CHAPITRE II
Par suite de l'acte odieux de Conan, le comte de Porhoët devint le champion de la cause nationale. Pouvait-il s'agir de soutenir telle ou telle compétition quand le sol breton était envahi parles Anglais ? Beaucoup de seigneurs bretons, en effet, tout en reconnaissant les droits de Conan, craignirent l'ambition de Henri II. Raoul de Fougères, qui se rangea du côté d'Eudon, fut de ce nombre (1).
Les premières armes furent favorables au comte de Porhoët. Son adversaire, repoussé, dut se rendre lui-même en Angleterre afin d'en ramener des troupes fraîches. Plus heureux cette fois, Conan prend Rennes, fait prisonnier son rival et, fort du triomphe qu'il vient de remporter, se fait proclamer duc de Bretagne, sous le nom de Conan IV.
Mais Eudon s'échappe de prison et se réfugie à la cour de France, où il sembla avoir fait le sacrifice de ses prétentions, puisqu'il n'y paraît qu'à titre de comte de Porhoët.
Dès qu'il vit les agissements d'Henri II qui
(1) Il avait commencé par le combattre. Durant toute cette guerre, le rôle du comte de Fougères manque de franchise ; il changea plusieurs fois son arme de main, pour soutenir tantôt un parti, tantôt un autre. Du reste, à celte époque, cette versatilité d'humeur n'a riea d'extraordinaire. L'on passait rapidement d'un camp dans un autre, l'on combattait un jour avec autant d'acharnement le parti qu'on soutenait la veille. La trahison n'avait rien d'infamant. Les membres d'une même famille s'entre-tuaient avec une aisance merveilleuse.
avait (lél)<ir(jué et qui, s'étant rondu maître de Nantes, s'apprêtait à entrer .'m caîur du duclié, il accourut et souleva le pays de Vannes et la Coinouaille contre son indigne parent. Sur les entrefaites, une querelle de seigneurs vint se grefler sur cette guerre nationale pour achever de mettre la Bretagne à sac et à sang.
Eudon, veuf de la duchesse Berthe, ayant obtenu la main de Jeanne de Léon, fille de Guyomard, l'ennemi le plus acharné de Conan, une forte ligue se forma. Trois héros, Eudon de Porhoët, Rolland de Dinan et Raoul de Fougères tinrent en échec les forces réunies de la Normandie et de l'Angleterre, (^e dernier se distingua particulièrement à la sanglante bataille de Combourg (1163). La chute de Dol aux mains d'Henri II amena la soumission de plusieurs barons. Le vicomte de Léon et le comte de Porhoët furent les derniers à se soumettre. Enfin celui-ci feignit la résignation et il se vit obligé de donner une de ses filles, Alix, en otage de sa fidélité (1168).
La paix fut de courte durée ; la seconde phase de la lutte commençait quelques mois après.
A peine le roi d'Angleterre eut-il quitté la Bretagne qu'Eudon reprit les armes et forma une nouvelle ligue approuvée par le roi de France.