ont dû amener les Bandas vers la vallée du Nil; ce n'est qu'une opinion ; mais elle est

corroborée par ce fait que, puisqu'il y a eu exode, cet exode a dû se produire aussi bien vers TEst que vers lOuest, puisqu'il s'agissait de quitter une contrée dévastée.

Par conséquent, la zone d'habitat actuelle de la race Banda peut être ainsi déterminée : du 5® au 10° de latitude Nord, et du 15« au 23" degré de longitude Est.

Il est à peu près impossible de donner des détails précis sur Torganisation sociale des Bandas quand ils habitaient la vallée de la Haute-Kotlo, mais il est certain que le groupement n'avait aucune cohésion : souvent les tribus étaient en guerre fes unes contre les autres : c est ainsi que les Batangas luttèrent constamment contre les Maroubas. Cette absence de cohésion fit qu'ils ne purent résister aux attaques des Arabes, incomparablement mieux organisés et armés de fusils alors qu'ils n'avaient pour toutes armes que les flèches.

De plus, ils n'avaient aucun chef possédant une autorité incontestée. Chaque tribu avait son grand chef qui ne commandait guère qu a un groupe de villages. Une seule d'entre elles fît un semblant de résistance : les N'Gaos. Deux chefs : V'ianja Diama et le grand-chef des Ungourras et des Kas : Bolohoro, ont laissé une réputation de guerriers. Tous

LA LANGl'K BANUA 3

les autres n'ont jamais refusé aux envahisseurs les rançons d'esclaves et d'ivoire qui leur étaient demandées et se sont laissé razzier.

Les tribus Bandas sont nombreuses; mais, à cette époque, elles l'étaient encore plus : beaucoup d'entre elles ont été détruites, se sont dissoutes, fondues, arabisées ou sont remontées au Nord.

A l'heure actuelle, les Djougourous et les Fouka n'existent plus. Les Védérés, les Agbandos, les N'Gamoros, Tugbadas, les Kroumas, les Lindas, sont presque réduits à néant. Les Sabangas errent encore, les N'Gapous et les M'Bis sont inquiétés par Senoussi, les N'Gaos N'Gapous se refusent à tout contact avec les Européens. Les Togbos et les M'Bréas n'ont fait connaissance avec nous ([u'au début de l'année 1902.

Les razzias de Rabah sont nombreuses et toutes les tribus en ont souiïert : Senoussi fut ])illé, les Bandas furent chassés, le sultan Bangassou eut maille à partir avec lui, les Banziris eux-mêmes furent inquiétés. — De l'aveu même des indigènes, a part les Yakomas, toutes les autres peuplades ont eu la guerre avec Uabah.

Rabah aurait envoyé ses bandes razziei\jusque chez les Valés et même jusqu'à la Oua, mais pas au nord du 7**,30\ Eu elïet, M. l'administrateur

Bruel nous dit qu'à cette hauteur on ignore même le nom de Rabah ou de ses chefs de bande.

Je n'ai pas l'intention de parler de Rabah, de Torganisation de son armée, de ses faits et gestes, n'ayant aucune compétence sur le sujet. Je tiens à dire quelques mots des officiers de Rabah, de ses lieutenants « chefs de bannière » qui prirent une part prépondérante dans les razzias contre la race Banda et dont les noms reviennent le plus souvent sur les lèvres des indigènes. 11 y a lieu de distinguer tout d'abord les chefs Arabes, recrutés par Rabah comme pourrait le faire un gouvernement européen, et les chefs Bandas, captifs qui furent enrôlés de lorce dans les bannières et qui, de simples esclaves puis bazinguéers, devinrent chefs de bandes ou seconds des principaux officiers arabes.

Officiers arabes. — Ba-bêchir est le plus connu de tous les officiers de Rabah : ce fut aussi son ho;nme de confiance. Le maître ne l'insulta jamais, m'ont dit quelques ashari qui ont servi sous sa bannière. — Nous ne saurions mieux indi- (]iier sa situation qu'en disant qu'il faisait les intérims et commandait en l'absence de Rabah. 11 se rendit justement fameux par ses razzias dans la Haute-Kotto. Ensuite viennent par ordre d'importance Sidir, Ottoman et Ghâdem. Sidir débuta dans les razzias contre les Bandas. Ottoman, au contraire, n'y parut pas : il était et resta gouverneur de la province d*u Lofjotie avec quatre' auti^is

lieutenants : Moussa, iMossa Dicmane, Abdel- Khâder et Ibad. Ghâdem razzia les iN'gaos, les Kas, les Ungourras. 11 fut tué à la bataille de Kousseri (deuxième mission Gentil).

Hassein fut Tun des plus grands razzieurs connu : il fut lue à Maïnbeiïa pendant la guerre avec le Baghirmi, vers 1888.

Les plus connus sont ensuite : Itemane, qui devint gouverneur du Logone, Abou-Nkari, tué à Kouno, Fhakir, Amed-Kébir, le « grand », pour le distinguer du « petit»; Hite, qui fut tué en combat singulier par le lieutenant Duperluis, en 4901, lors de la mort de Fad-el-Allah et de la prise de Dikoa. Hite fil peu la guerre de razzias; il combattit seulement les M'brous sur les bords de TEpi, mais ne poussa jamais plus à Touest. Devenu un des principaux ministres de la guerre de Rabah, il dirigea de loin les opérations conire les Bandas et ne parut que dans les lutles contre les Européens. Kham-Sour, Adia, Gembso trou- Vc^rent la mort à Kousseri. Diabara, tué pendant les poursuites de Fad-el-Allah par le capitaine Robillot, ne fut jamais un guerrier : il fut le principal interprèle de Rabah.

Bâbo, connu par ses razzias dans la Haule-Kotlo, fut, disent les indigènes, tué par Ad-Djâdi (?), chef d'un village où les gens étaient armés de fusils et où il y avait un blanc « dont la moustache (Soumah) faisait le tour de la tôte »?

Ouaddah-Ahnieddi, après ses razzias de la Ouakka, partit pour Khartoum après avoir « fini son service », disent les uns, après une querelle avec Rabah, disenl les autres, et avec lui deux autres chefs de bannière assez connus : Abdallah et Achmata. D'autres lieutenants de Rabah : Ahmet Ouail-Ihahim, Abachaïp, Bilali, Shérif Iguileh, Abou-Bichara ne firent les razzias que comme ashari ou « sous-officiers >'.

La question a été souvent posée de savoir si Rabah avait en personne dirigé des razzias. On a été souvent induit en erreur par les dires et les « racontars » des indigènes. Ceux des anciens sofas de Rabah, aujourd'hui à notre service, sérieusement contrôlés, sont beaucoup plus dignes de foi. Or, des renseignements obtenus, il semble bien que Rabah n'ait paru ^ue deux fois et pendant peu de temps dans la zone d'habitat des Bandas. Il aurait descendu la vallée de TEpi et guerroyé sur les bords de la rivière « M'Boma » impossible à identifier, faute de documents. La seconde razzia — et la plus sérieuse — fut celle qu'il fit chez les Ungourras par les Etats de Senoussi, le Kaga M'Bra, le Kaga Goussembré et le Kaga M'Bré. Il n'est pas prouvé que Rabah en personne soit venu jusque sur la Nana, comme les indigènes le prétendent. Ce qui frappe le plus, quand on interroge les indigènes, même les prisonniers de ces chefs arabes, c'est le respect, mêlé de crainte, c'est vrai,

mais le respect incomparable qu'ils avaient pour ces chefs. Ils étaient, répètent-ils, d'une bravoure sans pareille; « que celui qui nous verra reculer nous coupe le cou», disaient-ils, répétant sous une autre forme le mot célèbre de la Rochejacquelein.

Chefs Bandas. — Les anciens prisonniers devenus à leur tour chefs de bande sont l'exception. Ils sont moins connus et ne semblent pas avoir pris une part prépondérante aux opérations contre les tribus.

Le plus connu est M'Bringi (Tambaggo),qui fut lieutenant de Hassein et razzia avec lui les Mandjias de la vallée de la Oua.

Mangav'la, de la tribu des Adémés, près du Kaga Kourrou, eut surtout maille à partir avec les Saras.

Guérimbassa aurait fait la guerre à une tribu voisine des Saras. Fad-el-Mola, de la tribu des Djakala, fit la guerre, avec les Kabas ; Sarago, chef des Andougous, vivant à côté de Senoussi, opéra surtout chez les W Gamas. Ce sont à peu près les seuls chefs ayant laissé une trace dans rhistoire.

Citons enfin pour mémoire : Kham-For qui a laissé la réputation d'un colosse, Sourour, Rez- Gala, Mors-al-Kara, fait prisonnier par la mission Gentil, Châko-Marhoum, Abd-er-Oudiali, etc..

Par Senoussi, il ne faut pas entendre le grand cheick musulman, grand-prêlre des Croyanls, qui commande à l'Afrique de Mahomet, mais bien le Senoussi, sultan du Dar-Rounga,que les indigènes appellent plus communément : Senoussou. Ce Senoussi ne fut pas toujours le potentat qu'il est; il fut, lui aussi, le vaincu de Rabah.

Au moment où celui-ci vint chez lui, Senoussi n'était qu'un principicule disposant de quelques fusils : il ne jugea pas à propos d'inquiéter Rabah et lui fit môme présent de sa fille: Adja, comme esclave. Celle-ci fut retrouvée par Gentil et rendue par lui à Senoussi. Les Randas assurent que jusqu'à une certaine époque — 1890 à peu prés — Senoussi ne les inquiéta pas. Ce fait est incontestable, mais ce qui ne Test point, c'est qu'à partir de cette époque au moins, il rattrapa le temps perdu. S'il ne prit jamais part lui-même aux opérations, il envoya ses hommes razzier les Maroubas, les N'gapous et les M'baggas.

Senoussi a également envoyé ses bandes jusque chez les Valés, mais, ainsi que pour Rabah, pas au delà de Zobo, dit M. Rruel. Le père du chef actuel de Kakobo a été tué par les Senoussiens, l'année où Gentil arrivait (1896).

U LANGL'E BASbA

Y a-l-il eu un exode général des Bandas provoqué par les razzias de Rabah, ou le niouvement d'énnigralion vers TOuest s'est-il fait par diverses tribus à divers moments? La question, actuellement, n'offre aucun doute: s'il y a eu des exodes particuliers antérieurs, les Mbis par exemple, il y a eu un exode général de la plupart des tribus Bandas provoqué par- les razzias des bannières de Rabah. Quant aux razzias des Nubiens et celles de Bangassou, il y a matière à discussion : il ne semble pas, s'il y en a eu, qu'elles aient été fréquentes et sérieuses. De la coordination des faits et des époques on peut fixer à l'année 1868 cet exode et à trois voies.

1° La majeure partie des Bandas remontèrent la vallée de l'Epi et opérèrent une première scission : les uns se dirigèrent vers les États deSenoussi, les autres contournèrent la Ouaka (N'Dys, Ungourras, Kas), affluent du Kouango, coupèrent la Kémo en laissant les sources au nord et pénétrèrent dans la vallée de la Tomi. Nous verrons dans les notes sur chaque tribu le chemin suivi à peu près par chacune d'elles.

Les tribus qui se dirigèrent vers les Étals de Senoussi se séparèrent également : quelques-unes (N'gapous, M'baggas) se fixèrent dans la région ;

les aulres continuèrent leur roule, traversèrent 1 Ba-Mingui, se fixèrent dans la vallée du Gribingc et continuèrent leur route jusqu'à la Fafa et la Oa

(N'gaos).

2° La deuxième partie de Texode descendit I Kotto, puis, avant d'arriver à rOubangui,coupèren vers rOuest et passèrent chez les Làngouassis e jusque chez lesBanziris. Les autres tribus affirmen que ces derniers renoncèrent à leur projet, revin rent sur leurs pas, remontèrent la Kotto pour re tourner à leurs anciens villages (Maroubas, Tambaggos).

3° Enfin quelques-uns coupèrent directement t rOuest, s'établirent dans la moyenne Ouakka ei peu à peu émigrèrent vers l'Ouest, gônés par les incursions de Rabah ou même celles de Senoussi (Sabangas, Mbis).

Au moyen de la tradition, en interrogeant les quelques ténioins oculaires que j'ai pu rencontrer soit du côté des Bandas migrateurs, soit du côté des Arabes destructeurs, je n'ai pu reconstituer exactement que trois itinéraires : celui de Texode général vers les Etats de Senoussi et la fuite des N'gaos Dakpas, celui du même exode vers l'Oubangui et enfin la migration des Sabangas. La plus grosse difficulté est l'identification des noms de villages et de rivières avec les noms portés sur les cartes actuelles trop récentes, l'impossibilité de lixer l'emplacement des villages aujourd'hui

déplacés et même disparus. Il serait Irop long et trop fastidieux de donner ici une suite de noms.

Les Sabangas viendraient des environs de Pakourou (région N'Sakkara). Cette opinion de M. l'administrateur Bruel est corroborée par ce fait que les vieillards Sabangas comprennent et parlent la langue N'Sakkara.

Les plus anciens renseignements que j'ai pu obtenir ne remontent pas au delà d'une période que Ton peut fixer à 1835-1840.

Ils ont eu de nombreux chefs parmi lesquels j'ai pu relever les noms de Guénégui, Sambi, Danyba, Cambrou, Coulé, Yangba, Bandjia, Bako, Igo, — mais les plus connus et les seuls dont j'ai pu obtenir quelques bribes d'hisloirc sont, par ordre chronologique : Yangou'M' Daoua dont je n'ai pu retrouver les dates exactes; Bahna, qui fut tué vers Tannée 1863, peu de temps avant l'exode de la tribu, et BancJjia, assassiné vers 1885 alors que la Iribu avait émigré vers la Ouakka.

L'histoire des Sabangas, quoique très confuse et très peu précise, semble des plus intéressantes : celte tribu essentiellement batailleuse et nomade fut constamment en guerre avec ses voisins ou avec les Arabes.

Le chef Yangoa^ surnommé « l'Ami -du-sang »,

fat un lyraii : s'il ne livra pas la guerre à ses voisins, il se rattrapa sur ses subordonnés; les vieux Sabangas assurent qu'il avait la main leste et que beaucoup de têtes tombèrent sous son administration.

M' Baoua, nous dit Thistoire, fut constamment inquiélé par les Arabes, mais eut le courage d'essayer de tenir têle et de refuser les lourdes impositions dont il élait frappé. Il fut tué dans une razzia de la bannière de Sidir avec une partie de ses hommes.

Baïma commença l'ère des luttes avec les tribus voisines et surtout avec les Lindas et les Maroubas : c'est dans une de ses excursions qu'il futtué, vers l'année 1863. Ces luttes intestines ne furent interrompues que par le grand exode de 1865 et la fuite vers la Ouakka : mais il semble prouvé que les luttes recommencèrent aussitôt. Le chef Bandjia qui fit constamment la guerre, fut tué dans une expédition. Depuis, les Sabangas ont attaqué les Lindas, les ont chassés, ont pris leurs villages et leurs plantations et se sont établis dans la vallée de la Goumbra.

Inquiétés par les razzias des Arabes, les Sabangas auraient quitté le pays et fait une trouée de vive force à travers les Maroubas de la vallée de la Kotto. Une partie de l'exode s'arrêla sur les bords de la Ouakka: le reste continua sa route à travers les Ungourras, les Kas, les Mandjias de la

La langue banda Mi

vnllée (le la Komo, les NDis et les M'Brous de In Vtillée de la Tomi el se seraient arrêtés chez les Ouangas avec lesquels ils auraient eu d'excellentes relations. Ce n'est que beaucoup plus tard qu'ils auraient poussé jusqu'à la rivière MToko et dans le pays des Bangbas. ils ne firent qu'y passer; ils remontèrent rOubangui et en 1895 s'installèrent sur la rive droite du fleuve entre l'embouchure de rOmbella et celle de la Kémo.

Il existe deux groupements N'Gaos : les N'Gaos Dakouas (ceux du Haut-Chari et ceux de Senoussi) et les N'Gaos N'Gapoux sur la Haule-Ombella el près de la Kémo. Ils habitaient il y a une trentaine d'années le bassin de la Kotto, sur les bords de la rivière N'Gangou (?) avec lesOurddas, les Vidérés, lesTambaggosJesN'Dis,.. etc.. Les chefs N'Gaos de ce temps étaient M'Bosi, Diouma et Ouangandi. Pomboulou, père de Ouangandi, élait leur grandchef.

Les Arabes de Zobéir, a-t-on dit, mais presque sûrement les bandes de Rabah sont alors venus razzier l'ivoire et les esclaves.

Les plantations furent dévastées, les hommes tués, les survivants reslés libres sont tous partis avec leur reste de vivres vers l'Ouest. Ils cherchaient à se faire jour au travers des populations

aulochlones : iiuilile de dire qull y eut de ce fait des liilles sanglantes et que beaucoup de N'Gaos y trouvèrent la mort. Us se seraient arrêtés sur les bords de la Ouakka : ils se seraient ensuite rapprochés de Senoussi avec lequel ils auraient vécu en bonne intelligence. Ils avaient, a raconté le chef Ouangandi à M. le capitaine ïhomasset, de nombreux villages nommés Kedemi,

Les attaques de Rabah devenant plus pressantes et Senoussi étant intervenu pour razzier lesN'Gaos, tous ceux qui ne se soumirent pas à l'autorité de Senoussi tentèrent de fuir. Pomboulou et Dzama étaient les chefs. La scission se serait alors opérée : Dzama aurait été tué par les Arabes, Pomboulou serait mort; Ouangandi, son fils, entraîna avec lui quelc|ues chefs de villages : Issah, Outa, et se dirigea vers le sud-est,jusqu'auGribingui, en amont de Fort-Crampel, mais Rabah ou ses lieutenants seraient venus attaquer les Ungourras et Ouangandi aurait emmené son monde presque à la Oua, auprès du village Adaba, à un jour de Durba.

Ali-Diaba, chef de bannière du sultan Senoussi, aurait eu une fois l'intention de venir razzier les NMîaos, mais l'annonce de l'arrivée des missions laurait arrêté.

Les N'Gaos se mirent vite à razzier leurs voisins les Mandjias, auxquels ils prenaient des captifs; ils pénétrèrent jusqu'à la Oua,

Sur la Ona, un village aurait été commencé près du confluent de la Oua et de la Fafa : une

guerre malheureuse à un chef de la Oua qui possède des chevaux aurait provoqué un nouvel exode qui se serait terminé par leur installation définitive.

A rheure actuelle, les N'Gaos continuent leurs razzias: ils opèrent de préférence contre les Mandjias de la Dy ou de la Haute-Rassa.

Ils respectent, disent-ils, les Valés, les N'Gamas, les Oudios.

L'autre groupe Nïiaosse rapprocha de N'Dellé : c'est le groupe le plus important à deux jours au sud de N'Dellé et qui a construit de nombreux villages dont les noms sont identiques à ceux des villages N'Gaos que nous connaissons : Kaba, Koundji... Un chef (lono aurait été lue : il resterait Pongbou et Adaba, frère de Ouangandi ou plus exactement Arroa qui serait venu au Gribingui avec Senoussi au début de 1902.

Les N'Gaos de l'Ouest admirent peu facilement la domination française. Il fallut les y contraindre par la force. En décembre 1901, après l'assassinat d'un Européen, le chef Ouangandi fut tué et la tribu vint enfin à résipiscence.

Des documents existants et des renseignements que j'ai pu recueillir tant auprès des N'Gaos que des indigènes non autochtones, il résulterait que la tribu N'Gaos installée sur la Oua et près du Gribingui n'est pas une. Pendant le grand exode des Bandas, plusieurs membres des autres tribus : les Tambaggos, par exemple, se sont joints aux

16 LA LANGUE HANDÀ

N'Gaos, les ont accompagnes jusque-là et se sont enlièrement fondus avec eux. Plusieurs chefs actuels ne sont pas N'Gaos et ne Font jamais été : par exemple, le chef Hassein est un Tambaggo, le trop fameux Ouangandi serait un Djongourou, tribu peu connue.

On est étonné des noms arabes qu ont plusieurs de ces chefs : Hassein, Issah; ils ont donné lieu à bien des hypothèses; il paraîtrait que ce sont de simples fantaisies de leurs propriétaires.

Les N'Gaos-N'Gapous, comme je Tai dit précédemment, sont établis sur FOmbella. L'administrateur Pinel a signalé leurs migrations depuis les bords de la Oua jusqu'à la Rasse-Ombella, en traversant les M'Brous, les Langouas, les Amboukas, lesTogbos, lesM'Bréas, les Oudios, les M'Baggas.

D'après M. Pinel, cet exode aurait commencé en 1893. D'après M. Bruel, ils étaient encore à cette époque sur les bords de la Boïmgou et de la Faba, affluents de la Fafa : c'est dans la saison sèche 1896-1897 qu'il fixe le début de leur migration vers rOubangui.

Une partie des ljngourras,qui sont dans la région du Haut-Chari, paraissent s'être déplacés légèrement vers le sud-ouest depuis vingt ans. Ils racontent, en eiïet, qu'il y a trente-cinq ans environ Rabah

vint cliez Senoiissi qu'il soumit, puis il poussa en personne jusqu'aux Kaga Goussembri et Mbré. A cette nouvelle, le père de Grimintou : Gatro, habitant au village de Kandio (près du Kaga Baké) et qui était le chef le plus important du pays, lui envoya en cadeau dix poinles. Rabah vint alors à Kandio pour donner l'investiture h Gatro, en faire le chef de tout ce clan Ungourra. De Kandio, Rabah rentra chez Senoussi. Peu après, on envoya Grimintou chez Rabah (huit à neuf ans); il accompagna le lieutenant de Rabah, Hassein, vers I880. Il V avait avec eux deux chefs de Senoussi :

Alaoula et Erenago qui est encore à N'Dellè.

La razzia, nous dit M. Bruel, passa parle Kaga M'Rra, fit la guerre aux M'Baggas, aux Tambaggos de la vallée de la Koddo, passa le Gribingui, près du Kaga Bandéro et poussa jusqu'au Kaga Kalé en pays mandjia. Une parlie de la razzia rentra par même route, l'autre traversa la Nana aux chutes, passa au Kaga Sein et revint par le Kaga Goussembri.

Peu après, la bannière de Ghadem serait venue razzier les Ungourras, alors commandés par le grand chef Boudoubolo, bien que celui-ci leur ait olTert de l'ivoire. Le fait m'a été affirmé personnellement par Gono, chef du village de Bongo, fils (le ce Boudouboulo et qui fut enlevé par Rabah. Les Ungourras auraient fui chez les M'Brés qui les auraient mal accueillis, puis sur la Kémo en parlie.

Acluellemenl, les Ungournis comprennent deux groupes : le groupe du Gribingui, dont le grand chef esl Gono et le groupe situé entre la Tomi et la vallée du Gribingui, dont le grand chef est Grimintou.

N'Ga/jous, — La tribu des N'Gapous est une des tribus qui eut le plus à souiïrir des incursions de Rabah et aussi des razzias deSenoussi.

En interrogeant plusieurs vieillards de la tribu, j'ai pu obtenir la chronologie exacte quant aux noms, mais peu précise quant aux dates des grands chefs de la Iribu. Les voici par ordre de date :

Tchoubou (environ 1860) ; Ouangapou; Maléo; Pongou ; Garasima; Magoudi, sous l'administration duquel e»ut lieu la razzia d'Hassein; Sarademi, et Guerroua, vieillard existant actuellement, habitant autrefois près du Kaga Kourrou et qui vint au mois de février 1902 demander au poste de Fort-Crampel de se rapprocher de lui, pour échapper aux vexations continuelles de Senoussi.

Il m'a été permis d'entendre contradictoirement le chef Guerroua, témoin oculaire du massacre de la tribu, et un ancien Sofa de Rabah, en service au Gribingui, qui en fit partie. Il en résulterait que la razzia élait conduite par le chef Hassein arrivant de la Kotlo. Tous les villages N'Gapous furent détruits (Abadci, Kourouma, Abreïa, N'Gama), les femmes et les enfants tués, les hommes capturés.

Mais la lulle fui parliculièrement opiniâtre au village du grand chef Magoudi : la lulle dura si\ jours entiers; le village fut entièrement détruit. Hassein rentra chez Senoussi avec son butin.

Les N'Gapous furent une seconde fois razziés très peu de temps avant l'annonce de l'arrivée de Crampel, c'est-à-dire vers 1889. Mais la tribu jugea prudent de se tenir cette fois sur une certaine réserve et fit des cadeaux d'ivoire aux Arabes. Ceux-ci poussèrenl alors jusqu'au village de Ouadda, sur la rivière Broso (?) alflutnt de la Koumi, qu'ils détruisirent.

Les N'Gapous ont été traversés par la mission Crampel. Au printemps de l'année 1900, Senoussi aurait à son tour razzié les N'Gapous et les aurait retoulés vers l'Est en leur faisant quitter le contact des M'Bis et des Bis.

Kas, — Les Kas seraient venus du bassin de la Kouma avant les Ungourras et les Sabangas.

Toujours à la suite des razzias, ils émigrèrent vers l'Ouest à la place qu'ils occupent actuellement : ce qui ne les empêcha pas d'être visités par les Arabes.

Il y eut un véritable massacre au village du chef Bolohoroqui fut tué pendant le combal. Le chef Ima qui existe encore le remplaça. On a dit que celle razzia était commandée par Uabah lui-même; deux témoins oculaires m'ont assuré que c'était la bannière de Ghadem.

l.a tribu Kas comprend acliiellemenl deux groupes celui de la Basinda et de la Kémo, et celui du chef Ima, enchevêtré dans les Ungourras

Djongourou. — Je n'ai pu recueillir aucun renseignenjenl précis sur cette tribu, bien que plusieurs Bandas m'aient affirmé qu'elle existait et qu'elle était établie dans la vallée de la Haute- Kotta — près des rivières Longba et Balorou. — Mais les indigènes n'ayant pour désigner une étendue d'eau, quelle que soit d'ailleurs sa surface et son importance, qu'un seul et même terme [gongou)\ il est impossible de savoir exactement si ces deux noms se rapportent à un simple marigot ou à un des afduents quelconques de la Kotta.

Les chefs les plus connus seraient : Niaho, Ouangandi, Bokodio etBongolo. A toutes les questions posées, je n'ai eu qu'une réponse: Les Djongourous se seraient soumis aux Arabes établis dans les États de Senoussi ou au nord de la Kotto et se seraient fondus dans la masse des populations musulmanes. D'autres membres de la tribu se seraient joints aux autres agglomérations, perdant leur caractère propre et jusqu'à leur nom : cette opinion est corroborée par le fait cité plus haut que Ouangandi devint grand chef des IS'Gaos.

M^Baggas. — C'est sur la tribu des M'Baggas que l'on possède le moins de renseignements : ce doit être une branche d'une tribu du Dar-Banda :

en tout cas elle parle le Banda. Il semble qu'elle ait émigré vers TEsl et se soil rapprochée du Gribingui et de l'Oubangui à la suite des incursions de Rabah.

Les M'Baggas forment actuellement trois groupes bien distincts :

1° Les M'Baggas-Senoussiens, au delà du Ba- Mingui jusqu'à TEst;

2^ Le groupe de Gribingui ;

3° Le groupe de la vallée de la Tomi et de la Kémo.

Le groupe Senoussien et le groupe Tomi -Kémo sont les plus importants.

M' Bis. — Les M'bis semblent avoir habité dans le bassin de la Boungou, afiluent de la Kolto. Des interrogations de vieillards donnent comme date approximative 1835, ce qui permettrait de croire que ces M'bis ont émigré les premiers.

lisse seraient établis sur les bords de la Ouakka, puis seraient partis vers 1885, vers Test, à 1 endroit qu'ils occupent actuellement dans la vallée de la Haute-Kémo.

Les M'bis auraient eu particulièrement à souffrir des incursions de Senoussi : le chef Yaouli du village de Djéringa dut s'éloigner vers l'ouest afin de se rapprocher des Ungourras et de nous.

Organisation politique et sociale.

S'il fallait rechercher la véritable unité de groupement social chez les Bandas, on serait réellement embarrassé. Les indigènes eux mêmes n'ont qu'une idée fort peu précise des sélections sociales amenées par le hasard plus que par des conventions de colleclivités. La preuve en est qu'un mot abréviatif commun : n'da, sert, dans leur langue, à désigner la tribu (canda), le village (marauda), la maison (n'denda). En ell'et, ces trois divisions que nous venons d'indiquer existent bien, mais pas avec les caractères nettement définis que Ton retrouve dans la division-type : la tribu, le village, s'ils sont concrètement définissables, ne sont, au point de vue social et moral, que des concepts affaiblis. Quant à la famille elle n'existe guère que dans la ligne directe; le reste n'olTre aucun intérêt Chaque village est commandé par un chef, mais il ressort de l'histoire connue de la race, que l'anarchie la plus profonde a toujours régné dans toutes les tribus, celles-ci étant constamment en lutte pour le simple plaisir de s'enire-détruire, de se voler les femmes et les enfants. Les grands-chefs de tribus n'ont jamais eu une réelle, autorité; souvent plus ignares et plus lâches que leurs mmes, ils

ssayèrent pas un inslanl, dans les nioinenls difiles, d'imposer leurs volonlés. l/hisloire ne nous laissé que deux noms de chefs couraj;eu\ :

mbolo, grand-chef des Ungourras, ctOuangandi, 5 N'Gaos. C'est sur celle société, composée grégals si différents et si peu unis, (\ue tomba puissance Arabe. Comme une masse elle 'asa la race primitive, la réduisit en un étroit îlavage, en dispersa les éléments d'un souffle issant. Le village seul a toujours offert une cerne cohésion et encore les chefs n'ont qu'une tori té très relative; les administrateurs qui se ut succédé au Chari ont vainement essayé de mver des chefs dignes et capables du commanment : on n'en trouva que deux chez les Bandas : iminlou chez les Ungourras, Ouangandi chez 5 N'Gaos. Or, le premier n'avait qu'un très petit mmandement territorial, le second ne voulut mais marcher dans nos vues.

Le chef du village est assisté, pour les décisions iportantes, du « palabre », c'est-à-dire de la réuoa de tous les hommes à partir de Tàge de 14 à i ans. Après tam-tam et pipi (1) obligatoires, on seule des intérêts du village et des décisions à endre. Il paraîtrait qu'avant l'arrivée des blancs, s réunions étaient très fréquentes, une ou deux is par lune, mais qu'actuellement elles sont de- 'nues très rares.

[i] Sorte de boisson fermentée en usage chez les peuples de frique centrale et faite de farine de mil.

2i U UNGUK BANDA

Loi coutumière.

11 ne semble pas qu^il y ail de règle de justice précise chez les Bandas : cela provient de fanarcliiedans laquelle ils ont toujours vécu. H n'y a qu une sorte de droit coutumier prévoyant quelques punitions en usage depuis des temps immémoriaux.

Les châtiments par ordre de gravité sont : le paiement, le prix du sang, les « fers » aux pieds, la flagellation, Tempoisonnement, la mort. Le paiement est usité en matière de vol quand il y a restitution immédiate, et d'adultère quand il n'y a pas eu de tiers témoin oculaire et que la femme dénonce elle-même son amant. Ce paiement consiste en une dizaine de sagaies, 20 flèches, 3 ou 4 bracelets.

Le prix du sang est payé par le meurtrier d'ua homme ou d'une femme de tribu étrangère au chef du village auquel appartient la victime.

Il y a une jurisprudence adoptée : le meurtrier qui a supprimé une vie doit en rétablir d'autres : il donne une jeune lille. C'est la seule façon pour lui de se tirer d'aiïaire.

Les fers aux pieds consistent en deux peliies poutres pesantes qui sont atlacliées à l'ttn des

■V 2 4tf'

Type: général ci« la cist baiula. — Case banda, prÈï d'un villBKii.

2G LA LANCUE RANDA

pieds (lu patient avec des lianes. En cas de circonstances atténuantes, celui-ci est autorisé en marchiant à se servir de lianes quMl tient à la main, avec lesquelles il soulève les poutres. C'est le châtiment le plus généralement adopté pour le vol léger quand il n'y a pas remboursement immédiat, et pour l'adultère jusqu'à ce qu'il ait payé au mari le prix convenu.

La flagellation se fait avec une branche longue et flexible ou avec le cuir d'hippopotame que les Bandas ont emprunté aux Arabes (la courbache), ce que nous appelons la « chicotte ». II y a flagellation pour provoquer des aveux, pour punir d'un vol important.

L'empoisonnement est une vengeance particulière, mais des conversations indigènes il semble bien ressortir que le chef de village aurait le droit d'empoisonner celui de ses administrés qui menacerait sa sécurité, celle de ses voisins ou la tranquillité du village. C'est surtout une sorte de droit politique, mais aussi un châtiment de droit commun. Sont passibles des peines de l'empoisonnement ceux qui ont violé le secret de la naissance, c'est-à-dire sont allés voir une femme prêle à accoucher.

La mort immédiate est donnée par la sagaie :

elle est prononcée contre l'homme adultère pris en flagrant délit, celui qui refuse de payer le prix de l'adultère quand il est désigné par sa complice ou de payer le prix du sang.

LA LANGIK BANDA Tl

La procédure banda est simple: le chef est arbitre et prononce la sentence, le père du coupable l'exécute. En cas d'empoisonnement ou de mort immédiate, c'est un homme désigné par le chef du village qui fait l'office de bourreau.

Notons quelques particularités en ce qui concerne le vol. La peine prévue est la mort. On procède préalablement à la llagellation. Mais ces châtiments peuvent être toujours rachetés. La restitution de l'objet volé est obligatoire. Le volé demande la restitution pure el simple ou le don d un objet d'égale valeur, si l'objet détourné a perdu de son prix par usage, baisse de la valeur courante ou détérioration.

Un autre usage juridique est la dot. Contrairement à l'usage qui tend à s'établir dans nos payi> de civilisation intense, c'est le mari qui donne la compensation du bonheur que va lui procurer l'épouse au lieu qu'il semble que nous exigions de notre compagne qu'elle nous dédommage des ennuis multiples que va nous causer sa perpétuelle présence.

Voici une dot payée avant l'arrivée des blancs : ^ blngui (bracelets de cuivre rouge), 60 hohoi^as ((lèches), Sdoudou (sagaïes).

La dot moyenne actuelle, qui se passe de commentaires, prouve que l'article a sensiblement augmenté de valeur et que les marchandises européennes font prime.

300 (lèches neuves (kokora oroni), 30 doudous,

4 m'volas (boucliers), 10 n'dondo (couXennx de jet), 300 petits colliers de perles bayakas multicolores,

5 colliers de perles bapteroses sphériques lurquoises.

La coulume banda prévoit le divorce. Celui-ci n'a lieu en principe que pour faute de la femme : vol des biens de la communauté et surtout adultère. Le mari la rend h sa famille qui est tenue de lui verser la dot. Cet usage est commun à toutes les tribus. Cependant la femme peut abandonner son mari quand celui-ci s'est rendu coupable de vol ; la famille ne rend que la moitié de la dot. Si le mari réclame sa femme ou veut la reprendre de force, il peut être pris et frappé : il n'a aucun droit dans ce cas à la dot. Les M'Brés ont étendu cet usa^e : le mari ne peut en aucun cas s'opposer à la fuite de sa femme, mais il a toujours droit au reversement de la dot intégrale. Pour en finir avec ce point particulier, notons quelques détails : à côté de la dot, les Tambaggos et les N'dys font des cadeaux qui se donnent généralement par le fiancé au père, h la mère et au frère aîné. Cependant, s'il s'agit de l'aînée des filles, le père seul a droit aux cadeaux. La dot chez les M'Brés se verse à la mère.

Héritage, — C'est la femme qui hérite et dispose du tout pour sa subsistance. S'il n'y a pas de femme, c'est le père ou la sœur, ou, à défaut, le père

LA LANfiUE BANDA 20

OU la mère : si enfin ceux-ci soûl moris, tout passe aux mains du beau-frère ou de la belle-sœur. Enfin, s'il n'y a plus aucun parent, c'est au chef ou à Tami le plus proche que revient Thérilage.

Contrairement à Tusage élabli dans la plupart des autres peuplades, il n'y a aucune mnrque extérieure de respect à l'égard du chef. La transmission de pouvoirs s'eiïectue très simplement. Au père succède le fils ou le frère s'il meurt sans enfant mâle. Au cas où un chef ne laisse ni (ils ni frère, son meilleur ami ou généralement celui qu'il aurait désigné avant sa mort est nommé chef : on fait un « palabre », on boit le pipi et tout est dit.

Contrats de traitait. — Les contrais de travail et le louage de services existent chez les Bandas, mais pas par fractions entières de tribus comme nous avons pu le remarquer maintes fois chez les Mandjias. Ce sont chez les Bandas des cas particuliers ressortissant à deux causes :

a. — Acquisition du droit de cité, si le terme n'est pas trop pompeux ;

b, — Complément de payement d'une dot, ou plus exactement : tradition d'aider ?on fulur beaupère aux semailles et à la récolte.

En ce qui concerne le premier point, M. Chamarande, au cours de tournées, a pu recueillir la preuve certaine que des villages, désireux de s'installer chez les M'Brés, payaient ce droit en travail pour le compte de leurs hôtes.

30 LA LANGUK BANDA

Vie privée.

11 faudrait un Paul Bourget pour déterminer les lois de la psychologie de l'amour nègre.

Le rôle de la femme dans la société Banda, comme dans la plupart des agglomérations noires, est nul en soi, mais important et complexe au point de vue des relations quotidiennes. C'est un capital qu'on garde jalousement.

Quand un jeune Banda atteint Tâge du mariage, ce qui est relativement lard : vingt-cinq à vingt-six ans au moins, il choisit une femme généralement dans son village, quelquefois dans les villages voisins. Il va trouver son père ou, le cas échéant, son ami, et lui désigne la fleur sur laquelle ses yeux se sont reposés. Ici paraît une loi générale de l'humanité dont les facteurs sont représentés par les beaux-parents : on discute la dot : nous avons vu, au chapitre de la loi coutumière, ce qu'elle était.

Supposons qu'après de longs discours et force calebasses de pipi, le marché soit conclu. La jeune épousée est aussitôt confiée aux mains experles des matrones... Trois mois après, la fiancée rentre dans la maison de son mari. Inutile d'ajouter que c'est Toccasion de bienvenues et de tam-tams sans nombre.

La polygamie est admise et pratiquée chez les

Bandas, mais dans des proportions raisonnables; les harems les plus peuplés ne dépassent pas dix à quinze femmes. La première femme mariée devient la « matrone », la maîtresse : elle porte le nom de iyi n'da ho, en langue indigène : la femme qui resle au village pendant la guerre. En effet, il paraîtrait que quand un village pari en guerre ou pour une expédition longue et lointaine il emmène les femmes et les enfants d'un certain âge. Il ne reste que très peu de monde pour garder le village, quand, pour la circonstance, on ne l'abandonne pas pour aller s'installer ailleurs.

Kaissance, — Quand le moment de la délivrance se fait sentir, la mère se retire dans la brousse avec deux femmes du village. Pendant toute cette période le mari seul peut approcher sa femme : tout autre que lui, s'il violait cet usage, serait puni dès le retour de la mère au village : on lui donnerait le « poison » qui le guérirait à jamais de sa curiosité. Cette coutume est exactement observée chez les Sangos et les Banziris.

Quand l'enfant est né, la mère revient au village où l'on procède à leur purification. L'un et l'autre sont lavés et oints : le petit est enduit de couleur rouge (tirée du foro). On ne (ait généralement pas de tam-tam pour si peu, mais on en profite pour boire le nectar enchanteur qu'est le « pipi ». Ce n'est que trois jours après sa naissance que l'enfant rcc;oit un nom quelconque : il n'y a aucune

3^ LA LANGUE feANDA

règle précise pour le choix de ce vocable, cVsl la mère qui le choisit.

Calle défi morts, — Quand un banda nneurt, tous ses parenls et amis se lamenlent à Tunisson célébrant les louanges du trépassé : c'est, en un mot, ce que nous faisons d'une façon plus discrète. Comme nous, également ils font la toilette du mort. Après ravoir lavé, ils Toignent de graisse consciencieusement. Deux jours après, au milieu de lamtams, il est enterré suivant des usages que nous verrons tout à Theure.

Le mort est gardé par les habitants du village; cependant les femmes ne peuvent être veillées que par des femmes, et le chef par son fils, qui seul peut assister à Tinhumation de son père. J'ai demandé la cause de cette exception: on m'a répondu que les sujets ne devaient pas savoir de quoi était mort leur chef. J'avoue que la réponse ne satisfait pas pleinement l'esprit.

Le cadavre est conduit à sa dernière demeure avec des chants exécutés uniquement par les vieillards. Si c'est un homme, on chante les tamtams de guerre que nous verrons plus loin. Si c'est une femme, on entonne le « chant de l'excision » qu'il m'a été impossible de recueillir.

Un homme, s'il est mort de mal.idie, est enterré la tête tournée vers l'orient, et s'il est mort à la guerre, vers roccidenl, et on met près de lui, autant que possible, l'arme qui l'a frappé. Une

f^^mme est tournée indiiïéremment, la fi«^mre au nord ou au sud.

Voici la description d'une lombe Banda :

« C'est une sorte de crypte creusée avec un art remarquable dans la glaise. Le corps y est couché sur le côté, les genoux ramenés à la hauteur du ventre, les bras croisés sur le devant de la poitrine. La crypte est fermée par des rondins de bois et des nattes de paille. Le corps repose ainsi dans une espèce de caveau. Le reste du trou est comWé au fond par des cailloux, au-dessus par de la terre, à la surface, par une sorte de macadam en argile battue, mêlée de sable. Un remblai haut de quinze centimètres en forme de fer à cheval élargi détourne les eaux de pluie (1). >»

Cannibaimne, — On ne peut, sur ce chapitre, que répéter ce qu'on a dit déjà des peuplades du Congo qui mangent la chair humaine. Cependant je dois ajouter quel(|ues tempéraments en faveur du Banda, quelques restrictions qui tendent à prouver une fois de plus que la genèse de cette liabilude est réellement le besoin.

Le Banda, en effet, ne mange que les morts et les prisonniers de guorre, ne fait aucunement commerce de chair humaine, ni ne tue ses voisins pour celte unique cause. Il ne mange les hommes étrangers à sa tribu que quand il les trouve morts

l. Ghnmarande : Lettre personnelle.

et abandonnés et encore esUil défendu de faire aucune réjouissance publique : c'est un cas de guerre formel. En aucun cas les Bandas ne touchent aux morts de leurs tribus.

Je n'ai pu élucider complètement la question de savoir si les femmes bandas participaient aux festins cannibalesques.

Voici cependant ce que je crois exact :

Les femmes Ungourras et M'Baggas mangeraient la chair humaine. Quant aux femmes Maroubas et N'Gaos, cela dépend du chef de village, mais il y aurait une tendance nette à les en priver.

Les femmes Oudios ne peuvent pas y goûter.

Les enfants mâles sont également exclus de ces festins jusque vers treize ou quatorze ans : à cette époque, ils y ont droit sans qu'il soit besoin, comme dans certaines autres peuplades, qu'ils soient circoncis. Si le père, pour une raison oa pour une autre, n'en mange pas, les fils doivent aussi s'abstenir.

Poisons, — Les poisons jouent le même rôle dans les sociétés indigènes que dans les républiques italiennes du moyen-âge. Avec une calebasse de pipi, on se débarrasse d'un concurrent, d'un ennemi, d'un gêneur.

On comprendra facilement que les indigènes soient discrets sur ce chapitre; cependant on peut affirmer que ces poisons usités, lents et exclusivement d'origine végélale, ne sont guère qu'au

LA L\>(Ufc: BANDA .'il

nombre de deux ou trois. Ce sont des racines et des écorces d'arbres macérées dans l'eau. Celle mixture est jetée daus la bière de mil : les plus foudroyants n'agissent pas avant trois ou quatre jours et semblent rentrer dans la catégorie des stupéfiants.

Jeux. — Les Bandas n'ont qu'un jeu : le kouka

qui est le patara des Sangos. C'est notre « pile

ou face ». On parie ce que l'on veut et le sort juge

des coups : pour jouer, on prend 4 cauries ou 4

objets de même forme qui ont un côté convexe et

un concave. Pour mieux faire comprendre le jeu,

disons que le côté convexe, c'est face, le concave

pile. En lançant les 4 cauries, on aura les cinq

combinaisons suivantes :

faces

ou 4 pil

les

gagne.

faces piles

1 pile 1 face

ou

perd.

faces

2 piles

gagne.

En résumé, les nombres pairs de face ou de pile gagnent, les nombres impairs perdent.

Il y a trois chances de gagner sur deux de perdre. Et avec cela les indigènes jouent des perles, de l'élolTe, ou, quand ils sont moins riches, des flèches, des sagaïes, mais on peut être assuré que tous jouent : petits et grands, riches et pauvres, du matin jusqu'au soir. Tout leur est bon comme enjeu :'ils joueraient même pour perdre, parce qu'il faut jouer.

Contes et légendes.

Les Bandas ne s'étant jamais imaginé que l'existence du coin du monde où ils habitent puisse être reiïet d'une cause quelconque, n'ont jamais poussé la curiosité jusqu'à rechercher cette cause. Le catholique plongé dans le recueillement de la prière, le Musulman conlit dans ses salams, le « sauvage » adorant ses fétiches, les étonnent au même titre. Ce n'est qu'au contact des Musulmans que les moins réfractair^s ont acquis la notion de l'Être suprême, et encore ne peuvent-ils atteindre aux spéculations métaphysiques du plus tiède Musulman.

La meilleure preuve en est que si l'élément arabe a conquis et dompté la race Banda, jamais il n a pu la convertir à la religion de Mahomet. Il y a, il est vrai, une cause première : les Arabes n'ont jamais traité leurs vaincus que comme des « béni kelb », jamais dignes d'entendre la bonne parole, jamais suffisamment purifiés pour pratiquer leur religion.

Mais, à part cela, il y a une impossibilité matérielle à la conversion des Bandas : ils ne sont pàS développés intellectuellement; ils ne coihprénnent pas et jamais ne pratitpieront, dussent-ils rester leur vie entière près du Musulman. Où là rteligion

musulmane et ses pratiques concrètes échouent, 1. doctrine catholique et ses abstractions échoueronfatalement.

Les Bandas ont une sorte de Dieu : c'est Youvrou celui qui fait la pluie, le tonnerre et les éclairs.

Au commencement, Youvrou descendit du ci^ et se décida à créer Tespèce humaine. Il fit ur homme qu'il appela Amba, puis une femme .

Téné, Il créa ensuite tout ce qui devait servir à leur alimentation et à leur existence.

Probablement satisfait de son ouvrage, il fit six M'Brés (trois hommes et trois femmes), six Maroubas et six N'Dys. 11 les accoupla et leur apprit le grand geste d'amour qu'il leur lit répéter trois fois pour s'assurer qu'ils l'avaient bien compris.

Enfin, il leur montra dans la nature les plantes et les animaux, tout ce qui était bon et tout ce qui était mauvais. Cela fait, il remonta dans le ciel et laissa les mortels à leur triste sort.

Une des légendes les plus intéressantes et généralement admise aussi bien chez les Mandjias que chez les Bandas, est l'existence des « Corocoumbo », des « hommes de la montagne ». Ces êtres surnaturels, qui ne sont que les âmes des trépassés, très petits, ne prennent la forme humaine que pendant la nuit et pour jouer des tours pendables aux vivants, les enlever ou les envoyer de vie à trépas. Les Bandas ont une très grande croyance dans ces esprits : un homme meurt-il? immédiatement on va sur la montagne où ils habitent toujours; on

leur apporte des cabris, des poules, des œufs, du manioc, du « pipi » et de préférence des chiens; en Un mol tout ce qu'il faut pour distraire leur estomac, car ces esprits niangent et boivent, vivent de tout ce qu'ils trouvent, comme la plus misérable des animalités.

Personne ne peut les voir sans danger, sauf les vieillards. Ils sont tous dangereux, mais plus ou moins; quelques-uns d'entre eux donnent la mort immédiate par le regard. D'autres se contentent d'aborder, la nuit, les passants et de les tenter par quelques calebasses de pipi bien frais. Quand le malheureux a les jambes ramollies par le breuvage, l'homme de la montagne l'emporte : on ne le revoit jamais. Quelques autres de ces esprits ont de fâcheux procédés : aux passants, la nuit toujours, ils proposent des viandes succulentes. Si le patient refuse, l'esprit s'en va; s'il accepte et porte la viande à ses lèvres, il tombe foudroyé.

11 m'a fallu des ruses d'Apache pour obtenir quelques détails sur ces hommes de la montagne. Ce senties âmes des trépassés : hommes, femmes et enfants ayant subi le « jugement dernier » et reconnus bons.

C'est qu'en effet il y a une sorte de jugement dernier : un enfer et même un paradis, si l'on admet que cette habitation céleste soit le maximum du bonheur'que puisse atteindre un mortel.

Quand un homme meurt, tous les esprits qui Tont connu se réunissent en concile et jugent sa

vie : il ne semble pas que cet examen soit très approfondi et qu'il existe un grand livre du Bien et du iMal.

A-t-il donné la morl en tuant ou en empoisonnant? telle est surtout la principale question posée. Si oui, il sera puni: si non, il sera récompensé. Dans le premier cas, un esprit se rend à quelque distance de là, creuse un grand trou, y fait comme par enchantement placer des fagots de branches. L'âme arrive au croisement d'une grande route et d'un petit sentier et là entend la sentence. « Prends cette route », dit Tesprit; le méchant marche et tombe dans le trou qui s'allume immédialement. « Prends ce sentier et viens vivre avec nous », s'entend dire le bon. 11 y a un châtiment spécial, réservé celui-là aux criminels incarnés, aux écumenrs de grand chemin. Quand un scélérat de ce genre meurt, les esprits envoient son âme dans le corps d'un lion, et cet animal étrange est condamné pour réternilé à la chasse à Tanlilope. Ce supplice est doublé de celui de Tantale : c'est qu'en elTet le lion ne peut manger sa proie : il doit l'apporter aux « corocoumbo » qui s'en délectent. Cette incarnation des méchants dans le corps du lion est la seule manifestation de totémisme connue chez les Bandas.

La vie dans le royaume des esprits est l'idéal du bonheur pour le noir. 11 y a bien de temps en temps quelques petites occupations, des réunions du conseil, un méchant à punir, mais qu'est cette

LA LANGUE BANDA il

peine à côté des multiples avantages de la siUialion? On se réunit à Tombre de V « okourou », on y danse éperdument, on y boit le pipi, on y mange la farine et les chiens que les vivants viennent y apporter. On peut parler des heures entières, s'effondrer dans la volupté, que sais-je? N'est-ce pas le bonheur sans limites? Le royaume des trépassés a une organisation politique, si on peut dire, semblable au royaume des vivants. Les esprits vivent par groupes ayant à leur tête un chef. Ce chef n'est choisi ni parmi les chefs temporels, ni parmi les vieillards, mais chez ceux qui ont été enlevés par les esprits et de préférence les enfants, parce que leur âme ne connaît pas le mal. 11 y a un grandchef qui est d'ailleurs une personnalité connue du monde terrestre ; je n'ai pu savoir quel il était ni quels étaient sa puissance et son rôle.

Nous avons dit que les esprits, quand ils revêtaient leur ancien corps, avaient le pouvoir de tuer les mortels du regard. Aussi est-il facile aux victimes de punir leur meurtrier. Ils descendent dans la vallée de larmes, attendent leur meurtrier dans la brousse et lui font d'amers reproches. Ensuite, ils le fixent du regard et disparaissent. Dans un délai maximum d'un jour, le patient est mort et conduit à l'enfer.

Un esprit peut mettre sous la protection des autres esprits un mortel qui leur est cher, généralement son fils. Mais il faut que le père fasse une reconnaissance solennelle de son protégé. Aussi,

avec un groupe d'esprils qui le connaissent, invisibles comme lui, il se rend dans un endroit écarté où il sait le rencontrer, et presque toujours quand celui-ci s'éloigne dans la brousse pour y couper le fagot quotidien. Quand l'opération est terminée et que l'homme retourne à la maison, les esprits disent au père : « Voilà ton fils, ne le reconnais-tu pas? — Non, dit le père, il faut que je voie son visage. » Un des esprits touche l'épaule de l'homme de façon à lui faire tourner la tête. Le père dit alors : « C'est bien lui, je le reconnais. » Et les esprits remontent sur la montagne. -

On peut aussi demander aux Gorocoumbo la guérison des malades. On prend une poule blanche et on se rend à la montagne en soufflant dans ses mains et bas : « Youvrou, sin in... Dieu! viens! »

Au bout de quelques minutes, quand on croit que les hommes de la montagne ont eu le temps d'approcher, on jetle la poule et on se sauve à toutes jambes. Si TolTrande plaît aux corocoumbo, ils guérissent le malade.

J'ai demandé sous quelle forme ils se montraient le plus volontiers aux vivants : ils sont très petits : un mètre à peine, entièrement nus; ils portent autour du cou des petits morceaux de bois ; ils ont un grand sac et sont armés jusqu'aux dents d© flèches et de sagaies.

Les corocoumbo ont à leur disposition des esprits justiciers : les legpa et les nwhouhîrl qu'ils^

envoient sur terre punir les vivants. Le iegi^a est ^n nouveau centaure : il a la tête et les pieds de Vamilope, le ventre et les épaules de Thomnie. Un lûeau jour, vous le voyez arriver : il vous deniande iu/oro (bois rouge), de la farine, des œufs; il lui serait agréable d'être oint de graisse. Vous trouvez mauvais le gêneur, mais malheur à vous si vous ne manifestez pas une joie et une condescendance parfaites, car le legpa vous jette un sort. Si vous avez satisfait à ses demandes, il s'éloigne tranquillement.

Le mokoubiri est plus terrible : c'est un homme comme un autre, mais qui s'adresse uniquement .aux méchants, aux brigands. 11 se fait odrir par ceux-ci des poules, des œufs, en un mot tous les présents ordinaires qu'il refuse invariablement. Il demande alors du chien et des excréments humains : quand il est servi, il fixe le patient pendant quelques minutes et s'éloigne. Deux jours après, celui qui a reçu le sort du mokoubiri meurt et généralement dans de grands supplices : les corocoumbo viennent en bande faire tam-tam autour de son lit de mort et ne cessent leur sarabande échevelée que pour le juger.

Les M'brés ont modifié la conception du inna : ce lion-esprit est non seulement condamné à chasser l'antilope pour le compte des corocoumbo, mais il peut être l'exécuteur des hautes œuvres. Dès qu'un homme a vu le inno, il se sauve, et généralement toute sa famille le suit.

Les Bandas connaissent les jugements de Dica^u mais à la manière indigène, c'est-à-dire peu co -*^pliqués el à la portée de tout le monde. Cepend^/ï/ ces jugements de Dieu diffèrent de ceux du moye/?âge et des autres épreuves indigènes en ce qu*î/5 ne sont pas applicables à toutes les circonstances de la vie. Le destin n'est sondé que quand la mort tourmente un parent ou un ami pour savoir si elle va faucher le patient dans la journée.

Trois épreuves sont usitées : le zounga, le doudou et le foro.

Le zounga est un morceau de bois que Ton fiche à peine en terre : les hommes qui posent la question s'éloignent de dix à douze pas et prennent de petits cailloux qu'ils lancent sur le « zounga » en disant : « Se kiou caï si youccou » (s'il va mourir, tombe!) Quand les trois ou quatre pierres sont lancées, l'arrêt est rendu : si une des pierres a touché le zounga et l'a fait tomber, la mort est victorieuse. Au cas contraire, le malade a au moins vingt-quatre heures devant lui. Le zounga s'applique aussi pour connaître la bonne route. On peut remplacer le bois par une flèche tenue à la main.

Le doudou est la longue sagaïe de bois dur et flexible terminée par un fer plus ou moins large, plus ou moins barbelé. Voici la recette de l'épreuve du doudou. Prenez une calebasse : posez-la sur le sol par sa rondeur, metlez-y une pierre pour consolider le tout. Vous prenez la sagaïe et la posez

La langue banda 45

délicatement sur les bords de la calebasse de façon à ce qu'elle ne touche la terre ni d'un côté ni de Tautre. Ceci fait, recueillez-vous et mettez-vous à croppeton près de la calebasse. L'épreuve commence. Vous prenez la sagaïe entre le pouce et l'index dans le milieu de la calebasse : vous relevez de deux à trois centimètres et brusquement laissez-la retomber. Les lois de l'équilibre font le reste : si la sagaïe ne retrouve plus son équilibre, roule sur les bords de la calebasse et tombe à terre, le malade est sauvé. Si la sagaïe reprend son équilibre, il est bon pour un monde meilleur.

L'épreuve du foro est plus palpitante encore : le foro ou le m Mo des Sangos et des Yakomas est le bois de teinture garance. Vous en prenez un petit morceau que vous fichez en terre. Si, pendant une minute, aucune fourmi ne fait son apparition dans un cercle de cinquante centimètres autour du foro, tout va bien; sinon, avant la journée finie, il y aura un Banda de moins dans la vallée de larmes.

Les Bandas, moins cependant que beaucoup d'autres, croient aux pratiques de sorcellerie, aux esprits, aux revenants qui dans leur esprit ne font qu'un. Ils croient également — Huysmans jubilerait — aux incubes. Ceux-ci viennent la nuit posséder les femmes : elles les voient mais ne peuvent les toucher, fixer leurs traits.

Les Bandas ne croient nullement à la puissance des arbres; cependant il en est un qu'ils honorent fréquemment d'offres : farine, chiens, etc. C'est

r (' okourou », grand arbre donl le bois est surtou ^ usité par la confeclion des pirogues. Mais ce n'es ^ pas pour lui-même qu'il est ainsi honoré : c'es^ qu'il est le lieu de repos des corocoumbo qui viennent s'y ébattre follement.

Eu revanche, le Banda a un culte tout .particulier pour l'eau, qu'il craint beaucoup d'ailleurs. Quand un homme s'est noyé, sa famille et ses amis tuent un chien et le jetlent à l'endroit de l'accident. 11 faut absolument le faire, sans quoi les esprits de l'eau se vengeraient. Ces esprits de l'eau ne sont pas des mythes pour les Bandas. Ce sont des monstres dont les corps sont les roches affleurant les cours d'eau, dont la voix est le grondement de la chute ou le murmure de la source.

Aussi apaise-t-oH la colère des plus méchants : ce qui explique les nombreuses ofi*randes de nourriture faites aux rapides.

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