CHAPITRE VI
LA COLLAPSOTHÉRAPIE COMBINÉE
En étudiant les observations qui suivent nous verrons combien la diversité des formes cliniques etsurtout des processus adhérentiels limite le champ d’action de la collapsothérapie bilatérale. Rares sont les cas où l’on assiste d'emblée et précocement à la rétraction élective bilatérale des lésions. Trop souvent la libération des zones envahies est rendue impossible par une symphyse pleurale serrée ; des cavernes restent suspendues dans la cavité thoracique, entretenant une suppuration prolongée, avec la certitude d’une réinfection bacillaire à plus ou moins longue échéance. Dans d’autres cas la réexpansion des parties saines ne peut s'effectuer, soit qu'un épanchement pleural comprime la totalité du poumon, ou que la plèvre viscérale soit transformée en une coque lardacée inextensible.
Cest pourquoi le pneumothorax bilatéral et simultané, tel que nous le considérons, ne doit pas être étudié comme une méthode en soi. Suffisant à lui seul, dans
certains cas exceptionnels, il ne saurait se passer du concours des méthodes adjuvantes qui fout comme lui, et au même titre, partie du cadre général de la collapsothérapie. C’est une méthode à action limitée le plus souvent, destinée à parer à un danger immédiat, et dont on ne saurait attendre, à de rares exceptions près, de résultats définitifs. La période de rémission dont bénéficie le malade sera mise à profit pour létude de remaniements ultérieurs. Telle caverne accrochée par une bride longue et mince, peut justifier une pleuroscopie et une section d’adhérences ; dans d’autres circonstances il faudra, pour « réduire » un moignon creusé et irrétractile, sacrifier le poumon dans sa totalité et le comprimer sous l’huile. Certains cas rendront nécessaire une phrénicectomie, une thoracoplastie partielle ou totale complémentaires. Il est à souhaiter que nous puissions, dans un avenir prochain, déclencher par un arlifice de technique, les processus habituellement si redoutés de la symphyse pleurale, pour récupérer du tissu sain et permettre cette fois, non plus des rétractions, mais des symphyses et des compressions électives (voir observations VIT, XV).
Bien souvent aussi nous nous souviendrons que le mieux est quelquefois Pennemi du bien, et qu’il est préférable dans l'intérêt du malade de s’en tenir à une intervention palliative. Dans certains cas désespérés, le fait d'avoir accordé à un père ou à une mère de famille, à un chef d'entreprise, une survie de quelques mois, est un résultat lourd de conséquences sociales dont il faut Savoir se contenter,
Nous croyons fermement que telle est la voie de lavenir. La phtisiologie s'oriente dans un sens de plus en plus interventionniste, et la collapsotherapie combi. née (1) permettra de magnifiques espoirs lorsque le phtisiothérapeute saura tirer parti pleinement de phénomènes normaux de rétraction cicatricielle et de symphyse pleuro-pulmonaire et lorsqu'il pourra compléter le résultat de la première intervention par la mise en œuvre d’autres procédés. Parmi les observations que nous présentons, trois seulement ont donné un résultat définitif d'emblée, sans qu’il soit nécessaire d'envisager autre chose que lentretien pur et simple des deux pneumothorax : les malades ne toussent pas, ne crachent pas, ne sont pas dyspnéiques, et, à l'écran, le collapsus électif de lésion paraît assuré définitivement. Sauf complications pleurales et sous condition d’une cure hygiéno-
(1) Nous ne saurions passer sous silence les belles observations d'AMEUILLE !S. M. H. P.) de BerNou, de JULLIEN (de Pau) et le mémoire fondamental de Toussainr. Ce dernier présente dans les Archives Médiéo-Chirurgicales de l'Appareil respiratoire, t. 1, n° 6, 13 observations typiques de collapsothérapie combinée, en particulier :
Observation V, page 518 — Thoracoplastie partielle —+ Phrénicec tomie.
Observation VII, page 519 — Thoracoplastie partielle + Phrénicectomie.
Observation IX, page 520 — Pneumothorax artiliciel (symphysé) +
Phrénicectomie + Thoracoplastie partielle.
Jucuex relate dans le Bulletin de la Sociélé médicale de Pau (janvier-avril 1927), une très belle observation de phrénicectomie droite et de pneumothorax artificiel gauche à 40 jours d'intervalle avec bon résultat initial. Ultérieurement l'effet transitoire de la phrénicectomie dut être complété par un pneumothorax artificiel droit parfaitement supporté.
MM. Jean Tapie, BERNARDBEIG et A. Lyon, dans le mémeordre d'idée, ont rapporté au Vle Congrès National de la Tuberculose (Lyon, avril 1927) plusieurs observations analogues. :
Ts
diététique trèslongtemps poursuivie, on peut espérer une solide guérison.
Mais si nous passons aux autres malades, il n’en va plus ainsi. Sans entrer dans des détails qui seront exposés plus loin, le double pneumothorax simullané a eu un effet surtout « symptomatique », un effet de « détente » salutaire, mais transitoire. Grâce au décollement pleural bilatéral, on a pu obtenir une sédation des phénomènes généraux, une diminution de l’expectoration, un arrêt temporaire de processus aigus dont la marche extensive dictait le pronostic. On est parvenu de la sorte à rendre locale une maladie générale ; le phlisique est redevenu un tuberculeux plus ou moins torpide, qu’on peut assimiler, en quelque sorte, à un tuberculeux chirurgical, porteur d’une tuberculose externe se vidant par les bronches.
Aussi bien, ne présentons-nous pas ces observations comme définitives, mais, sous la réserve de ce qui précède, on ne peut nier que les résultats acquis dès ce jour, sont loin d’être décourageants. Que l’on veuille bien considérer lextrême granilé des formes cliniques que présentaient ces malades, soit du fait de leurs bilatéralisations aiguës, soit par lexistence de lésions d'emblée bilatérales et rapidement extensives : sur 19 tentatives faites dans des cas désespérés, sur des malades profondément affaiblis, placés dans des conditions morales et matérielles quelquefois précaires (sept malades de clientèle hospitalière) nous enregistrons 3 résultats excellents, 5 améliorations, 5 cas stationnaires et 6 décès.