CHAPITRE III. ^^^P
dernier accommodement. « Messire Jean Chandos, dit le baron de Bretagne au général anglais, je vous prie pour Dieu que nous mettions d'accord nos deux seigneurs ; car ce serait trop grande pitié si tant de bonnes gens comme il y a ici se navraient pour leur opinion soutenir. » Mais Chandos répondit qu'il était trop tard, que Montfort refusait la paix comme on la lui avait refusée, « qu'il voulait demeurer duc de Bretagne ou mourir en la place. » (( Eh bien donc, que Dieu soit juge ! reprit Beaumanoir, car Monseigneur de Blois n'a pas moins grande volonté de combattre que Monseigneur de Montfort. » Malheureusement rien ne put endiguer les flots de sang qui allaient rougir la plaine d'Auray.
Le destin de la Bretagne se décida en faveur de Jean de Montfort. C'était un atïreux désastre pour les défenseurs du parti adverse (1364).
Beaumanoir rendit service encore à la cause de Blois en représentant la malheureuse veuve au traité de Guérande. En secondes noces, il avait épousé Marguerite de Rohan, qui devait s'allier plus tard au connétable de Clisson. Le vainqueur des Trente mourut vers 1306.
Clisson, par voie d'échange, acquiert le Comté de PoRHOËT (1370). — Alix sa fille apporte ce fief
AUX ROHAN. — La famille de RoHAN. — PORHOKT AU moyen AGE. L'USANCE. DiVISIONS ECCLÉSIASTIQUES ET ADMINISTRATIVES. La COMMUNAUTÉ DE VILLE.
Auray est le premier champ de bataille où ron voit apparaître Olivier de Clisson. Il y combattit comme un lion, ouvrant de toutes parts les rangs ennemis à grands coups de hache. Ses qualités guerrières et sa vaillance devaient lui valoir, dans la suite, le titre de Maréchal. Dès qu'il avait eu la force de tenir une arme, il s'était jeté dans le parti Montfort pour venger la mort de son père décapité à Paris. Mais ses opinions changèrent bientôt."
La mésintelligence entre Jean de Montfort et lui date de l'acquisition du Porhoët que fit Clisson, par voie d'échange, avec les comtes d'Alençon et du Perche. Le jeune duc vit en effet d'un œil défavo-
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rable un guerrier aussi puissant et redoutable s'établir dans son voisinage, au cœur même de la Bretagne. Clisson, qui paraissait déjà désapprouver son ami d'enfance, prit soudain parti contraire et rechercha l'appui de la France.
Voici l'analyse de ce contrat d'échange : « Pierre, comte d'Alençon, et Robert d'Alençon, comte du Perche, font savoir qu'ils concèdent à Olivier de Clisson et à Béatrix de Laval, sa femme, leur château de Josselin avec tout son territoire, en échange de la terre de Tuit, que le sire de Clisson possède dans la vicomte de Falaise, en Normandie. Ce dernier abandonne également aux comtes d'Alençon deux mille livres tournois de rentes sur la recette de Champagne. Les comtes d'Alençon choisissent comme procureurs, Robert de Bcaumanoir, Henry de Plédran, P. du Bois-Helyon et Olivier de Valcher qui remettront le fîef de Josselin au pouvoir du duc de Bretagne, entre les mains duquel Olivier de Clisson prêtera hommage en prenant possession dudit fîef. Donné à F^aris le 14 mai 1370 (l). »
Dans un traité, signé le 21 juillet suivant avec le roi de France, Clisson s'engageait à ne livrer la
(1) Titre de Blein, D. M , P., l. T, col. 1639.
place qu'à Charles V « au ras, disait-il, où mon dit seigneur, le dur de Hretagne, pour cause dudit clhltel ainsi à moi baillé et délivré, serait adversaire du roy et tiendrait le j)arti de ses ennemis. » Cet acte, absolument contraire au droit féodal en Bretagne, dit M. l'abbé Lefranc, substituait à la suzeraineté ducale, la souveraineté royale sur une ville fortifiée, située au milieu du pays breton. C'était un véritable attentat contre les droits de l'ombrageux Jean IV. Charles V dut payer cette soumission de promesses certaines de protection et, pour ménager quelque peu les susceptibilités du duc de Bretagne, enjoignit à Olivier de Clisson de ne prendre possession de Josselin qu'au 1" août 1371. En réalité, l'acquêt n'eut son plein effet qu'en 1373.
Le pacte fameux de fraternité d'armes conclu (octobre 1370) entre du Guesclin et Olivier de Clisson (I), confirma la Bretagne dans un mouvement d'opposition déclarée contre Jean IV. Dès lors le nouveau seierneur du Porhoët se rua contre ses amis d'hier, aujourd'hui ses mortels ennemis, les Anglais, avec cette rage sanguinaire qui lui valut de bonne heure le surnom de « boucher ».
Les campagnes qu'il entreprit concernent surtout
(1) Les deux guerriers burent de leur sang mêlé dans une coupe.
l'histoire de la Bretagne et de la France ; mais, comme il avait fait de la forteresse du Porhoët son quartier général, on Ty retrouve à chaque instant et souvent aux moments les plus périlleux de la lutte, car les murs de Josselin, qu'il a fortifiés, sont pour lui le refuge inexpugnable, le bastion de la dernière défense.
En 1381, Clisson et Rohan, dans leurs villes de la Chèze, Josselin, Moncontour, aidés des garnisons et des gens du pays, tuaient beaucoup de monde aux Anglais et, tandis que le comte de Buckingham était forcé de se retirer sur Vannes, le connétable appelle à lui ses plus iîdèles compagnons : le Barrois des Barres, le comte de la Marche, Chastel Morant, un grand nombre de chevaliers et d'écuyers et les reçoit généreusement. L'on fît à Josselin « bombance et moult réjouissances ». « Or, dit l'historien de Clisson, la distraction préférée de tous ces batailleurs consistait dans les tournois et les joutes. L'on se souvint qu'un défi avait été porté à trois chevaliers français par trois chevaliers anglais, quand le comte de Buckingham traversait le Poitou. Les trois Anglais furent sommés de venir à Josselin, afin de tenir leurs engagements. Us le firent volontiers et le tournoi eut lieu sous les yeux du connétable. Tout se passa loyalement, sans grandes blessures
(le part et d'autre. Mais à leur tour les trois Français défièrent leurs adversaires et une nouvelle rencontre fut décidée.
Le comte de Buckinghani, informé du nouveau défi, voulait jouir lui aussi du spectacle et fit des instances pour que les champions se rendissent à Vannes. Le connétable reconnut que le désir de Buckingham était juste et envoya demander des sauf-conduits pour tous les chevaliers français qui voudraient aller de Josselin à Vannes. Une trentaine de gentilshommes profitèrent de la permission. Clisson ne fut pas de ce nombre, ne voulant pas sans doute se rencontrer avec Jean IV.
Les champions français se couvrirent de gloire et revinrent bientôt à Josselin raconter au connétable les péripéties du tournoi. »
Après la mort de la duchesse de Penthièvre, survenue en 1384, Jean, son fils, maintenu captif à Londres, nomma Clisson son lieutenant en Bretagne et en France. Jean IV, voyant dans un perpétuel cauchemar la couronne lui échapper, jura de se venger de l'héritier de Charles de Blois en portant un coup criminel à son défenseur. C'est l'histoire de l'attentat de l'Hermine. Clisson dut la vie sauve aux remords du duc et sa liberté ne fut acquise qu'au prix de cent mille francs de deniers comptants,