‹ Essai sur le PorhoëtChapitre 40 sur 113 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Bien que nous nous soyons déjà attachés à démontrer que Guéthenoe et ses successeurs ont été considérés comme issus de maison souveraine, il nous paraît intéressant d'appuyer cette affirmation de quelques témoignages indiscutables.

Différentes controverses se sont élevées sur une charte de 11 88, dans laquelle le comte de Bretagne, en présence des Etats assemblés à jNantes, aurait reconnu officiellement l'origine souveraine des Rohan, plutôt des Porhoët. Justification en serait faite par un acte de reconnaissance « qui se trouve aujourd'hui, dit Moréri (1), dans la Chambre des Comptes de Bretagne, et qui a été déclaré authentique par le roi Louis XIV, séant en son conseil le 1" avril 1692 (2). » Mais, ce qui est précis et n'accrédite aucun doute, ce sont les textes mêmes, qui nous révèlent sur ce point, l'opinion de nos ducs et des rois de France. Par exemple, dans des actes de 1420, le duc Jean V déclare le vicomte de Rohan « issu des fils de la maison de Bretagne » et reconnaît Charles de Rohan, sire de Guémené, pour « être du sang et lignage des ducs de Bretagne ». Plus tard, en 1440, le duc François I*"" dit que le

(1) Moréri écrit en 1732.

(2) Les historiens modernes les plus documentés considèrent cette charte comme fausse et ne discutent même pas son authenticité.

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vicomte de Roliaii « est issu le plus droitcrnent de toute ancienneté de 1,-i li;^ne royale de Bretagne ; qu'il est descendu le [)lus i)rès du sang et maison de Bretagne » et le qualifie « IMince de la maison de Bretagne ». Artus 111, dans des lettres de 1457, reconnaît « la proximité de lignage et amour consanguin entre lui et le vicomte de Rohan ». Les Etats de Bretagne, eux-mêmes, dans un mémoire présenté au roi, en 1748, disent que les Rohan (( sont issus des ducs de Bretagne, qu'ils sont princes de Bretagne et que, comme tels, ils possèdent un des premiers apanages du duché. »

Les rois de France ne témoignèrent pas moins en leur faveur. Dans les titres d'érection de la terre de Guémené en Principauté (1547), vérifiés et enregistrés au Parlement en 1549, Charles IX reconnaît « la maison de Rohan comme maison de Prince ». Henri 111, dans les lettres patentes qui érigent le comté de Montbazon en duché-pairie, déclare que la « maison de Rohan descend des rois de Bretagne ». Même remarque à faire lors de l'érection de la baronnie de Frontenay en duché-pairie, pour Benjamin de Rohan, en 1626, et de la terre de Soubise en principauté, en 1667. Enfin, dans les provisions de Maréchal de France accordées au prince de Soubise en 1758, le roi Louis XV dit en propres

termes : « que la maison de Rohan, tant par son origine que par ses alliances, non seulement avec la maison royale de France, mais encore avec toutes les maisons souveraines d'Europe (1 ), a été jugée digne par les rois, ses prédécesseurs, et par lui, de jouir dans le royaume du titre, rang et qualité de prince et des honneurs dont jouissent les autres princes de maison souveraine en France (2). »

L'acquisition du vieux fief familial, le comté de Porhoët, éleva la maison de Rohan à l'apogée de sa puissance en Bretagne. Qu'aurait-elle eu à envier aux souverains mêmes ? Son rang égalait celui des premiers princes du royaume ; son autorité s'étendait sur une grande partie du centre de la péninsule, l'ancien territoire des juveigneurs de Rennes, enfin dépouillé de ses forets et entièrement peuplé. La légitime fierté des Rohan est toute dans cette devise : Roi ne puis, prince ne daigne, Rohan

(1) Dès le XI* siècle, les Porhoët contractèrent différentes alliances avec la Maison régnante de Bretagne, et plus tard les Rohan furent considérés dignes des alliances les plus glorieuses. En 1377, Jean I, vicomte de Rohan, épousa en secondes noces Jeanne de Navarre, fille de Philippe III, roi de Navarre, et de Jeanne de France. 11 devint ainsi beau-frère de Philippe de Valois, de Pierre d'Aragon et de Charles II, roi de Navarre, et on lit, à l'occasion de ce mariage, dans les registres du Parlement de Paris, dans l'année 1413, que n la fille du roi de Navarre fut mirablement mariée, le vicomte de Rohan étant moult grand seigneur en Bretagne, du lignage des rois de Bretagne. »

(2) Les preuves ci-dessus sont empruntées à La Chenaye Desbois.

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siiisl (1), leurs hautes aspirations dans ces mots, écrits en lettres de granit sur le fronton de leur château seigneurial : A Plus (2).

Le rôle de Josselin ne diminua pas d'importance avec de tels maîtres. Porhoët resta toujours pour eux le premier de leurs fiefs, ils en relevèrent le titre, et le château, dont ils firent une merveille de la Renaissance, fut leur résidence préférée.

S'il faut en croire Moréri, les comtes de Porhoiît, d'après un acte de 1092, auraient eu, dès cette époque, leurs propres barons comme les comtes de Champagne, de Flandre et autres souverains de leur temps. Leurs descendants augmentèrent encore les charges civiles et militaires dans leur entourage. Certains de ces officiers étaient chargés des juridictions seigneuriales, les autres de la sûreté des \dlles, d'autres étaient occupés du service personnel du comte ; tous ceux-ci, joints aux principaux vassaux, composaient une cour nombreuse au titulaire du fief. Josselin, devenu le siège féodal des Rohan, fut un centre actif et florissant.

Les domaines des Rohan, qui s'étendaient sur les évêchés de Vannes, Saint-Malo, Saint-Brieuc, et

(1) Réponse que fit l'un des leurs au roi Henri IV.

(2) L'origine de ces mots fut le cri de guerre des premiers seigneurs de cette famille : A Plus Rohan.

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