CHAPITRE VII
La princesse Marguerite. — Le xvii^ siècle. — Période
DE CALME en BrETAGNE. FONDATIONS RELIGIEUSES A
Josselin. — La dévotion a N.-D. du Roncier. —
Les Rohan-Chabot.
L'héritage entier d'Henri de Rolian fut longtemps et vivement contesté à sa fille Marguerite. Le plus grave reproche que put lui faire sa mère, fut son mariage avec un gentilhomme d'un rang, sinon moins honorahle, du moins inférieur quelque peu au sien et avec un catholique. Assister au transfert de l'illustre nom de Rohan sur la tête d'un gentilhomme qui n'était ni prince, ni pair ; et voir passer des biens immenses (1) aux mains d'un rival politique, c'en était trop ! L'année même du mariage de
(1) Marguerite de Rohan était princesse de Rohan, de Fontenay
et de Léon, comtesse de Porhoët, dame de Blain, etc. (cette dernière
terre ne fut élevée au marquisat qu'en 1660). Elle avait successive-
Hl ment refusé trois princes souverains,
I^e ESSAI SUR I>K FOHHOiÔT.
Margu(3rit(' avec flcnry CliaJ)ot, seigneur de Sairit- Aulaire (1015), Marguerite de Béthune présenta soudainement au monde un fils, nommé Tancrède, né en 1630, qu'elle avait caché depuis ce temps, par crainte, disait-elle, que Hichelieu le lui enlevât. Elle put le reconnaître dans les formes légales, d'autant plus facilement qu'Henri II était mort depuis sept ans. Celui-ci, sa vie durant, n'avait jamais considéré sa fille que comme l'unique héritière de son nom et de sa fortune. Sa femme s'était tenue loin de lui pendant toute la période de son absence à l'étranger, et la légèreté de caractère de Marguerite de Béthune était notoire.
Le roi Louis XIY n'ajouta pas foi un instant à ses protestations. 11 appuya Marguerite de Rohan de toute son autorité en confirmant son contrat de mariage, dans lequel il était stipulé qu'elle apportait à son époux la communauté de tous ses biens et de tous ses titres à la condition expresse que les enfants qui naîtraient porteraient le nom et les armes des Rohan. Des lettres patentes furent délivrées le 19 septembre 1646, homologuant la transmission des biens et des titres ainsi que la condition relative au nom et aux armes. Et comme la pairie s'éteignait par la mort, sans enfant mâle du titulaire, de nouvelles lettres d'érection intervinrent en 1648, réta-
CHAPITRÉ Vil.
blissant le duché-pairie de Rohan en faveur de l'époux de la comtesse de Porhoët. Tancrède mourut aux armées Fannée suivante : avec lui prit fin la légende de sa naissance, mais non les jalousies de la branche Rohan-Guemené contre celle de Rohan- Chabot.
Maintenant que nous venons de fixer sur Henri Chabot et ses descendants l'héritage du Porhoët, voyons quelle fut la physionomie du pays au XVII® siècle.
A Josselin d'abord, ce fut un retour à la foi, un élan de piété admirable, véritable réaction qui succède habituellement à la persécution.
Ce mouvement se manifesta par plusieurs fondations pieuses. La Ville, d'elle-même, appelle les Carmes, qui s'y établissent le 10 avril 1625. Le nombre des religieux était fixé à six, et la maison, définitivement établie dans le haut de la ville, au laubourg Saint- M art in, près de ce qui est aujourd'hui la promenade, relevait du couvent de Saint- Fol de Léon (1). Leur mission principale était de
(1) En 1627, les religieux font acquisition à Isabeau Rolland, dame des Clos, pour leur installation provisoire, d'une maison avec cour et jardin, appelée la maison du Chapeau Rouge, et d'une autre appelée la maison Hervo ou de la Rivière, «c situées au faubourg Saint-Martin, dans le fief temporel du prieuré dudit Saint-Martin , noble et discret
148 KSSAI SUR LF POFUiOKT.
s'occu|)(M' (r(îxei'ci(',(*s pioux (;t (Ut prôclior (Lins los paroissscs environnantes.
I*lus tard, une sainte fillo des Ursulines de Dinan,
Messire Alain Bonin (de la Villeboiiqnais) lors titulaire dudit prieuré ». Deux ans plus tard, se préoccupant de la construction d'une chapelle et d'un couvent définitif, après avoir obtenu de la communauté de ville, la cession de la moitié de ses octrois sur le vin et le cidre pendant neuf ans, ils ab;indonnent à Guillemette de Saint-Pern, dame de la Villebouquais et de Penmené, leurs maisons du Chapeau Rouge et de Hervo, contre les maisons et les terres de la Carrière, contenant quatre journaux trois quarts. C'est dans cette propriété de la Carrière que, le 5 août 1640, on posa, au milieu d'un grand concours de fidèles, la première pierre de l'église et du couvent. Voici l'inscription que portait cette pierre : L'an du salut 1640, le 5 août, siégeant le pape Urbain VJIl, régnant le roi Louis XIII, cette première pierre a été bénite et posée par Tillustrissime Achille de Harlay de Sancy, évêque de Saint-Malo, abbé de Saint-Méen, conseiller du roi, en présence de noble homme Jean de Nourquer du Camper, sénéchal du comté de Porhoët, représentant la très excellente princesse Marguerite, duchesse de Rohan, princesse de Léon, comtesse de Porhoët, lequel, au nom de la ville de Josselin, posa cette pierre avec ledit évêque, pour édifier l'église et le monastère des Frères Carmes réformés de la province de Tours, sous le titre et l'invocation de saint Joachim, pèr; de la glorieuse Vierge Marie ; présent aussi et consentant, noble Alain Bonin, recteurprieur de Saint-Martin, avec le concours de nobles hommes Jacques Moro, alloué; Jean Farault, lieutenant; Yves Gatechair, procureur fiscal; Yves Touzé, procureur syndic; grâce à la munificence des habitants de Josselin (Le Mené, Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan).
L'église qu'on y construisit était fort simple (en 1670, elle avait deux chapelles prohibitives, l'une réservée à Marguerite de Rohan, l'autre à Alain Bonin de la Vdlebouquais) et la maison ne pouvait guère contenir qu'une dizaine de religieux. Le couvent fut approuvé par lettres patentes du roi Louis XIV, le 8 septembre 1655.
Les Bonin de la Villebouquais, que nous voyons revenir maintes fois dans les annales de Josselin aux xyip et xviii» siècles, habitaient la seigneurie de Tregranteur et Josselin même. Ils avaient qualité de juveigneurs de Porhoët et droit d'enfeu à Notre-Dame.