CHAPITRE IV
La Groix-Helléan — détaché ainsi qu'IIelléan, de Guillac, conserva jusqu'à la Révolution la dénomination de Haut-GlaCy tandis que Guillac était le Bas-Glac. C'était un prieuré- cure dépendant de Saint-Jean des Prés. Il lui fut adjoint, vers le milieu du xviii» siècle, non comme trêve, mais comme paroisse unie, Helléan^ vieille paroisse dont les registres remontent au xvr siècle.
Lanouée — qui s'écrit Lanoés dès 820, puis Lannois (1082), Lannoez (1239) (Gart. Red.), semble dériver de Lan^ territoire, et noez, nu. Fut érigé en chef-lieu de doyenné vers le xi« siècle. Eut comme trêve Pommeleuc. Le village des Forges n'eut de chapelle que vers 1750, peu après l'établissement des forges dues à Louis-Marie do Roban Chabot.
Pommeleuc — primitivement l^oni-Meleuc ou Melec, où s'établirent des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, fut longtemps trêve de Lanouée, puis érigé en paroisse (1), desservie par un recteur, prieur de Saint-Jean des Prés.
Mohon — qu'on trouve sous les noms de Muthon, en 1055, Mochon^ en 1019 (Cart. Red.), tire sa dénomination de Moh, porcs, et dériverait, selon Deric, de Moëhon^ lieu des cochons (2). Sur son territoire, Bodieuc évoque le souvenir d'un retranchement féodal connu sous le nom de camp des Rouets (une tradition veut même que Bodieuc ait été jadis une ville qui portait le nom d'Alenczon). Deux prieurés : l'un, la Trinité de Bodieuc, de l'ordre de Saint-
(1) La paroisse de Pommeleuc n'a subsisté que jusqu'à la Révolution, aujourd'hui il n'y a qu'une simple chapelle.
(2) Les habitants de cette région faisaient jadis un grand commerce des animaux qu'ils nourrissaient avec des glands de la forêt de Lanouée. En 1255, Caro de Bodégat jouissait, par concession du vicomte de Porhoët, du droit d'envoyer soixante porcs paître dans la susdite forêt. . . et il ne devait pas être seul à jouir de cet avantage.
98 ESSAI SUH LE POHHOËT.
JacuL (1), irientionné en H99 ; l'autre, à Bodégat, appartenant à Saint-Jean des Prés.
Mohon eut pendant un temps comme trêve, La Grée de Saint-Laurent et comme simple chapellenie Saint-Malo des Trois-Fontaines (paroisse en 1846).
La Grée Saint-Laurent — signifiant : hauteur de Saint-Laurent (Grée on Crèh : hauteur) ; vraisemblablement démembrement de Lanouée, fut longtemps trêve de Mohon avant d'être paroisse.
Loyat — mentionné comme paroisse en lOoo, dépendait de Saint-Jean des Prés et avait un prieuré, Saint-Thomas. L'orthographe en a souvent varié ; on voit Loiat^ 1082 ; Loueat^ Louyeat^ Loeat au xve siècle.
Sa trêve de Gourhel eut un monastèrO; comme l'indique une charte de 1131 : Gurhel monasterium.
Guilliers — autrefois, date du xe siècle, desservi par un chanoine régulier qui prenait le titre de prieur-recteur. Berceau des vicomtes de Porhoët qui eurent comme première résidence Château-Tro.
Brignac — donné comme paroisse au xiiie siècle à l'abbaye de Paimpont qui y fonda un prieuré sous le vocable de saint Barthélémy ; le prieur devint prieurrecteur. ♦
Menéac — qui existait au (Commencement du xie siècle [Miniac^ Miniacum], renfermait deux prieurés : celui de Menéac (appelé parfois de Montfort ou de Montsoucy) relevant de Saint-Martin de Josselin, et celui de Saint-Yguer ou Yguer, doLué comme dépendance de l'abbaye du Mont- Saint-Michel, mais qui appartenait en 1789 à l'abbaye de
(1) M. Piéderrière a trouvé, dans des titres du xi* siècle, confirmation de la fondation, par le comte de Porhoët, d'un prieuré élevé auprès des buttes féodales de Bodieuc, en l'honneur de saint Clair, à raison de son passage dans cette région.
CHAPITHE IV. 99
Lantenaç. Les propriétés religieuses, sur son territoire, étaient nombreuses et son bénéfice très divisé (1).
Sa trêve, Evriguet, simple chapellenie d'abord, érigée vers 1658.
Merdrignac — sur l'emplacement d'une ancienne ville croit-oij. En réalité, fondé à une époque reculée, par la maison seigneuriale du lieu, résidant au château de la Vieille-Cour (xr, xii* siècle). Prieuré de Sainte-Brigitte, aux chanoines Génovéfains; donné à Paimpont en 1100 par Guy de Merdrignac.
Gomené — d'origine très ancienne, comme l'indique le nom lui-même, qui signifie Tête du Mené. L'église paroissiale est dédiée à la Vierge sous le vocable de Notre-Dame du Mené.
11 convient de ne pas omettre Gampénéac, seule localité du comté, avec la trêve de Montertelot, égarée dans le doyenné de Beignon, archidiaconé de Porhoët.
Gampénéac figure dès 840 dans le Cartulaire de Redon FOUS le nom de Kempéniac.
(1) Le bénéfice <les paroisses était le plus souvent très réduit par les affectations étrangères. C'est pourquoi, pour subvenir aux frais d'une cure, dut-on souvent réunir deux paroisses. Voici ce qui se passait pour partager les dîmes de Ménéac en 1679. « On prélevait d'abord vingt-quatre quartiers de huit boisseaux chacun et on en donnait quatre à l'abbaye de Saint- Jean des Prés, quatre à l'abbaye de la Joie, deux à la fabrique de Ménéac, quatre à la fabrique de
I Saint-Jean du Mené et dix à des seigneurs. Ces prélèvements faits, le reste des dîmes se partageait : un tiers au comte de Porhoët, un tiers à l'abbé de Lantenaç et un tiers à répartir par portions égales entre l'abbé de Saint-Jean des Prés, le prieur de Saint-Martin de Josselin et le recteur de Ménéac. « La part de ce dernier devait être assez réduite.
100 ESSAI SLW LE roHHoirr.
Quant au diocèse de Saiiit-IJrieuc, (juc la rivière du Lié divisait en deux .ircliidiaeonés : l*enthièvi'e et Goëllo, il formait une pointe avancée jusqu au centre du comté. Langourla, Mérillac, Saint-Vran, situés dans ce diocèse (Archidiaconé de Penthièvre) se rattachaient aux paroisses que nous venons de mentionner en détail et cet ensemble formait la châtellenie de Josselin.
Toute la partie du môme évêché, au sud d'une ligne de jonction entre Saint-Gilles du Mené et AUineuc, constituait le territoire de la Chèze, la seconde châtellenie du Porhoët. Les principales dé])endances de la Chèze étaient : Uzel, Saint-Hervé, Grâce, Saint- Thelo, Trevé, la Motte, Saint-Sauveur le Haut, Le Prenessaye, Lanrenet, Plemet, Loudéac, Cadillac, Saint- Barnabe, La Perrière, Plumieuc. La Trinité, Saint-Étienne du Gué de l'Ile, Saint-Maudan, Saint-Samson, Bréhan-Loudéac ; en tout vingt-etune paroisses destinées à former l'appoint dont s'enrichira la vicomte de Rohan, lorsqu'en 1603 elle sera érigée en duché-pairie. Le vieux comté, ainsi dépouillé au profit de son fier rejeton, sera réduit alors à sa première motte, à la seigneurie mère, Josselin, avec au moins trente-cinq paroisses ou trêves.
On peut juger par là que l'organisation ecclésias-
tique manquait souvent d'unité et de centralisation dans le domaine seigneurial.
Les limites administratives et judiciaires coïncidaient mieux avec les limites des fîefs.
Lorsque le régime féodal se fut organisé, les seigneurs, ne pouvant suffire aux nombreuses fonctions qu'ils avaient à exercer dans leurs fîefs, se déchargèrent sur certains officiers, qu'ils appelèrent baillis ou sénéchaux, des soins de présider leurs assises, de percevoir leurs revenus, même de réunir et de commander sous eux leurs forces militaires. Dès que les souverains bretons purent exercer le pouvoir provincial, s'inspirant des seigneurs, ils eurent leurs baillis investis également des attributions financières, judiciaires et militaires. Ceux-ci devinrent de véritables magistrats et officiers publics qui rendaient compte de leurs opérations au Parlement. Ce ne fut qu'au xv^ siècle que leurs attributions commencèrent à diminuer par le fait qu'elles furent divisées en deux fonctions distinctes, l'une civile, l'autre militaire. Depuis le xii" siècle jusqu'à cette époque, les baillis jouèrent un rôle important dans l'administration intérieure de la Province.
La Bretagne était divisée en huit baillies ou sénéchaussées : Rennes, Nantes, Ploermel, Broërec (Vannes), Penthièvre, Tréguier, Cornouaille, Léon.
Ce n'est qu'accidentellenuint (jun, dans le livre des Ost du duc J(;an, en 1294, celle d(; PloeruKd se trouve jointe à celle de Broërec ; elle en était absolument distincte, comme le prouvent les aveux rendus à chacune de ces cours et qui sont auv archives de la Chambre des Comptes de Bretagne.
Les sénéchaussées ducales (plus tard royales) avaient dans leur ressort toutes les cours seigneuriales ayant droit de haute, moyenne et basse justice ; leurs appels étaient portés, suivant les cas, soit aux présidiaux (I), soit au Parlement.
En outre, l'évêque, le chapitre, les abbayes, les prieurés (2), les ordres militaires, avaient leurs juridictions. « Dans le livre d'Ost de 1294, le mot de baillie, dit la Borderie, a la signification d'une circonscription dans laquelle tous les fiefs et seigneuries relevant immédiatement du duc de Bretagne et compris dans cette baillie, portent et rendent leur hommage au même siège de juridiction ducale qui est la cour supérieure de toute cette circonscription. » Bien que cette monstre ne constitue pas un dénom-
(1) Les présidiaux teoaieQt un rang intermédiaire entre le parlement et les sénéchaussées. Leur création date du milieu du xvie siècle: Leurs sièges étaient Rennes, Nantes, Yannes, Quimper. En un mot, la juridiction ordinaire comprenait : Le parlement, les présidiaux, les sénéchaussées royales et enfin les justices seigneuriales.
(2) Josselin, en matières ecclésiastiques, comptait deux moyennes et basses juridictions : Sainte-Croix et Saint-Martin.