CHAPITRE IV
Quelques parties seulement de ces peintures reparaissent aujourd'hui. » On y voyait entre autres des Marguerites ; des M couronnés ; et la devise de Clisson : Pour ce qu'il nie plest, plusieurs fois répétée ; la légende de sainte Marguerite et du dragon, l'entrée des rois mages à Bethléem ; un château féodal... etc. Des M se trouvent également dans les meneaux des claires-voies en pierre, qui forment séparation entre cet oratoire et le chœur.
Une autre chapelle, située au nord et dédiée à sainte Catherine, remontait à l'époque romane. Après avoir servi de décharge pour l'église dans le courant du xix^ siècle, elle est aujourd'hui la chapelle de Notre-Dame du Roncier ; et malgré toutes les transformations qu'elle a subies, conserve encore les piliers romans qui Font toujours séparée du chœur.
(( Là, se trouve une peinture à fresque des plus curieuses, dit le même auteur ; c'est une danse macabre à demi effacée, mais dont on distingue encore huit figures de grandeur naturelle, réunies deux à deux : la mort, sous la forme d'un squelette, entraînant dans sa ronde le personnage qu'elle est venue saisir à l'improviste au milieu des joies ou des misères de la vie. » Ce genre de peinture, qui représente d'une manière à la fois grotesque et
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terrible le syiiil)r)l(î (\i\ Iriralité (hîv.int la mort lut autrefois très répaudu ; c'était en quelque sorte une protestation cruelle et lailleuse contre l'ordre social, tel que l'avait lait le moyen âge. La représentation de cette « danse inacabre » aurait pris naissance en Allemagne vers la fin du xiv« siècle et serait apparue en France dans le cours du xv^ siècle (I).
Les fresques que nous signale Cayot Delandre ornèrent les cliapelles latérales, sans doute à la fin des travaux effectués par Clisson. La reconstruction de l'église dura environ un siècle. Le connétable commença en 1390 par le chœur, les chapelles, la nef. Ceci était terminé à sa mort ; en avant de l'autel, l'on mit son tombeau avec celui de sa seconde femme (2). Sur le sarcophage en marbre noir, surmonté de leurs statues couchées, on y lisait l'inscription suivante en lettres gothiques : Chi gist noble et puissant seigneur, monseigneur Olivier de Clisson, jadis connestable de France, seigneur de Clisson, de Porhoët^ de Belleville et de la Garnache^
;1) L'intérieur de la chapelle de Kermaria-an-Isquit (Côtes-du- Nord) nous offre encore un exemple de ces curieuses danses macabres. On y compte jusqu'à quarante personnages de tous les rangs de la société.
(2) Deux dalles, portant les noms de Clisson et de Marguerite de Rohan, indiquent aujourd'hui l'emplacement primitif.
qui trépassa en apvvil le jour Saint Jorge, lan M. ce ce et VIL Priez Dieu pour son âme. Amen. Ce monument à la gloire du connétable, œuvre remarqual)le, fut honteusement mutilé en 1792(1). Restauré en 1856, il fut placé tour à tour, dans la chapelle nord et dans la chapelle sud, où il est exposé maintenant.
Les Roliaii continuèrent les travaux. On travaillait eltectivement au portail de l'ouest en 1461 et 1470, comme l'attestent deux inscriptions gothiques gravées sur les contreforts de chaque côté de la grande porte. La première, à droite, est ainsi conçue : Cestes chapelles fust comances le v"" jour de ocioubre M.IIIP' LXf ; au-dessus se trouve l'écusson de Jean de la Bouère, abbé de Saint- Jean des Prés. La seconde, à gauche, porte ces mots : Cest pignon fut comence le xxix"" jour de may Van M .CCCC LXX.
Sur un contrefort du transept nord, c'est-à-dire de la chapelle de Notre-Dame, on lit : Cest pignon fut fait en l'an CCCC. niP\ X/(l49l). A l'extrémité de ce transept se trouvait un enfeu correspondant à un autre qui se voit au sud. Sur l'intertransept devait s'élever un clocher central (2).
(1) En même temps que furent violés deux cercueils en plomb trouvés dans un caveau, sous une des arcades entre le chœur et Ja chapelle Sainte-Catherine.
(2) Les registres nous apprennent en effet que le 26 juillet 1651 eut lieu la bénédiction d'une cloche, à mettre dans le petit clocher entre le grand clocher et celui de l'horloge.
82 ESSAI SUR LE POHIIOiJT.
Olivier de Clisson, de sa première femme, Catherine de Laval (fille de Guy de Laval et de Bcatrix de Bretagne) avait eu deux fdles : Béatrix, l'aînée et principale héritière, qui épousa Alain VllI, vicomte de Rohan; puis Marguerite, qui le 20 janvier 1388 se maria à Jean de Chatillon, comte de Penthièvre, fils de Charles de Blois. De son second mariage avec Marguerite de Rohan, veuve de Jean de Beaumanoir et fdle d'Alain VII de Rohan, il n'eut pas d'enfants.
Béatrix, appelée comtesse de Porhoët, eut en partage le fief paternel, dont elle portait le nom, et les Rohan, en recevant ce domaine au commencement du xv° siècle, deviennent seigneurs et maîtres de presque tout l'ancien Porhoët, qu'ils conservèrent ainsi jusqu'à la Révolution ; l'éclisse d'autrefois était aujourd'iiui le fief principal.
La fortune du nom de Rohan devait aller toujours en grandissant. Comme descendants directs des premiers comtes, ils furent reconnus princes de la Maison de Bretagne et à ce titre jouirent en France du rang et prérogatives de princes de naissance, de princes par définition d'Etat, de princes étrangers. Moréri, La Chenaye Desbois dans son « Dictionnaire de la Noblesse » et d'autres ont fourni toutes les preuves concernant leur illustre origine.