CHAPITRE IV
exempt <( laquelle baronnie (1) de Porhoët, dit-il, tient de présent notre très cher cousin et féal Olivier, sire de Clisson. » Même, son suzerain lui confia, pendant son absence en 1396, la direction des affaires de Bretagne.
Clisson, désormais, se mêla fort peu à la vie publique ; il vécut retiré à Josselin, s'occupant de l'administration de son immense fortune. Après avoir réparé et fortifié son château, il reconstruisit l'église de Notre-Dame où il se réserva, pour lui et sa famille, une magnifique chapelle. « Pendant douze ans, dit Lefranc, Olivier demeura habituellement à Josselin, s'occupant moins des choses de la guerre que de prières et bonnes œuvres. »
Un auteur ancien, digne de foi, Alain Bouchard, rapporte que Jean IV, en mourant, laissa la direction politique de la Province, durant la minorité des enfants, au duc de Bourgogne et au sire de Clisson. En mars 1401 , à Rennes, devant la Bretagne réunie et au pied de l'autel, le fils de Jean IV fut armé chevalier par Olivier de Clisson.
Agé de soixante-huit ans, le connétable retrouvait l'énergie de ses jeunes années pour lutter encore contre les Anglais, ses ennemis jurés ; mais, malgré
(1) Terme qui, à cette époque, voulait aussi bien dire fief que comté.
70 ESSAI SUR LE POhHOKT.
son ardeur guerrière, Clisson s'aliaiblissait de plus en plus. C'est l'année suivante, qui est celle même de sa mort, qu'aurait été prononcée, à I^oërmel, la confiscation de tous ses biens et (ju'aurait eu lieu une prise d'armes de Jean V contre Josselin. Cet épisode, qui repose sur un seul écrit découvert à Blain, par dom Lobineau, parait par trop sortir de la vraisemblance. Avant et après cette affaire, Jean V, au contraire, fait preuve d'un grand attachement et de beaucoup d'amitié envers Clisson. La suite des dates, que nous offrent les chroniqueurs, ne présente même pas le temps nécessaire à cette prétendue querelle.
Le testament qu'il fît dans les premiers jours de 1407 nous révèle son état d'esprit sur la fin de sa vie. La fougue de l'homme d'armes avait souvent étouffé en lui les sentiments de justice et de bonté ; il reconnaît les torts faits à Dieu et au prochain et s'efforce de les réparer en laissant de nombreux biens aux églises (1), en restituant les sommes dues à titre d'indemnités à ses vassaux, en faisant des
(1) Voici un passage concernant les dons faits à l'église de Josselin : « huit marcs d'or pour en faire deux beaux galices et douze patènes à l'usage d'icelle église. Item, je laisse et donne à ladite église deux de mes bréviaires, lesquels seront enchaisnez sur la sépulture de madite compagne et de moy, pour l'usage des chapelains et clercs qui y viendront dire leurs heures. »
legs et dons à ses amis et serviteurs. Il demandait pardon des préjudices dont il s'était rendu coupable et implorait enfin le pardon de tous.
Il mourut dans sa résidence préférée, le 23 avril, et fut inhumé dans l'église Notre-Dame. Suivant sa volonté testamentaire un magnifique tombeau lui fut érigé ainsi qu'en l'honneur de Marguerite de Rohan, qui avait succombé quelques mois avant lui.
Fier de sa race et fort de son épée, Olivier de Clisson incarne en sa personne le type du « Baron féodal ». 11 ne reconnut jamais aucun maître, dit l'histoire. Mais quel reproche encourt-il ? Sa vie durant, il n'a cessé de servir cette belle devise qui était celle de son nom : Pour ce qu'il me plest !
Lorsqu'en 1375, le duc ayant été dépossédé, Clisson fut nommé Lieutenant du roi en Bretagne, pour le pays G allô, il s'occupa de restaurer les anciennes fortifications de Josselin. Les épaisses murailles et les ouvrages extérieurs de défense, restés intacts jusqu'à nous, remontent à cette époque. Ils offrent le type de l'architecture militaire du moyen âge. Les douves entourant la ville forte et alimentées parl'Oust furent creusées et agrandies ; les tours augmentées et renforcées. 11 construisit même sur le côté sud de l'enceinte du château un
donjon fonïii(lal)l(' par sa masse; et son f'iévation. f|ui formait TAnie de la défense ; il avait, dit-on, 280 pieds de circonférence et autant d(; hauteur.
L'écusson du connétable accolé à celui de Marguerite de Rohan, le tout assez fruste, se voit encore dans la cour du château, au-dessus d'une des portes du rez-de-chaussée ; ainsi que des M couronnés représentant les initiales de la même épouse.
L'église Notre-Dame conserve également l'empreinte nûse par le connétable. Il y fît faire différents travaux importants de reconstruction. Au sud de l'édifice se trouvait une chapelle particulière, où sa famille et lui venaient entendre la messe, quand il ne leur convenait pas d'y assister au château. Elle était sous le vocable de sainte Marguerite, patronne de la dame de Porhoët. « Le caractère architectonique de cette chapelle, rapporte Cayot Delandre dans son ouvrage Le Morbikan, est certainement antérieur au xv° siècle, et d'ailleurs sa dénomination traditionnelle, qui en attribue l'usage à Clisson, mort en 1407, suffirait seul pour fixer les idées à cet égard. Les murs, continue-t-il, sont couverts de fresques (1) qui paraissent se rapporter au xiv® siècle, mais que le badigeon masque depuis longtemps.
0) Il écrit en 1847.